A Berlin, les ONG appellent
à une interdiction totale
des amalgames dentaires
en Europe d'ici 2022


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14-11-2016

ARCHIVES POUR L'ANNEE 2014 - PARTIE 2

 

L'Ordre des dentistes se dote d'une charte pour le consentement éclairé – Article du 16 juin 2014

 


Cette charte précise les droits du patient en matière de consentement éclairé :

  • "L’information doit être délivrée par le praticien qui réalise l’acte médical" et elle "ne peut être déléguée à un tiers".
  • "L’information délivrée par le chirurgien-dentiste doit permettre au patient de prendre la décision d’accepter ou de refuser un traitement, et de choisir entre différentes techniques, et ce en toute connaissance de cause."
  • "L’information doit porter sur tout ce qui entoure et fait l’acte envisagé ou réalisé : l’accueil, les conditions de prise en charge, l’utilité de l’acte, son urgence éventuelle, les techniques utilisées, les alternatives, le rapport risques (fréquents ou graves prévisibles)/bénéfices (escomptés) de chaque technique proposée, leur coût, le déroulement et l’organisation des soins, les temps d’intervention les suites opératoires possibles, les médications et examens complémentaires nécessaires, les précautions à prendre, le suivi envisagé, les conséquences prévisibles en cas de refus de l’acte… Tout en restant loyal, le chirurgien-dentiste doit indiquer quelle est sa préférence, et pourquoi."
  • "L’information doit être adaptée à l’état de santé du patient, elle doit être personnalisée, hiérarchisée, claire et compréhensible. L’information doit être délivrée dans de bonnes conditions, et dans un environnement favorable à la compréhension et à l’écoute. L’entretien doit être individuel, mais le patient peut, s’il le désire, faire le choix d’être assisté. La délivrance de l’information est orale. Elle peut être complétée par différents outils didactiques tels des modèles, des photographies, des schémas… Des documents écrits peuvent être remis au patient en complément. Ils doivent être personnalisés, clairs, simples et compréhensibles. Le chirurgien-dentiste doit s'assurer de la compréhension de son patient ; il peut l’interroger, l’inviter à reformuler, poser des questions, lui proposer de fixer un nouveau rendez-vous afin de rediscuter du sujet.
  • "En cas de litige, il appartient au chirurgien-dentiste d’apporter la preuve que l’information a bien été délivrée au patient, et que ce dernier a bien pleinement consenti à l’acte médical. Les documents remis au patient,et/ou signés par lui ne sauraient contenir des clauses exonérant le praticien de sa responsabilité professionnelle."
  • Pour les mineurs, "l’information doit être délivrée aux titulaires de l’autorité parentale ou au tuteur, le mineur restant en droit de recevoir l’information et de participer à la prise de décision. L’information doit alors être adaptée à son niveau de compréhension."
  • "Une affiche contenant les informations relatives aux honoraires doit être établie. Elle doit être apposée en salle d’attente. Elle doit être visible, lisible, et actualisée. Un devis préalable doit être établi et présenté au patient pour tous les actes d’un montant supérieur à 70 euros. Lorsque l’acte inclut la fourniture d’un dispositif médical sur mesure doit être remise au patient une information écrite comprenant de manière dissociée :
    • le prix de vente de l’appareil proposé ;
    • le montant des prestations de soins assurées par le praticien ;
    • le montant de l’ensemble des prestations associées ;
    • le montant du dépassement facturé."
  • Pour les prothèses dentaires, "la loi impose au chirurgien-dentiste de remettre au patient des documents garantissant la traçabilité et la sécurité des matériaux utilisés. Le lieu de fabrication du dispositif sur mesure doit être précisé."
  • "Pour les implants dentaires, par exemple, le praticien doit remettre au patient un document mentionnant l’identification du dispositif médical utilisé, le lieu et la date d’utilisation, le nom du praticien."
  • "Le Code de la santé publique et la jurisprudence imposent une obligation d’information renforcée en matière de chirurgie esthétique."
  • "La loi encadre d’une façon très stricte les interventions réalisées dans ce contexte. Le consentement libre et éclairé de la personne doit être recueilli par écrit, après qu'elle aura reçu les informations prévues par la loi."
  • "En cas d’interventions faites dans le cadre d’une formation ou d’un enseignement, le patient doit en être informé. Le statut de « stagiaire », d’élève… de l’intervenant doit également lui être précisé."
  • "Le patient doit être averti en cas d’échange de données entre plusieurs praticiens, et il doit y consentir ; il dispose d'un droit d’opposition."



Veille scientifique - année 2013 – Article du 16 juin 2014

 

Comme chaque année, NAMD a procédé à une veille exhaustive des articles scientifiques parus l’an passé, portant sur les effets délétères de l’exposition au mercure inorganique. Pour certaines pathologies, les articles s’intéressant au lien avec les formes organiques du mercure ont également été retenus. Pour 2013, les principaux enseignements, nouveaux ou confirmés, sont les suivants :
  • 1) Les dentistes qui posent des amalgames et/ou qui travaillent sur des amalgames sans précautions s’exposent inutilement, ainsi que leurs personnels, à des vapeurs importantes de mercure.
  • 2) Certains cas de fibromyalgie peuvent être guéris par le simple retrait d’amalgames dentaires. Par ailleurs, une étude a très fortement associé l’hypersensibilité au mercure au syndrome de sensibilités chimiques multiples (MCS) – indication dont il devrait être tenu compte au moment de réaliser des soins dentaires.
  • 3) L’effet délétère du mercure sur les reins dépend du nombre d’amalgames.
  • 4) Les niveaux de mercure dans le sang, l’urine et les cheveux sont associés au nombre d’amalgames en bouche. En Allemagne, la baisse d’utilisation des amalgames s’est traduite par une diminution significative des niveaux de mercure dans le sang de la population générale.
  • 5) Le mercure de la mère se transmet à l’enfant par transfert placentaire et via l’allaitement.
  • 6) Certains effets de l’exposition au mercure de la mère se transmettent directement à la descendance : chez la souris, on a mis en évidence que l’amalgame dentaire peut générer des anomalies du périodonte et du germe des dents qui se retrouvent à la génération suivante. Chez l’homme, on vient de constater que le stress oxydatif induit par le mercure se transmet via le lait maternel.
  • 7) Des travaux indiquent que le mercure placentaire est négativement associé avec la longueur du cordon, la circonférence de la tête et la vitalité de du nouveau-né ; en outre, les enfants souffrant d’une anomalie du tube neural présentent des concentrations de mercure plus importantes que les témoins.
  • 8) De nombreuses études confirment la toxicité de faibles doses de mercure sur les systèmes cardio-vasculaire, immunitaire, endocrinien (en particulier sur la thyroïde), ainsi que sur les reins et le foie. Un faisceau d’études suggère un rôle du mercure dans l’étiologie du syndrome métabolique.
  • 9) Sur le plan neurologique, les preuves se multiplient en faveur d’une contribution du mercure à des troubles neurodéveloppementaux. En particulier, le mercure est gravement mis en cause dans l’étiologie de la sclérose latérale amyotrophique, de la maladie de Parkinson et, surtout, de l’autisme.
  • 10) Les études sur le polymorphisme permettent clairement d’identifier des variantes génétiques qui constituent un frein pour l’élimination du mercure, ou pour lesquelles les effets de ce toxique sont accentués.

Voir le dossier.

Voir aussi le dossier spécifique aux soins.




Communiqué de presse (1er avril 2014) – À quoi sert le rapport du SCHER sur le mercure dentaire ?

 




Le Comité Scientifique des Risques Sanitaires et Environnementaux (SCHER) a publié le 14 mars un avis intitulé Risques environnementaux et risques sanitaires indirects liés au mercure des amalgames dentaires [1].

Certes les experts y admettent que, « dans des conditions locales extrêmes (densité maximale de dentistes, utilisation maximale de mercure, absence de dispositifs de séparation dans le processus de traitement de l’eau) », il pourrait y avoir un risque pour les consommateurs de poisson.
Mais formulé autrement, le problème se résume ainsi : « Là où de bons contrôles environnementaux sont mis en place, le risque est absent ou négligeable. » En somme, il ne serait pas nécessaire de renoncer au mercure dentaire, il faudrait simplement « contrôler » son usage pour que le danger se volatilise.

Pourtant, on sait aujourd’hui que :
  • Le mercure est une substance extrêmement toxique, pour laquelle il n’est pas possible de définir un seuil qui serait sans danger [2] ;
  • Le mercure dentaire représentait en 2007 le quart de la consommation de mercure en Europe [3] : cette part relative augmente sans cesse, de sorte qu’il serait absurde de continuer à réglementer le mercure en faisant une exception de tolérance pour les amalgames dentaires ;
  • Le mercure dentaire est la première source d’exposition directe au mercure de la population européenne [4] ;
  • Le mercure dentaire est remplaçable dans toutes les situations : c’est donc une exposition qui peut être facilement supprimée [5] ;
  • Le SCHER lui-même est obligé de d’admettre que pour une proportion considérable d’enfants européens les limites de sécurité d’exposition au mercure fixées par l’OMS ou les États-Unis sont dépassées. Comment justifier, alors, que l’on persiste à augmenter inutilement leur exposition ?

Les institutions – européennes ou françaises – ignorent ces faits pourtant bien établis, qui imposent une réponse évidente pour toute instance réellement soucieuse de santé publique et d’environnement. Elles préfèrent découper les problèmes en tranches si fines qu’on regarde au travers sans apercevoir le moindre danger. Ainsi le SCHER fait-il valoir qu’il n’est compétent ni pour parler des dangers du mercure en général, ni pour évaluer les effets cocktails, ni pour considérer l’implication du mercure dentaire dans les phénomènes d’antibiorésistances, ni pour s’intéresser à l’exposition professionnelle, ni pour proposer des recommandations relatives à l’amalgame, etc.

Ces question sont traitées par d’autres agences, ou bien, plus souvent, ne le sont pas du tout. Personne ne considère le problème d’un bout à l’autre et n’agit en conséquence.

Alors à quoi sert le rapport du SCHER ? Manifestement, à rien, sinon à complaire aux instances dentaires en repoussant l’interdiction, pourtant inévitable à terme, des amalgames.
En somme, le SCHER nourrit stratégie du doute mise au point par les leaders d’opinion sur les amalgames, au détriment de la santé et de l’environnement des Européens.


 


[1]http://ec.europa.eu/health/scientific_committees/consultations/public_consultations/scher_cons_06_en.htm
[2] OMS, Mercure et soins de santé, Document d’orientation stratégique, 2005.
[3]http://real.ehesp.fr/pluginfile.php/4701/mod_resource/content/11/modulenc/co/m6_2_2_UE_1.html
[4] Cette augmentation relative tient au fait que les autres usages du mercure en Europe sont progressivement interdits ou sévèrement réglementés.
[5] Selon le dernier rapport de l’ANSM, non publié pour l’indigence de sa bibliographie sur le mercure dentaire.



Communiqué de presse (20/03/2014) - Mercure dentaire : la nouvelle stratégie du doute

 





Le 12 mars dernier, l’Inserm organisait sous l’égide de Michel Goldberg [1] une journée de conférences/débats sur le thème : « Le mercure des amalgames dentaires versus le bisphénol A des résines ». Marie Grosman, conseillère scientifique de Non au Mercure Dentaire, a pu y participer. Elle se réjouit d’avoir vu émerger à cette occasion des points de convergence inattendus : « Enfin les instances dentaires s’inquiètent de la toxicité des matériaux qui sont mis dans la bouche des patients ! Enfin elles prennent conscience de la responsabilité qui repose sur les épaules des praticiens et de leur situation de fragilité juridique, quand les patients ou les salariés intoxiqués souhaiteront obtenir réparation du préjudice sanitaire qu’ils ont subi… »

Dans le même temps, les représentants de dentistes présents ont montré à quel point ils sont éloignés des réalités. Ils semblaient unanimes à croire que « tout le monde sait qu’il y a du mercure » dans les amalgames dentaires. Par ailleurs, le Pr Edmond Creppy, toxicologue, a précisé lors de son intervention qu’il existe un risque sanitaire à partir de 6 amalgames en bouche. M. Goldberg a réagi par la suite en déclarant que « ceux qui ont 6 amalgames, ce sont de gros dégueulasses qui ne se lavent jamais les dents ». Sachant que les Français de 35 à 44 ans ont en moyenne (selon le sexe et selon les régions) entre 12 et 18 dents cariées, absentes ou obturées [2], il faut croire que nous sommes tous ou presque « de gros dégueulasses » !

Du reste, on peut s’étonner de cet intérêt soudain pour le principe de prévention, bien circonscrit au bisphénol A (BPA). Cette démarche s’inscrit en fait dans une stratégie globale. Depuis 2009, la Fédération Dentaire Internationale (FDI) s’efforce de retarder l’interdiction des amalgames dentaires [3]. À cette fin, elle a mis au point en 2013, lors de son Assemblée générale à Istanbul [4], une tactique de diversion. L’objectif : faire oublier que les amalgames relarguent en continu du mercure – une des substances parmi les plus toxiques que l’on connaisse – en attirant l’attention sur le risque émergent lié au BPA contenu dans les composites dentaires.

En réalité, il s’agit d’un débat fallacieux, puisque les matériaux d’obturation sans mercure ni BPA existent. Il appartient aux autorités sanitaires d’en préconiser l’usage et, si besoin, de favoriser la recherche pour les améliorer. Mais en aucun cas, nous ne pouvons laisser les instances dentaires continuer à émettre leurs propres recommandations : celles que Michel Goldberg a édictées pour clore ce que lui-même considère comme un faux débat font froid dans le dos : « On améliore les composites, et en attendant, on pose des amalgames, ça ne mange pas de pain ! »

Ça ne mange pas de pain… Il faudra l’expliquer aux patients et aux professionnels intoxiqués !

 


[1] L’odontologiste Michel Goldberg est le principal promoteur de l’amalgame dentaire en France.

[2] http://www.invs.sante.fr/publications/2005/jvs_2005/poster_1.pdf

[3]http://www.non-au-mercure-dentaire.org/_fichiers/ulf_bentsson_rapport_sur_les_conflits_dintrts.pdf

[4] http://www.fdiworldental.org/publications/declarations/la-d%C3%A9claration-distanbul.aspx


Communiqué de presse (23 janvier 2014) – Mercure dentaire : le scandale qui valait (au bas mot) 82 millions d’euros

 





Pensée magique. Dans son dernier éditorial, le Président de leur Ordre National des Chirurgiens Dentistes (ONCD) estime qu’à l’instar du nuage de Tchernobyl qui s’arrête à nos frontières, l’effet délétère des amalgames dentaires sur les écosystèmes s’exercerait partout ailleurs... mais pas en France [1] !
Il lui semble en effet que les séparateurs d’amalgames installés dans les cabinets dentaires suffisent à résoudre tout problème [2]. C’est oublier que les porteurs d’amalgames rejettent du mercure en continu dans l’environnement (urines, selles) ; que la petite souris ramène rarement les dents de lait obturées au mercure dans les cabinets dentaires afin qu’elles soient convenablement traitées ; ou encore que les patients finissent tôt ou tard par mourir et qu’il n’est pas dans nos usages de leur arracher les dents avant la mise en bière.

Les faits. En 2001, un rapport sénatorial relevait que la question du devenir du mercure dentaire lors des crémations « pouvait passer pour inconvenante ou anecdotique avant d'être sérieusement étudiée en Suisse (premier pays à avoir adopté un seuil limite d'émissions mercurielles), en Suède (où l’on estime que « les crématoriums sont les plus grands responsables des émissions de mercure») et au Royaume-Uni (où l'on a constaté que « les employés des crématoriums sont soumis à une forte exposition au mercure ») » [3]. Une étude épidémiologique britannique a également montré un risque significativement accru de malformations chez les nouveaux-nés dont les mères résident à proximité de crématoriums [4].

Le coût. Pour parer à cet important problème environnemental et sanitaire, la Lettre Légibase état Civil du 7 janvier 2014 rappelle que « tous les crématoriums devront être pourvus avant le 16 février 2018 d’un système de filtrage afin de ne pas dépasser une certaine quantité de polluants (métaux lourds dont le mercure provenant des amalgames dentaires…) contenus dans les fumées rejetées dans l’atmosphère lors des opérations de crémation. [5] » La route sera longue, puisque « seuls 34 crématoriums sur les 182 qui seront opérationnels en 2015, soit 19 %, seront équipés de ce système de filtrage. »
Dans la grande majorité des villes disposant d’un crématorium, les équipes municipales nouvellement élues au printemps 2014 auront donc à charge d’assurer une mise aux normes dont le coût, précise la Lettre, dépasse en moyenne les 450 000 €. Si l’on s’en tient à ce chiffre de 450 000 € et qu’on le multiplie par le nombre de crématoriums (182 à ce jour, mais ce nombre augmente très vite), on calcule rapidement que le mercure dentaire – rien que pour les crématoriums – aura coûté aux Français environ 82 millions d’euros d’ici à quelques années !

Ce fardeau reposera de fait sur les citadins et sur les familles endeuillées.

La solution. Pour notre part, afin que soit respecté le principe du pollueur-payeur, nous serions tentés d’adresser la note à l’Ordre des dentistes.

 


[1] Éditorial de la Lettre de l’Ordre n°124, janvier 2013.

[2] En effet, les amalgames que les dentistes posent sans crainte dans la bouche sont considérés comme des déchets extrêmement dangereux, qu’il faut collecter à part. Les chirurgiens-dentistes sont donc dans l’obligation d’être équipés de séparateurs d’amalgames – dont l’étanchéité reste, par ailleurs, toute relative.

[3] Rapport du Sénat sur Les effets des métaux lourds sur l’environnement et la santé de 2001, p. 82.

[4] Dummer T J B, Dickinson H O, Parke L. Adverse pregnancy outcomes around incinerators and crematoriums in Cumbria, north west England, 1956–93, J Epidemiol Community Health 2003;57:456–461

[5] http://www.etat-civil.legibase.fr/newsletter/39. C’est nous qui mettons en gras.



[TITRE]Lettre ouverte à Christian Couzinou, Président de l'Ordre National des Chirurgiens Dentistes – Article mis en ligne le 13 janvier 2014[/TITRES]

Pour la 3e fois, Monsieur Couzinou a signé dans la Lettre de l'Ordre un éditorial sur le mercure dentaire marqué par l'insincérité et les approximations. Bien que nous ne nourrissions guère d'illusions quant au devenir de notre réponse, nous ne pouvions pas laisser ce papier sans écho. Vous trouverez donc ci-dessous le texte de M. Couzinou, suivi de notre réaction.


L'éditorial de M. Couzinou


« Panique

« Passe encore que les associations de lutte contre l’amalgame dentaire jouent la partition de la panique. Affoler la ménagère de moins de 50 ans, via certains médias peu étouffés par le principe de la confrontation des points de vue, place assurément les décideurs politiques dans une posture délicate. On aurait pourtant aimé les entendre assumer que, à ce jour, et avec près de 200 ans de recul clinique, la dangerosité de l’amalgame d’argent, dans le cadre des obturations consécutives à des caries, n’a jamais fait l’objet d’une démonstration validée par la communauté scientifique mondiale.

« À la décharge de nos élus, les opposants au mercure, comme cela est souvent le cas dans ce type de controverses, avancent aussi des arguments qui ont du sens. Nous pensons, bien entendu, à l’impact sur l’environnement des rejets d’amalgames.

« Or, si cette question se pose en effet dans de nombreux pays – et c’est cela, et cela seul, qui justifie que l’on devra, à terme, recourir à des matériaux de substitution –, elle ne se pose pas en France puisque tous les cabinets dentaires répondent désormais à des normes très strictes s’agissant de la gestion de ces déchets. Non, ce qui choque, dans la récente offensive des opposants au « mercure dentaire », c’est que certains politiques leur aient emboîté le pas en déposant un amendement – rejeté – qui créait une taxe pour les praticiens posant des amalgames.

« Les Français n’ont hélas pas entendu distinctement les motifs de ce rejet par le gouvernement. Il est vrai que nos représentants, qui ont des électeurs, ne veulent pas insulter l’avenir.

« Que cela soit donc affirmé ici haut et clair par l’Ordre, garant, via la régulation de notre profession, de la santé bucco-dentaire des Français : en l’absence de matériaux de substitution crédibles, compte tenu de l’état des connaissances scientifiques, et pour des indications bien précises, oui, le recours à l’amalgame d’argent constitue aujourd’hui un enjeu de santé publique. »



Notre réponse


Monsieur le Président,

Nous constatons avec regrets que, deux ans après vos premiers éditos sur le mercure dentaire, vous pratiquez l’hypocrisie avec une égale ferveur.

1) Vous n’avez pas appris à nommer ceux que vous dénigrez : craindriez-vous que cela puisse se retourner contre vous ? Vous remarquerez que nous n’avons pas les mêmes pudeurs.

2) Nous ne voyons pas en quoi notre association jouerait « la partition de la panique » : nous portons, de fait, une alerte sanitaire à partir de ce qui a été constaté chez de nombreux malades soignés pour des intoxications au mercure, en particulier d’origine dentaire. Surtout, nous produisons de l’information sur la base de publications scientifiques parues dans des revues internationales à comité de lecture. Si les résultats en sont parfois affolants, nous vous remercions de ne pas nous imputer une responsabilité qui vous incombe plus qu’à nous.
Mais loin d’en rester au constat, il ne vous a pas échappé que nous sommes force de proposition pour dessiner des solutions, puisque nous avons grandement contribué à l’élaboration d’un projet de loi qui vise l’abandon du mercure dentaire et une modernisation de la dentisterie, et qui sera déposé dans les semaines à venir.
Précisons, pour clore sur l’attaque que vous nous adressez, que nous préférons pour notre part réserver notre mépris aux bonimenteurs plutôt qu’à la « ménagère de moins de 50 ans ».

3) Sur le fond, un mot d’abord sur la dénomination fallacieuse « amalgame d’argent » : vous ferez sans doute valoir qu’il s’agit de l’expression techniquement consacrée. Vous admettrez toutefois qu’elle induit gravement le patient en erreur en occultant le fait que le mercure, substance toxique s’il en est, constitue le principal composant de cet alliage.

4) Vous estimez que nous avons « près de 200 ans de recul clinique » sur le mercure dentaire. Pour rappel, le mercure a également été utilisé dans le traitement de la syphilis durant 5 siècles, en dépit des effets terribles relevés dès le XVIe siècle (chute des dents, érythèmes, ulcères...) auxquels, relève un observateur, « beaucoup de malades préféraient la mort » : nous ne nous en étonnons pas, nous qui savons combien l’intoxication au mercure suscite de pulsions suicidaires. Mais de même que les représentants de votre profession se voilent la face en psalmodiant sans cesse les mêmes arguments (« matériau irremplaçable... longévité inégalée... nécessaire pour les pauvres... »), la pensée magique empêchait les médecins d’admettre, jusqu’au milieu du XXe siècle, que leur remède était pire que le mal qu’ils souhaitaient combattre.
En second lieu, le raccourci que vous opérez est proprement aberrant : l’idée d’un « usage ancestral » qui suffirait à justifier qu’on continue d’obturer à l’amalgame marque l’indigence de votre argumentation. De quelles données épidémiologiques disposons-nous autour de 1850, 1900 ou 1950 ? De toute évidence, c’est bien seulement parce qu’il est ancré dans les usages que l’amalgame dentaire se maintient : il n’aurait aucune chance d’entrer aujourd’hui sur le marché. D’autre part, le matériau a sensiblement évolué en presque deux siècles : et l’usage de capsules pré-dosées, qui s’est imposé – il faut le rappeler – grâce à la mobilisation des lanceurs d’alerte [1], répond à un problème précisément identifié : il était nécessaire de réduire les vapeurs de mercure dans les cabinets dentaires. Aujourd’hui, il est possible d’aller plus loin : les dentistes en ont donc le devoir, au premier chef pour leur propre santé et celle de leurs collaborateurs – une problématique que vous occultez résolument, et qui constitue l’une de nos préoccupations constantes.

5) La dangerosité du mercure dentaire « n’a jamais fait l’objet d’une démonstration validée par la communauté scientifique mondiale », arguez-vous. Cette façon de considérer le problème est proprement irrationnelle. Il ne fait aucun doute que le mercure est extrêmement toxique ; or les amalgames dentaires constituent le premier facteur d’imprégnation de la population européenne en mercure – entraînant, selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), un dépassement de la dose hebdomadaire tolérable provisoire (DHTP). Dès lors il convient, pour des raisons sanitaires, de mettre fin à cet usage : c’est la tendance indiquée par l’OMS et le Conseil de l’Europe ; c’est aussi la préconisation que l’agence Bio Intelligence Service a émise par deux fois auprès de la Commission européenne ; et c’est pourquoi l’Anses a demandé depuis 2006 (et obtenu) le classement par la Commission européenne du mercure inorganique en substance CMR (notamment en tant que reprotoxique de catégorie 2 : risque pendant la grossesse d’effets néfastes sur l’enfant). En réalité, il semble que vous soyez un peu seul à ne pas vous apercevoir du problème.

6) « L’impact sur l’environnement des rejets d’amalgames [...] justifie que l’on devra, à terme, recourir à des matériaux de substitution ». Nous vous serions reconnaissants de nous éclairer enfin sur ce point que nous peinons tellement à comprendre : comment une substance dont la nocivité pour l’environnement est parfaitement établie pourrait n’avoir aucun impact sur la santé humaine ? Nous comprenons que la distinction entre santé et environnement soit extrêmement commode pour les gouvernements, qui peuvent de la sorte retirer un produit dangereux du marché pour « des raisons environnementales » en se dérobant à leurs responsabilités sanitaires ; mais pour le reste, on nage ici en pleine fantaisie.

7) Selon vous, le problème de la pollution au mercure dentaire « ne se pose pas en France puisque tous les cabinets dentaires répondent désormais à des normes très strictes s’agissant de la gestion de ces déchets ». Seriez-vous si mal informé sur ce point ? En réalité, même dans les cabinets équipés de séparateurs, le mercure pollue l’air et l’eau. Mais surtout, la grande majorité du mercure d’origine dentaire rejoint l’environnement sans passer par les cabinets dentaires (selles, urines, exhalaison des porteurs ; dents de lait qui finissent dans les déchets ; crémations et enterrements des porteurs).

8) Vous estimez choquant que « certains politiques [nous] aient emboîté le pas en déposant un amendement – rejeté – qui créait une taxe pour les praticiens posant des amalgames ». Nous en revenons malheureusement à cette divergence fondamentale entre nous, qui n’est pas sans rapport avec le fonctionnement de l’instance que vous présidez : il semble que vous ayez en horreur le débat d’idées, constitutif de la démocratie. Pour notre part, nous ne comprenons nullement qu’on puisse être « choqué » par une disposition qui vise la préservation de la santé et de l’environnement – quoique vous puissiez être, naturellement, en désaccord sur les modalités.

9) Vous relevez que « les Français n’ont [...] pas entendu distinctement les motifs de ce rejet par le gouvernement. » C’est parfaitement exact et la raison en est simple : le gouvernement n’avait rien de substantiel à opposer à l’amendement des sénateurs Verts, il s’est contenté d’éviter un rapport de force avec la profession dentaire en suivant l’adage libéral selon lequel la situation tendant déjà vers une disparition progressive du mercure dentaire, il convient de laisser faire jusqu’à l’élimination souhaitable.

10) « Compte tenu de l’état des connaissances scientifiques », estimez-vous, « le recours à l’amalgame d’argent constitue aujourd’hui un enjeu de santé publique. » Il nous avait jusqu’ici semblé que la vocation de l’Ordre était d’assurer la déontologie des praticiens et non de proférer la science ; nous vous invitons à vous recentrer sur vos missions, de sorte à éviter de contribuer à la fabrique du doute qui sévit aujourd’hui dans les organisations dentaires, comme elle fleurissait en son temps dans l’industrie du tabac.

Nous vous rappelons, Monsieur le Président, que nous restons à votre disposition pour nous prêter à un débat constructif dès lors que vous consentirez à répondre à nos arguments et à ne pas nous attaquer à distance.

Dans cette attente, veuillez recevoir nos salutations,
Geoffrey Begon, Délégué Général de Non Au Mercure Dentaire.

[1] Mobilisation qui a débouché sur le premier rapport et les premières recommandations sur l’amalgame (CSHPF, 1998) et sur l’obligation d’utiliser l’amalgame sous forme de capsules prédosées (décision du 14 décembre 2000 du Directeur général de l'Afssaps).




 

14-11-2016

ARCHIVES POUR L'ANNEE 2013 - PARTIE 1

 

Une loi pour en finir avec le mercure dentaire – Article du 06 décembre 2013

 











Une conférence de presse s'est tenue le 05 décembre à Paris à l'initiative de l'eurodéputée Michèle Rivasi, de la sénatrice Aline Archimbaud et du député Jean-Louis Roumegas, ainsi que des associations Non Au Mercure Dentaire et Réseau Environnement Santé.

Sur la base de toutes les avancées politiques et des expertises concordantes de ces derniers mois, nous proposons une loi pour éliminer le mercure et moderniser les soins dentaires.

Notre dossier de presse se trouve ici.

L'argumentaire de notre loi a été adressé aux ministres de l'Ecologie, de la Santé et du Travail, accompagné de lettres spécifiques signées par les élus et les associations présentes, ainsi que par l'Association Toxicologie Chimie.

Aline Archimbaud et Jean-Louis Roumegas déposeront dans les semaines à venir le texte de loi respectivement au Sénat et à l'Assemblée Nationale.

Les premiers échos de la presse se font entendre :







Communiqué de presse (26 novembre 2013) - Le SCHER affiche son mépris des citoyens européens

 






Contexte. Le comité scientifique européen sur les risques sanitaires et environnementaux (SCHER) a rendu fin septembre un rapport préliminaire très attendu concernant la pollution occasionnée par le mercure dentaire et les effets indirects de cette substance sur la santé publique. Ce rapport montrait que le mercure issu des « plombages » contamine les poissons d’une manière qui peut présenter un risque pour les consommateurs. Nous avions souligné de manière positive la reconnaissance de ce danger, qui s’ajoute aux raisons déjà innombrables pour lesquelles il faut au plus vite nous débarrasser des amalgames dentaires. Toutefois ce travail minorait voire ignorait d’importants aspects.

Les citoyens et personnes morales étaient invités à adresser leurs commentaires au SCHER jusqu’au 20 novembre. De nombreuses contributions ont été déposées. Notamment :
  • l’Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure a rappelé qu’il n’existe pas de seuil en dessous duquel le mercure serait sans risques et déploré que le SCHER ne tienne pas compte des populations vulnérables ;
  • le Bureau Européen de l’Environnement a montré que de nombreuses données existantes n’avaient pas été considérées par les experts, ce qui les conduit à minorer la pollution imputable au mercure dentaire – notamment lors des crémations ;
  • 8 sociétés dentaires européennes ont proclamé que l’usage des amalgames ne se justifie plus ;
  • la Confédération des Syndicats Européens (ETUC) a regretté que le sujet de l’intoxication professionnelle, très documenté, n’ait pas été pris en compte ;
  • l’association française Non Au Mercure Dentaire a signalé que des études nombreuses donnent à penser que la pollution au mercure dentaire participe au développement du phénomène extrêmement préoccupant de l’antibiorésistance ;
  • l’association allemande Centrum für Amalgam Toxicologie a mis en perspective le contexte global et des effets généraux du mercure, qui ne peuvent pas être oblitérés dans un rapport de cette nature.


Mais le SCHER a fait preuve, pour le moins, d’une absence singulière de coordination et de contrôle sur ses publications en publiant ce même 20 novembre un bulletin d'information qui reprend les résultats du rapport préliminaire. Doit-on par là comprendre que les avis des contributeurs sont d’avance condamnés à ne pas être lus ?

Nous attendons maintenant de la Commission européenne, du Parlement européen et des États membres qu’ils demandent sans tarder au SCHER d’expliquer cette situation et de se remettre au travail sur la base des données qui lui ont été apportées. À défaut, la défiance des citoyens envers les agences sanitaires européennes et plus généralement envers les institutions de l'Europe continuera inexorablement de s’accentuer.



Contributions au rapport du SCHER – Article du 25 novembre 2013

 


Le SCHER a publié en septembre un rapport préliminaire sur les risques environnementaux et les effets sanitaires indirects dus aux amalgames dentaires.
Bien que cette expertise apporte des éléments intéressants, de nombreuses organisations ont pointé des insuffisances et ont en conséquence apporté des commentaires écrits.
Veuillez trouver ci-dessous les contributions de NAMD et de quelques-uns des acteurs avec lesquels nous collaborons :

  • La contribution de NAMD se concentre sur le développement de la résistance aux antibiotiques induite par le mercure dentaire : document disponible en français ou en anglais.
  • La contribution de l'Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure (région Europe) conteste l'idée de seuil de toxicité pour le mercure et rappelle que le calcul des risques doit tenir compte de la vulnérabilité spécifique de certaines populations : document disponible en français ou en anglais.
  • La contribution conjointe du Bureau européen de l'environnement, de l'Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure et du Mercury policy project montre notamment que les experts du SCHER ont sous-estimé la pollution due au mercure dentaire : document disponible en anglais.
  • La contribution du Centrum für Amalgam Toxicologie revient sur des effets généraux du mercure : document disponible en anglais.
  • Huit sociétés dentaires ont déclaré que l'usage du mercure dentaire ne se justifie plus : document disponible en anglais.

    [LI]Enfin la contribution de la Confédération des Syndicats Européens s'est intéressée à l'intoxication au mercure des professionnels de la dentisterie : document disponible en français ou en anglais.






Communiqué de presse (22 octobre 2013) - L’Agence du Médicament (ANSM) contrainte de renoncer à un rapport indigent sur le mercure dentaire

 





Contexte. En décembre dernier, l’association Non Au Mercure Dentaire (NAMD) prenait connaissance d’un projet de rapport de l’ANSM clairement destiné, une fois encore, non pas à évaluer la toxicité des amalgames dentaires, mais à les innocenter en vertu d’une méthodologie biaisée. Les critiques de NAMD seraient restées sans effet si nous n’étions intervenus auprès de la Direction Générale de la Santé (DGS) qui, sur la base des « nouveaux éléments » que nous apportions, a ressaisi l’ANSM. NAMD a donc fait l’objet d’une audition en mai dernier devant la Commission de prévention des risques liés à l’utilisation des produits de santé de l’ANSM. Très instructif, le compte-rendu de la séance a été mis en ligne le 8 octobre 2013.

« Une pseudo méta-analyse ». La commission a estimé que le rapport ne pouvait être publié en l’état. Plusieurs membres critiquent les insuffisances de la bibliographie ; l’un d’eux, Alain-Claude Roudot [1], fait valoir qu’« une évaluation de risque ne peut [...] pas être réalisée sans étude toxicologique et d’exposition », comme c’est ici le cas ; en deux mots, la copie rendue par l’ANSM ne constitue selon lui qu’une « pseudo méta-analyse ». D’autres carences graves sont pointées : comment se fait-il que le rapport ne mentionne pas le contexte international « illustrant que personne ne veut du mercure » ? Comment les experts peuvent-ils passer sous silence la toxicité de ce métal, et le fait qu’il « soit en passe d’être classé CMR (cancérogène, mutagène, reprotoxique) » ? Comment peut-on se dispenser d’évaluer « la dose de mercure chez les personnes atteintes de pathologies » ? Comment évacuer aussi l’évaluation des alternatives aux amalgames ? Comment éviter de rappeler que « l’absence de preuve ne signifie pas absence de danger » [2] ?

« La mort annoncée [des] amalgames ». Jean-Louis Blache [3] craint qu’en présentant un rapport de cette nature, l’ANSM ne « soit taxée d’être « pro-amalgame ». Serge Boarini [4] appelle également l’Agence à la prudence : « la recommandation de l’ANSM est [...] transitoire en attendant la mort annoncée » du mercure dentaire. Le représentant des usagers Amédée Muller [5] rappelle « que le mercure est un poison et que les amalgames dentaires sont en cours de disparition. Il paraît par conséquent difficile d’approuver un rapport qui ne prend pas en compte [le] principe de précaution ». En somme, en continuant de proclamer que le mercure ne ferait courir aucun risque, alors qu’il disparaît de tous ses usages en raison même de sa dangerosité, l’Agence s’expose au ridicule... mais c’est un ridicule morbide et mortifère qui, en faisant perdurer l’usage des plombages, menace les patients, les professionnels, leurs enfants, l’environnement et, par suite, la population générale.

Une transparence très nécessaire. Suite à l’intervention de Non Au Mercure Dentaire, le Directeur Général de l’ANSM a dû renoncer à publier le projet de rapport en l’état, et a demandé qu’il soit « complété par les données d’une revue systématique de la littérature. » On ne peut que se féliciter d’une telle décision, et espérer qu’elle engagera l’Agence à faire preuve d’une rigueur accrue dans ses expertises à venir. Car cet épisode illustre bien qu’en l’absence de garde-fous l’ANSM continue de fonctionner sur la base de principes trop souvent moins favorables à la santé publique qu’à la satisfaction des fabricants de produits de santé ou des instances professionnelles. Il faut donc que l’Agence apprenne désormais à intégrer de manière systématique la vigilance citoyenne... une ambition qui semble encore bien lointaine !

 


[1] Membre de la Commission, chercheur en évaluation du risque alimentaire et environnemental.
[2] La distinction peut sembler évidente, mais les instances dentaires ont plusieurs fois démontré sur ce dossier qu’elles peinaient à l’intégrer.
[3] Membre de la Commission, Médecin hospitalier spécialisé en anesthésie réanimation.
[4] Membre de la Commission, Docteur ès Lettres-Philosophie.
[5] Membre de la Commission, Président de l’Association française des malades et opérés cardiovasculaires (AFDOC).

 


L'enregistrement vidéo de la réunion de la Commission des risques durant laquelle NAMD est intervenue est disponible en ligne.





Communiqué de presse (14/11/2013) – PLFSS : les représentants des dentistes font capoter l’amendement sur le mercure dentaire

 





Les sénateurs ont rejeté cette nuit l’amendement proposé par le groupe Europe Écologie Les Verts et défendu par Aline Archimbaud, instaurant une taxe prohibitive sur le mercure dentaire.

La Commission des affaires sociales a reconnu que cet amendement pose « une question importante en termes de santé publique » ; mais, compte tenu de la complexité du sujet, elle a préféré s’en remettre à l’avis du gouvernement. Celui-ci, représenté par le ministre du Budget Bernard Cazeneuve, a mentionné que la France « s’est engagée à réduire sa consommation de mercure » ; il a toutefois donné un avis défavorable à ce texte, qui aurait permis une réduction drastique et immédiate de l’usage des amalgames dentaires, au motif qu’un processus graduel de diminution, déjà enclenché, devrait se poursuivre dans le cadre de conventions avec l’Association Dentaire Française (ADF) en vue d’une élimination envisagée à l’horizon 2020. Les sénateurs communistes ont avancé une autre thèse pour refuser cet amendement : les amalgames seraient irremplaçables « pour les pays pauvres et pour les pauvres de nos pays » car, leur a-t-on fait croire, la seule alternative résiderait dans les coûteux inlays en céramiques, inaccessibles aux plus modestes.

Quelque habitués que nous soyons aux campagnes de désinformation des représentants des dentistes, nous nous étonnons de voir jusqu’où ils poussent ici le mensonge quand ils dispensent leurs avis aux élus de la République. Ainsi :
  • alors que les trois types de matériaux d’obturation (amalgames dentaires, résines, ciments verres ionomères) ont la même cotation pour la Sécurité sociale et que la substitution de l’un par l’autre ne modifie en rien le coût pour le patient ;
  • alors que l’ANSM admet que les amalgames dentaires sont remplaçables dans tous les cas par les autres matériaux d’obturation [1] ;
  • alors que de nombreux dentistes en France se passent totalement de mercure, parfois depuis des décennies [2] ;
  • alors que le mercure dentaire se voit déjà interdit dans des pays comme le Zimbabwe, la République Dominicaine ou l’Arménie (pour ne citer que quelques-uns des pays où le niveau de vie n’est pas, que nous sachions, particulièrement élevé)...

... les propagandistes de l’amalgame sont parvenus à persuader les sénateurs CRC, dont nous ne mettons pas ici en cause la bonne foi, qu’il n’existe rien d’autre pour les pauvres que ce matériau inesthétique et toxique [3].

L’Ordre national des chirurgiens-dentistes (ONCD), l’ADF et le syndicat de dentistes majoritaire CNSD n’ont jamais reculé devant des arguments fallacieux, voire totalement faux, ni devant des valeurs erronées pour faire croire aux praticiens que l’amalgame ne poserait aucun problème de santé publique [4], ce qui a conduit notre pays à devenir le premier consommateur d’amalgames en Europe et peut-être le seul endroit au monde où l’on recommande l’usage de ce matériau neurotoxique pour soigner les enfants, dont le système nerveux est en développement. Il y a un an, l’ONCD et l’ADF priaient encore la ministre de la Santé d’épargner les amalgames dentaires de la stratégie de réduction générale du mercure [5]. Certes, l’usage du mercure dentaire diminue, mais ce n’est certainement pas grâce à ces organisations : la baisse constatée résulte d’abord du fait que tous les praticiens ne sont pas dupes des imaginations ordinales, ainsi que de la préférence bien compréhensible des patients pour des matériaux dentaires modernes. En vérité, à la faveur des crispations des instances dentaires et en dépit de cette réduction spontanée de l’usage du mercure dans les soins dentaires, une obturation sur quatre en France se fait encore à l’amalgame [6] – une proportion considérable, très largement supérieure à ce qu’on observe dans les pays ayant adopté une dentisterie moderne.

Aussi, supposer aujourd’hui que la consommation de mercure dentaire va diminuer de manière significative grâce à la seule bonne volonté d’organisations dentaires archaïques et mensongères nous apparaît comme un pari pour le moins hasardeux.


 


[1] « Au cours de l’enquête menée auprès des fabricants de produits d’obturation dentaire, il n’a pas été identifié d’indication de restauration où l’amalgame ne pourrait être remplacé par un autre matériau. De plus, l’utilisation d’une technique indirecte, notamment avec des matériaux incrustés, constitue une alternative à considérer. »

[2] http://www.procontremercure.lautre.net/Lettre-ouverte-de-chirurgiens.html

[3] De fait, c’est la situation actuelle qui s’avère extrêmement discriminante, et qui fait peser sur les pauvres une double peine. En France, les inégalités sociales pèsent très lourdement sur la santé bucco-dentaire : non seulement les plus défavorisés sont nettement plus affectés par la maladie carieuse que les populations aisées, mais ils se voient de surcroît prioritairement soignés avec l’amalgame dentaire qui, selon l’OMS, induit la majorité des effets secondaires dus aux matériaux dentaires, y compris des problèmes généraux de santé.
http://www.drees.sante.gouv.fr/sante-bucco-dentaire-des-enfants-des-inegalites-des-le-plus,11172.html
http://www.non-au-mercure-dentaire.org/actualites-non-au-mercure.php?article=159

[4] http://www.non-au-mercure-dentaire.org/actualites-non-au-mercure.php?article=161
http://www.non-au-mercure-dentaire.org/actualites-non-au-mercure.php?article=162
http://www.non-au-mercure-dentaire.org/actualites-non-au-mercure.php?article=194

[5] http://www.ordre-chirurgiens-dentistes.fr/lordre/la-lettre-de-lordre/detail-la-lettre-de-lordre.html?tx_ttnews[tt_news]=350&cHash=7e3778874d6a2c377b85151587c9f9ee

[6] Selon les données de l’ANSM qu’a par ailleurs exploitées par M. Bernard Cazeneuve durant son exposé au Sénat.


L'Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure à Minamata – Article du 14 novembre 2013

 



Non Au Mercure Dentaire n'a pu se rendre au Japon pour la signature de la Convention de Minamata sur le Mercure, dont le texte avait été finalisé en janvier dernier. L'Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure, en la personne de son Vice-Président pour la région Afrique Dominique Bally KPOKRO, a néanmoins porté notre voix devant les 144 Nations réunies.

Excellence Messieurs les chefs d’États et de Gouvernement des différentes nations ici présents,
Excellence Messieurs les Ministres, en vos fonctions et titres respectifs,
Excellence Monsieur le Président du Bureau de la conférence diplomatique de la convention de Minamata sur le mercure,
Distingués représentants des États, en vos titres et rangs respectifs,

L’Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure vous remercie d’avoir permis à ce traité de voir le jour en y apposant la signature de vos États.

C’est l’occasion pour nous de souhaiter vivement que la convention de Minamata qui vient d’être signée soit rapidement ratifiée afin que les engagements pris pour la mise en œuvre du traité puissent se concrétiser.

Nous remercions vivement toutes les régions pour leurs efforts durant tout le processus de négociations pour que l’amalgame dentaire soit mentionné dans l’annexe A du traité comme produit avec des étapes réelles d’élimination.

Cependant, nous demandons un effort supplémentaire à chaque nation pour qu’en ce qui concerne les amalgames dentaires, au moins trois des étapes figurant dans l’annexe soient mises en œuvre dans chaque pays, parmi lesquelles nous estimons que les moins onéreuses sont :

  • Le changement des programmes d’enseignement dans les universités, dès maintenant, en les orientant vers la mise en œuvre des alternatives, et d’ici deux ans, la suppression de l’amalgame des dits programmes d’enseignement ;
  • La promotion des alternatives, qui d’ailleurs sont abordables, efficaces et disponibles, dans les programmes des gouvernements et des assurances ;
  • L’information des parents et des consommateurs sur la véritable composition des amalgames, qui contiennent 50 % de mercure (mais pas de plomb, et très peu d’argent), et la possibilité de choisir des alternatives non-toxiques.

Nous serons d’une infinie reconnaissance envers toutes les Nations qui dès à présent, prendront toutes les dispositions pour interdire, dans un futur très proche, l’usage des amalgames dentaires et aussi envers celles qui refuseraient la réorientation des ventes des quantités d’amalgame restantes aux fabricants vers leur territoire. L’Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure réaffirme, par conséquent, toute sa disponibilité à collaborer avec toutes les Nations qui feraient de l’élimination du mercure dentaire une priorité.

Aussi souhaitons–nous vivement que des fonds soient rapidement alloués aux États ou même aux régions qui, pendant l’intercession, ont des projets allant dans le sens de la réduction du mercure dentaire en leur sein.

Nous sommes reconnaissants d’avance de ce que les pays donateurs mobiliseront immédiatement les fonds promis depuis l’adoption du traité, en vue de l’effectivité dudit traité.

Je vous remercie !

Dominique Bally KPOKRO
Vice –Président Afrique de l’Alliance Mondiale pour une Dentisterie sans mercure.



De nombreux pays se sont engagés à Minamata (ou précédemment) à faire de l’élimination à court terme - au plus tard en 2015 - des amalgames une priorité :

  • Amérique latine : Equateur, Uruguay. En République Dominicaine, les amalgames sont déjà interdits.
  • Afrique : Gambie, Centre-Afrique, Cameroun (interdiction en janvier 2014), Gabon, Zambie, Sud-Soudan, Ouganda, Madagascar, Ile Maurice. Au Zimbabwe, la décision a déjà été prise en 1984 : un décret du Président a fait de l’ART (une alternative utlisant le ciment verrre ionomère) une priorité, de sorte que le mercure dentaire n'est plus en usage depuis longtemps.
  • Asie du Sud-Est : Philippines, Bangladesh, Népal.
  • Océanie : Nouvelle-Zélande, Iles Kiribati.
  • Europe : Suisse, Géorgie. La Suède, la Norvège et la Suisse ont proposé un soutien financier et technique aux pays en développement désirant éliminer le mercure dentaire.

Nous souhaitons que la France s'inspire de ce volontarisme. Il ne convient plus d'attendre l'Europe, mais d'impulser en elle un changement nécessaire vers un système de soins enfin débarrassé de toutes substances toxiques !




Un amendement pourrait signer le début de la fin du mercure dentaire – Article du 13 novembre 2013

 






Dans le cadre du projet de loi de finances de la sécurité sociale (PLFSS), les sénateurs Europe Écologie Les Verts ont déposé un amendement pour imposer une taxe de 32 € sur le gramme de mercure dentaire. Si l’amendement était adopté, ce montant prohibitif se traduirait de facto par une réduction massive de l’usage de l’amalgame dentaire, composé de 50 % de mercure.

Depuis quelques semaines, de nombreuses nouvelles se sont accumulées pour incriminer ce matériau d’obturation si dangereux pour l’environnement et la santé publique :
- la Convention de MinamataConvention de Minamata a montré que plus aucun pays ne veut du mercure. Il s’agit de la première réglementation internationale sur une substance spécifique – ce qui montre bien, précisément, la spécificité de cette substance.
- les députés européens ont adopté un rapport demandant l’élimination des PE et des CMR dans les dispositifs médicaux quand ils sont remplaçables – ce qui est exactement le cas de l’amalgame.
- l’ANSM, qui voulait produire un nouveau rapport innocentant le mercure dentaire, s’est pris les pieds dans le tapis : cette thèse n’est tout simplement plus soutenable dans le contexte international et européen que nous connaissons.

L’amendement proposé aux sénateurs est juste et raisonnable :
- le mercure dentaire est la première source d’imprégnation de la population au mercure et les Français sont de loin les plus exposés à cette substance sur notre continent, puisque la France consomme le tiers du mercure dentaire européen. Le phénomène est réversible : les pays qui renoncent au mercure dentaire voient rapidement diminuer les niveaux de mercure dans l’organisme de leur population.
- Un rapport de 2012 a mis en évidence que l’amalgame est en réalité le plus cher des matériaux d’obturation si l’on tient compte des coûts de dépollution et des coûts sanitaires engendrés, qui sont aujourd’hui supportés par la société alors qu’ils devraient être intégrés au prix du produit.

Tel que nous le comprenons, le sens de cet amendement n’est en aucun cas de stigmatiser les dentistes, mais de les amener à ne plus utiliser un matériau préjudiciable à la fois à eux-mêmes (même s’ils n’ont en règle générale pas de claire conscience de ce danger), à l’environnement et à la santé de la population générale.

La santé des patients n’y perdra rien, car des alternatives efficaces
(composites et ciments verres ionomères) existent. De nombreux pays, même parmi les plus pauvres, se sont engagés à passer à une dentisterie sans mercure d’ici à 2015 [1]. La France peut aujourd’hui prendre ce tournant : nous espérons qu’elle en saisira l’occasion. S’y refuser serait incompréhensible et indéfendable aux yeux des citoyens.

 


[1] En Amérique latine : Equateur, Uruguay. En République Dominicaine, les amalgames sont déjà interdits.
En Afrique : Gambie, Centre-Afrique, Cameroun (interdiction en janvier 2014), Gabon, Zambie, Sud-Soudan, Ouganda, Madagascar, Ile Maurice. Au Zimbabwe, la décision a déjà été prise en 1984 : un décret du Président a fait de l’ART (une alternative utilisant le ciment verre ionomère) une priorité, de sorte que le mercure dentaire n’est plus en usage depuis longtemps.
En Asie : Philippines, Bangladesh, Népal.
En Océanie : Nouvelle-Zélande, Iles Kiribati. Au Japon et en Russie, le mercure dentaire est abandonné depuis longtemps.
En Europe : Suisse, Géorgie. La Suède, la Norvège, le Danemark et l’Arménie s’en dispensent déjà.



Communiqué de presse (09 octobre 2013) - Mercure dentaire : le SCHER allume un nouveau voyant rouge

 





Le Comité scientifique sur les risques sanitaires et environnementaux (SCHER, un comité scientifique chargé de conseiller la Commission européenne) vient de rendre public, ce 25 septembre, un rapport préliminaire sur les risques environnementaux et les effets sanitaires indirects dus aux amalgames dentaires. S’il est loin de faire le tour des implications écologiques liées au mercure dentaire, il dévoile néanmoins des résultats particulièrement sombres : les experts estiment en effet que, dans certaines régions d’Europe, les rejets de mercure dentaire pourraient suffire à eux seuls à contaminer le poisson au-delà des valeurs limites tolérables.

Ce nouveau rapport est le dernier d’une longue série de signaux d’alerte. Ainsi, en juillet 2012, un rapport d’experts indépendants remis à la Commission européenne évaluait la consommation de mercure dentaire dans l’Union à 75 tonnes par an en moyenne [1]. 75 tonnes d’un des éléments les plus dangereux, considéré comme si préoccupant que 140 Nations se sont accordées en janvier dernier, au terme de négociations historiques, pour en réduire drastiquement les usages et les rejets afin de protéger les populations : jamais une substance chimique n’avait fait l’objet d’une telle réglementation internationale [2].

Ce même rapport estimait qu’environ la moitié des rejets de mercure est « potentiellement biodisponible, susceptible en particulier de contaminer les poissons ». Dans le poisson, le mercure se trouve sous forme de méthylmercure. Une étude scientifique récente estime que l’ingestion de méthylmercure par les femmes enceintes coûterait chaque année sur notre continent plus de 600 000 points de QI aux nouveaux-nés [3].

La consommation de poisson constitue la deuxième source d’exposition au mercure pour les Européens, la première venant des amalgames dentaires
, ce qui a encore été confirmé par une récente expertise de l’Autorité Européenne de sécurité des aliments (EFSA), qui estime que les amalgames dentaires sont responsables d’une imprégnation excessive des Européens en mercure. Ainsi, à l’exposition mercurielle directe des amalgames, s’ajoute une exposition indirecte tout aussi préoccupante.

Il n’est pas tolérable de laisser perdurer cette situation alors que la dangerosité du mercure dentaire devient chaque jour plus évidente et que des alternatives sans danger sont efficaces et disponibles [4].

Les autorités françaises ont récemment donné des signes encourageants en faveur d’une interdiction des amalgames dentaires : nous espérons maintenant qu’elles vont porter cette position devant les autres États membres. Une position claire de l’Europe sur cette question est attendue dans les mois à venir.

 


[1] European Commission. Study on the potential for reducing mercury pollution from dental amalgam and batteries, prepared by Bio Intelligence Service, 2012.

[2] La Convention de Minamata doit être ratifiée dans les jours à venir, lors d'une conférence qui se tiendra du 9 au 11 octobre 2013 à Minamata (Japon), ville sinistrée par une pollution au mercure d'origine industrielle.

[3] Bellanger M, Pichery C, Aerts D, Berglund M, Castano A, Cejchanová M, Crettaz P, Davidson F et al. Economic benefits of methylmercury exposure control in Europe: Monetary value of neurotoxicity prevention. Environmental Health 2013, 12:3. Cette vaste perte d’intelligence collective a aussi son versant socio-économique, dans la mesure où un QI plus faible se traduit par une productivité amoindrie : le manque à gagner s’élèverait annuellement à 8 ou 9 milliards d’euros.

[4] NORDEN. Mercury – reductions are feasible. Dental treatment without mercury is becoming the norm, pp. 29-31. Copenhagen, 2010.




 

14-11-2016

VEILLE POUR L'ANNEE 2013 - PARTIE 2

 


Communiqué de presse (5 novembre 2013) – Les professions dentaires, premières victimes des vapeurs de mercure

 





Ce sont les grands oubliés du débat... La question de la toxicité du mercure dentaire est pourtant dans le viseur de nombreuses agences : au niveau européen, le SCHER, a récemment rendu ses conclusions sur la pollution due aux amalgames dentaires, et les effets sanitaires qui en résultent ; une autre, le SCENIHR, cherche à déterminer si ces amalgames représentent un risque pour les patients. En France aussi, l’ANSM a voulu donner l’illusion qu’elle s’intéressait à la santé des porteurs de mercure dentaire. Mais, dans le même temps, personne ne se penche sur les professions dentaires – chirurgiens-dentistes et assistantes – qui sont pourtant aux premières loges quand il s’agit d’inhaler des vapeurs de mercure.

La dernière fois qu’un organisme public a planché sur cette question, c’était l’INRS en 2003 – il y a dix ans ! La publication relève un risque d’intoxication chronique, qui « se traduit le plus souvent après plusieurs années d’exposition par une instabilité émotionnelle, une fatigue excessive, des troubles de la concentration, un état dépressif, la présence d’un goût métallique dans la bouche et parfois des troubles de la vision avec constriction du champ visuel », et peut aboutir au « tremblement mercuriel » et à des « troubles de la coordination ». Depuis lors, des publications scientifiques ont indiqué que ces risques de troubles neurologiques et cognitifs sont encore plus grands chez les assistantes dentaires, que le risque de suicide est augmenté chez les dentistes hommes ou encore que les dentistes femmes et les assistantes dentaires souffrent de troubles de la reproduction... toutes choses (et bien d’autres) imputables aux vapeurs de mercure.

Ces constats plaident vigoureusement en faveur d’une interdiction du mercure dentaire et de la mise en place d’une législation protégeant les dentistes et leurs salariés. C’est en ce sens que l’eurodéputée Karima Delli a déposé, le 23 octobre dernier, une question écrite à la Commission ; c’est dans cette intention aussi que nos associations vont écrire au ministre du Travail pour lui demander d’agir.

Alors que les Nations ont exprimé en octobre, en signant la Convention de Minamata sur le mercure, qu’elles refusent de continuer à empoisonner leurs écosystèmes et leurs populations au mercure, il n’est pas possible de faire du cabinet dentaire le lieu d’une exception morbide.

En contournant cette question, les pouvoirs publics encourent le risque d’un puissant mécontentement de la part des professionnels exposés. En avril 2012, une assistante dentaire norvégienne a fait valoir devant la Justice de son pays que les pathologies dont elle souffrait étaient bel et bien consécutives à son exposition professionnelle au mercure [7]. Une première qui pourrait inspirer des suites sur notre territoire.



Actions de groupe « à la française » : l’impunité perdure dans la santé et l’environnement

 



La semaine prochaine, le projet de loi sur la consommation va être débattu en séance publique à l’Assemblée nationale. Parmi les nouvelles dispositions, l’action de groupe « à la française », qui aurait pu être une formidable avancée citoyenne, se voit réduite à la portion congrue : le litige à la consommation.

Alors que ce dispositif était attendu principalement par les victimes de dommages corporels, notamment dans les domaines de la santé, et pour les dommages à l’environnement, le gouvernement a choisi de restreindre drastiquement son champ d’application. Ne sont donc concernés que les dommages matériels, en matière de consommation et de concurrence. L’action de groupe en matière de dommages sanitaires figurait pourtant dans le programme du candidat Hollande [1] et de nombreux parlementaires et membres de l’actuelle majorité ont, lorsqu’ils étaient dans l’opposition, défendu vigoureusement cette mesure [2].

Dès lors, pourquoi un tel reniement ? Les dommages corporels sont trop compliqués à évaluer dans le cadre d’une action de groupe et il y a trop d’oppositions à ce texte, laisse-t-on entendre en filigrane [3]. Ainsi, le gouvernement freine sous la pression du grand patronat – car qui a intérêt à empêcher la préservation des écosystèmes et de la santé publique, sinon ceux qui sont aujourd’hui en position de les bafouer quasi impunément ?

Dans l’idée d’atténuer l’incompréhension et la colère que suscite cette promesse électorale non tenue, le gouvernement se déclare déterminé à travailler sur ces problématiques. Mais quand ? Dans l’immédiat, cet ambitieux projet reste à l’état de promesses [4].

A l’heure où les scandales sanitaires se succèdent sans répit, où la Justice s’avère désespérément incapable d’assurer une indemnisation équitable et efficace des victimes [5], voilà qu’on nous demande gentiment d’attendre, allez, encore une demi-douzaine de scandales ? Sur un sujet de cette importance, les victimes ne peuvent plus se satisfaire de simples déclarations.

Les associations de victimes de produits de santé et de dommages à l’environnement demandent instamment au gouvernement et à l’ensemble des députés et sénateurs d’étendre l’action de groupe « à la française » prévue par le projet de loi sur la consommation aux dommages des produits de santé et environnementaux.


 


[1] http://www.infirmiers.com/les-grands-dossiers/presidentielles-2012/sante-et-dependance-les-propositions-du-candidat-hollande.html
[2] Voir notamment la proposition de loi relative à l’introduction de l’action de groupe en France, présentée en 2007 par M. Arnaud MONTEBOURG, co-signée par 154 députés PS et apparentés dont MM François HOLLANDE, Jean-Marc AYRAULT, Claude BARTOLONE, Manuel VALLS, Laurent FABIUS, Mme Christiane TAUBIRA.
[3] « Loi consommation : L’action de groupe redonnera du pouvoir d’achat », 2 mai 2013, http://www.lemonde.fr
[4] Auditionné par la commission des affaires économiques, Benoit Hamon a déclaré : « Marisol Touraine travaille au principe d’une action de groupe étendue aux préjudices intervenant en matière de santé, qui pourrait trouver place dans la future loi de santé publique. »
[5] Voir notamment, pour les victimes du Médiator, les données du collège d'experts de l'ONIAM au 31/03/2013.

 



QUI SOMMES-NOUS ?

La FNATH

La FNATH, association des accidentés de la vie, a été créée en 1921 pour défendre les droits des victimes d’accidents au travail. Elle est aujourd’hui l’association de défense de tous les accidentés de la vie, des malades, invalides et handicapés.
Forte de près de 200.000 adhérents et de leur solidarité, l’association lutte au quotidien pour améliorer la vie des accidentés, des handicapés, des malades, et pour qu’ils soient reconnus et traités en citoyens à part entière.
La FNATH est une association à but non lucratif, indépendante de tous les pouvoirs. Elle est reconnue d’utilité publique.

LES ASSOCIATIONS DE VICTIMES DE PRODUITS DE SANTE

Les associations de victimes de médicaments participantes sont :
• AAAVAM (victimes de médicaments – www.aaavam.eu)
• AMALYSTE (syndromes de Lyell et Stevens-Johnson – www.amalyste.fr),
• AVRG (Roaccutane et Générique – avrg.unblog.fr),
• CADUS (victimes d’accidents médicaux – www.cadus.fr),
• E3M (victimes de l’aluminium dans les vaccins – Myofasciite à macrophages – www.myofasciite.fr),
• Les filles DES (victimes du Distilbène – www.lesfillesdes.com),
• RESEAU D.E.S (victimes du Distilbène – www.des-france.org),membre de la FNATH
• REVAHB (Réseau Vaccin Hépatite B – www.revahb.fr),
• Non Au Mercure Dentaire (victimes des amalgames dentaires – http://www.non-au-mercure-dentaire.org/)

Nous représentons tous ensemble plusieurs milliers de victimes et sommes représentatifs de la diversité et de la complexité des effets indésirables graves des médicaments.
Nous sommes indépendants de l’industrie pharmaceutique.

Le RESEAU ENVIRONNEMENT SANTE

Le Réseau Environnement Santé réunit depuis 2009 des scientifiques, des professionnels de santé, des ONG et des associations de malades, tous préoccupés de l’impact de l’environnement sur notre santé. L’objectif de mettre les questions de santé environnementale au cœur des politiques publiques se décline aujourd’hui autour de quatre grands axes : les perturbateurs endocriniens ; les maladies chroniques ; les maladies et risques émergents ; enfin l’alimentation – http://reseau-environnement-sante.fr/
Les associations de malades suivantes font partie du Réseau Environnement Santé :
• Collectif des électrosensibles
• Fibromyalgie France
• Priartem
• Robin des Toits





Sucre, caries et lobbying – Article du 11 juin 2013

 

"Le sucre est-il mauvais pour les dents ? Derrière cette simple question se cachent d’insoupçonnables intérêts financiers contradictoires avec ceux de santé publique..."
Une enquête de Marie Grosman, qui nous montre pourquoi il vaut mieux éviter de s'en remettre aux seules associations de dentistes pour assurer la prévention des caries.




Lettre à la direction de Dentsply – Publiée le 11 juin 2013

 

Cette lettre de l'Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure, s'adresse à l'un des principaux fabricants d'amalgames dentaires dans le monde. Elle a été signée par des ONG de tous les continents – et bien sûr par NAMD en France.




Chers Directeurs,

Avec votre siège international à York PA, vous apportez une réelle valeur ajoutée aux habitants et aux communautés du sud de la Pennsylvanie centrale. Nous espérons que vous continuerez à être les leaders au niveau mondial de l'équipement et des matériaux nécessaires aux professions dentaires.

Mais le moment est venu de mettre un terme à la production d'un polluant majeur de la planète : le mercure dentaire. À l'insu de beaucoup de patients – trompés parce que l'amalgame est appelé fallacieusement « amalgame d'argent » – l’amalgame est composé de 50% du mercure. Aujourd'hui, les alternatives sont abordables, disponibles et efficaces.
En janvier, 140 nations ont finalisé un projet de traité sur le mercure qui comprend une feuille de route sur la façon de réduire progressivement l’amalgame : le monde entier s'est prononcé contre l’amalgame. Dentsply doit maintenant choisir entre risquer sa réputation en continuant de fabriquer un polluant dont les dommages environnementaux sont colossaux – ou éliminer progressivement ce matériau en favorisant les nombreuses alternatives non-toxiques que vous produisez déjà.
S'associent à cette lettre les communautés vivant à proximité du siège de Dentsply, ainsi que des organisations nationales et internationales oeuvrant dans les domaines de de l'environnement, de la sécurité alimentaire, de la santé, de missions de protection des consommateurs.

Cette lettre tire la sonnette d’alarme.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé, la quantité de mercure dentaire dans l'environnement est significative : « On estime qu’une quantité importante de mercure est libérée dans l'environnement à cause de l'utilisation de l'amalgame dentaire, soit comme une conséquence indirecte du détournement de l’utilisation de l'amalgame vers d'autres usages, soit en raison de mauvaises pratiques de gestion des déchets ou à cause des incinérations ».

Entre 313 et 411 tonnes de mercure sont consommées chaque année dans le monde pour être utilisées dans les amalgames dentaires – ce qui représente 10% de la consommation totale de mercure. L'amalgame dentaire est l'un des produits les plus voraces en mercure dans le monde – plus que les ampoules (120-150 tonnes), les instruments de mesure (320-380 tonnes) ou les appareils électriques (180-220 tonnes). Cette grande quantité de mercure dentaire pénètre dans l'environnement par le biais de nombreuses voies insidieuses. Par exemple, le mercure dentaire pollue :
• l’air via les incinérations, les émissions des cliniques dentaires, l'incinération des boues, et la respiration ;
• l'eau via les émanations des cliniques dentaires et les déchets humains ;
• le sol via les sites d'enfouissement, les lieux d’enterrement et les boues d'épuration que l’on répand comme engrais sur les terres agricoles.

L'Environmental Protection Agency affirme qu’une fois que l’amalgame dentaire se retrouve dans l'environnement, « certains micro-organismes peuvent changer le mercure élémentaire en méthylmercure, une forme hautement toxique qui s'accumule dans les poissons, les crustacés et les animaux qui se nourrissent de poissons. » Le méthylmercure peut endommager le développement du cerveau et du système nerveux des enfants avant même leur naissance. Pour protéger nos enfants contre la pollution au mercure dentaire, il faut stopper la production d’amalgames dentaires.

Malgré le problème grave que pose le mercure dentaire, les sondages de Zogby montrent que 76% des patients des cabinets dentaires ne savent pas que leurs amalgames sont principalement constitués de mercure. De nombreux patients croient même que l’amalgame est principalement composé d’argent, comme le suggère le terme trompeur d’« amalgame d'argent » couramment utilisé. Nous sommes convaincus que Dentsply peut fournir aux patients des solutions de remplacement écologiques et fiables à l'amalgame, tout en arrêtant progressivement la production d'amalgames dentaires.
Nous vous mettons en garde, surtout, de ne pas faire des pays en développement la nouvelle cible marketing de l'amalgame. Trop souvent, les États américains et européens évacuent en Afrique, en Amérique Latine et en Asie du Sud les produits qui commencent à avoir mauvaise réputation chez eux.

Notre question est la suivante : est-ce que Dentsply va fixer une date de fin à la fabrication de l’amalgame, alerter les dentistes pour qu'ils accélèrent leur formation, et continuer à faire des profits justes et honnêtes en vendant tous les matériaux dentaires alternatifs que vous produisez déjà ? Les pertes de profits seront négligeables ; en contrepartie vous éviterez l'opprobre que peuvent vous attirer les dégâts terribles en santé environnementale causés par le mercure dentaire. Nous vous remercions de répondre dans les 30 jours, avant le 21 Juin 2013.



NAMD auditionnée à l'ANSM – Article publié le 28 mai 2013

 

Contexte : en octobre 2011, des représentants de NAMD, d’ATC-Toxicologie et du Réseau Environnement Santé étaient reçus à l’Agence du médicament (alors intitulée Afssaps ; désormais rebaptisée ANSM). On nous annonçait à cette occasion une actualisation rapide du rapport de l’Afssaps de 2005, à laquelle nous devions être associés.
Dans les faits, nous avons été soigneusement tenus à l’écart de cette nouvelle expertise, jusqu’au mois de décembre 2012 : l’ANSM a alors soumis à nos commentaires un projet de rapport qui ne pouvait absolument pas nous satisfaire.
Lors d’une réunion de travail à la Direction Générale de la Santé (DGS), en février 2013, nous avons fait part de notre désaccord fondamental quant aux conditions d’élaboration de ce rapport, ainsi qu’envers son contenu : nos interlocuteurs nous ont aussitôt indiqué qu’ils saisiraient à nouveau l’ANSM sur la base de nos plaintes.
Le 2 mai 2013, nous avons donc été sollicités pour une audition à l’ANSM, devant la Commission de Prévention des Risques liés à l'utilisation des produits de santé. Cette commission, essentiellement composée de chercheurs et de praticiens, n’a pas rédigé le projet de rapport que nous contestons ; son rôle est de le valider, de l’amender ou de le rejeter.
André Lefranc, Marie Grosman et Geoffrey Begon ont donc représenté NAMD le 23 mai devant cette commission. Il nous a paru que l’auditoire était attentif à notre argumentaire ; pour exemple, alors que nous ne devions disposer de 20 minutes de parole, nous avons pu nous exprimer durant 45 minutes.
Le compte-rendu qui suit retrace l’essentiel de notre intervention, mais il n’a pas de valeur officielle ; le compte-rendu officiel sera adopté lors de la prochaine réunion de la commission, en juillet. Nous connaîtrons alors l’issue de la délibération qui a suivi notre intervention.
Quel qu’en soit le résultat, nous nous réjouissons d’avoir pu prendre la parole à cette occasion, puisque notre position sortira de l’ombre et figurera dès l’été prochain sur le site de l’ANSM.






Introduction (par André Lefranc)

 

Mesdames, Messieurs, bonjour,
Nous sommes les représentants de l'association Non Au Mercure Dentaire. Nous sommes heureux, bien que le temps qui nous est imparti soit très limité, de pouvoir présenter notre point de vue.
Je suis accompagné de :

- Mme Marie Grosman,
  • Conseillère scientifique de Non Au Mercure Dentaire (NAMD),
  • Accréditée auprès de l’UNEP, pour les problèmes du mercure, a participé aux négociations du traité international sur le mercure (future convention de Minamata)
  • Accréditée auprès de la Commission Européenne pour le dossier mercure
  • Vice-présidente Europe de l'Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure.

- M. Geoffrey Begon,
  • Délégué général de l'association
  • Accrédité auprès de la Commission Européenne pour le dossier mercure

- Et moi-même, André Lefranc,
  • Président de NAMD
  • Accrédité auprès de l'UNEP.


Notre association est à l’origine de l’alerte sanitaire qui a abouti au premier rapport du Conseil Supérieur de l’Hygiène Publique de France (CSHPF) de 1998, puis au rapport de l’Afssaps de 2005, et à la présente proposition. Nous attendions depuis 2011 une réelle participation à l'élaboration de ce travail.
Je passe la parole à notre Délégué Général, M. Geoffrey Begon.


Introduction (par Geoffrey Begon)

 

À nos yeux, ce projet de rapport ne remplit pas son rôle pour 4 principales raisons :
I- il est entaché de défauts déontologiques ;
II- il procède d'une méthodologie biaisée ;
III- il ne permet pas de dire que les recommandations du rapport de 2005 restent valables ;
IV- et enfin, contrairement à ce qui nous avait été annoncé, il ne fait pas le point sur les alternatives.


I- Défauts déontologiques

 

1. Le principe d’une procédure contradictoire et pluraliste n’a pas été respecté. Plusieurs des experts sollicités sont connus pour leurs positions pro-amalgames. En revanche, alors que nous sommes la seule voix discordante, nous n’avons pas pu participer à l’élaboration de ce rapport ; nous avons proposé des noms d’experts, notamment le Professeur André Picot, dont aucun n’a été retenu ; nous avons constitué une bibliographie de 150 titres qui a été balayée : les experts n’en ont retenu que deux, pour les éliminer ensuite au prétexte de biais méthodologiques.
Nous refusons que notre association puisse, comme ce fut le cas pour dans le rapport de 2005, servir de caution permettant de transformer à bon compte ce rapport en expertise contradictoire. Si ce rapport est adopté, nous demandons donc l’insertion d’une phrase telle que : « L’association Non Au Mercure Dentaire dénonce une expertise non contradictoire, qui ne s’appuie pas sur l’état actuel de la science, et dont l’objectif évident est de blanchir l’amalgame ». A défaut, nous demandons que le nom de notre association ne paraisse pas dans le rapport.

2. Du reste, trois experts sur cinq ont déjà contribué au rapport de 2005, et un expert est un des principaux rédacteurs du rapport du CSHPF de 1998 : dans ces conditions, l’ANSM ne prenait guère de risques d’obtenir des conclusions différentes avec ce projet de rapport. C’est d’ailleurs ce que confirme le contenu : je cède sur ce point la parole à notre conseillère scientifique, Marie Grosman.


II. Une expertise qui ne reflète pas les connaissances scientifiques du moment (par Marie Grosman)

 

Une autre critique importante concerne la démarche scientifique : nous considérons que cette expertise ne reflète pas l’état actuel des connaissances scientifiques. La méthodologie retenue dans l’élaboration du présent rapport paraît tout simplement destinée à écarter toute étude dérangeante.
Dans un premier temps, l’ANSM a édicté des critères d'exclusion injustifiables qui réduisent considérablement la problématique. Sont notamment exclues :
- les études in vitro ;
- les études expérimentales sur l'animal ;
- les études d’autopsie (seules à pouvoir évaluer l’imprégnation mercurielle de l’organisme).

Dans un deuxième temps, sont évincées toutes les études qui trouvent un lien entre les amalgames et une pathologie, en raison de « biais méthodologiques » qui les invalideraient.
Deux exemples suffisent à témoigner d’une certaine orientation :
- l’étude sur la perte auditive a été écartée car il n’y aurait pas de « groupe témoin ». Pourtant, les témoins sont dans ce cas, à l’évidence, les porteurs de composites (comparés aux porteurs d’amalgames). Un autre reproche est que « le mécanisme de la toxicité n’est pas abordé dans l’étude ». Cependant les mécanismes d’ototoxicité du mercure sont bien connus et d’autres publications scientifiques les évoquent ; une revue récente (2012) les rappelle.
- nous trouvons très inquiétant qu’une Agence de sécurité sanitaire considère qu’il n’y a pas « nécessairement » de problème quand les valeurs de référence sont dépassées, alors même qu’un consensus scientifique se dégage sur le caractère trop laxiste des valeurs de référence pour l’exposition au mercure inorganique (cf. étude de Richardson de 2010 ), comme ce fut le cas pour l’exposition au plomb.

Ce qui a été démontré ou confirmé ces dernières années :
1. L’amalgame dentaire est le principal contributeur de la charge corporelle en mercure. C’est ce qu’a rappelé encore récemment le rapport de l’Agence européenne sur le mercure dans l’alimentation (Efsa 2012 ) : « L’exposition via l’inhalation de mercure élémentaire des amalgames dentaires augmente significativement l’imprégnation corporelle mercurielle, entraînant un dépassement de la Dose Hebdomadaire Tolérable. »
Le mercure inhalé sous forme de vapeurs passe dans le sang puis traverse aisément la barrière hémato-encéphalique et, chez la femme enceinte, la barrière placentaire. Le principal organe cible est le cerveau : dès qu’il y pénètre, le mercure est oxydé et y est alors piégé : il s’y accumule peu à peu (c’est un toxique bioaccumulable) et y exerce ses effets nocifs. Chez la femme enceinte, on le retrouve dans le cordon ombilical où il est très bien corrélé au nombre d’amalgames de la mère, dans le foie du fœtus puis dans son cerveau. Le lait maternel accroît encore l’exposition du nourrisson au mercure. Or, ce n’est pas seulement la dose qui fait le poison : la période d’exposition est primordiale, et le cerveau en développement est beaucoup plus vulnérable aux effets de ce neurotoxique.
Nous estimons que le rôle de cette agence sanitaire est de se préoccuper du devenir de ce mercure d'origine dentaire. Or elle a fait le choix inverse en occultant complètement ce problème : les « relevés des niveaux de mercure dans une population et corrélations avec les différentes sources » font tout simplement partie des critères d'exclusion de la bibliographie.

2. Le relargage du mercure par les amalgames est augmenté dans des circonstances que le projet de rapport a choisi, là encore, de ne pas considérer. Ainsi du blanchiment des dents et de l'usage du téléphone portable.

3. Si l'on s'intéresse (comme nous le faisons) aux effets d'une exposition chronique à de faibles doses de mercure, l’étude de la littérature scientifique montre que :
a) Il existe une grande variabilité interindividuelle concernant la toxicocinétique du mercure (notamment la capacité à l’éliminer) et les effets du mercure sur l'organisme.
b) L'exposition chronique à de faibles doses de mercure est fortement soupçonnée de contribuer à diverses pathologies :
- infertilité, fausses couches, malformations : le mercure inorganique (Hgi) est reprotoxique ;
- affections neurologiques : troubles psychomoteurs chez l'enfant exposé, autisme, Alzheimer, SEP (pour la SEP : on dispose d’une grande étude épidémiologique portant sur 20 000 personnes (Bates, 2004 ) qui montre une élévation du risque relatif de SEP de 24% par amalgame supplémentaire) : le Hgi est neurotoxique ;
- maladies cardiovasculaires ;
- perturbations du système immunitaire, notamment autoimmunité : le Hgi est immunotoxique ;
- impact sur le système endocrinien : le Hgi est un perturbateur endocrinien, il affecte notamment le fonctionnement de la thyroïde. Cet effet est bien établi ; pourtant, une étude mettant en évidence la corrélation inverse entre la concentration en mercure dentaire du cordon ombilical et celle des hormones thyroïdiennes a été rejetée. Or une concentration plus faible en hormones thyroïdiennes peut avoir de graves conséquences sur le développement cérébral du fœtus.
c) L'état actuel de la science aujourd'hui est qu’il est impossible de définir une dose d'exposition sans danger au mercure, du fait de ses propriétés immunotoxiques, de perturbateur endocrinien et neurotoxiques pour le cerveau en développement.


III- Ce rapport ne permet pas de confirmer celui de 2005.

 

1. Son champ est beaucoup plus restreint ;

2. Il ne revient pas sur les éléments inacceptables d'un point de vue scientifique du rapport de 2005.
Il nous suffit d’en citer une affirmation : « Selon les valeurs calculées par l’OMS en 1997, il faudrait environ 530 amalgames pour atteindre des concentrations de mercure urinaire égales à 30 µg/g de créatine pour lesquelles on a pu observer un effet biologique. » (p. 21 du rapport)
D’où vient ce chiffre de 530 amalgames qui a été largement repris par les institutions, les dentistes et les ministres de la santé successifs quand les députés s’inquiétaient des risques liés aux amalgames ? Il s’agit en fait d’une opération extrêmement réussie du lobby dentaire. En 1997, la Fédération dentaire Internationale (FDI) a réuni un groupe de dentistes pro-amalgames au siège de l’OMS. Elle a réussi à faire passer l’avis de la FDI pour un rapport de l’OMS (ce détournement a été confirmé par le responsable de la section bucco-dentaire et la responsable juridique de l’OMS). Dans ce rapport , le chapitre sur l’exposition au mercure dentaire a été rédigé par deux dentistes, Mackert et Bergdlund, très connus pour leur activisme pro-amalgames (Mackert est de plus rémunéré par le principal fabricant d’amalgames américain). Ils se sont inspirés des résultats d’une étude de deux chercheurs suédois, Skare et Engqvist (1994), qui portait sur 41 sujets seulement. Dans cette étude, l’excrétion moyenne de mercure, pour une exposition modérée aux amalgames (30 surfaces), a été estimée à 12 µg par jour, les auteurs exprimant leur prudence quant à l’exploitation des valeurs moyennes : dans certains cas, les valeurs sont proches des « limites professionnelles décidées par l’OMS en 1991 ». Or Mackert et Berglund vont tordre ces valeurs selon un obscur modèle mathématique de leur conception, pour estimer au final qu’il faudrait 530 surfaces d’amalgames pour atteindre 30µg/g créatinine de mercure.
Ce chiffre de « 530 surfaces d’amalgames » a été repris par le Pr Garnier (un des auteurs du rapport actuel de l’ANSM) dans le rapport du CSHPF de 1998 (il cite 5 fois dans le chapitre sur la toxicité des amalgames la publication de ces deux auteurs issue du faux rapport de l’OMS). Sans doute mal recopié dans le rapport de l’Afssaps de 2005, cela donne les fameux « 530 amalgames » (soit environ 3 fois plus).
Nous estimons extrêmement choquant que cette affirmation extravagante issue d’une opération de lobbying se trouve dans une expertise officielle : ce fait seul est de nature à la discréditer. Nous demandons aujourd’hui solennellement aux experts de s’expliquer et de justifier ce chiffre, qui reste d’actualité si les recommandations du rapport de 2005 de l’Afssaps sont déclarées toujours valables.

3. Autre aberration du rapport de 2005 : il s’appuie sur les urines spontanées pour montrer l’absence d’intoxication au mercure dentaire, alors qu’il ne s’agit pas d’un indicateur pertinent. Certes, il existe une bonne corrélation entre le nombre d’amalgames et le mercure urinaire ; cependant, la mercuriurie baisse au cours des semaines suivant la pose d’amalgames puis reste à un niveau déclaré sans danger, alors que le mercure est piégé dans l’organisme, notamment dans le cerveau.


IV- Les alternatives (Geoffrey Begon)

 

S’il y a un point qui nous satisfait, c’est de constater dans la conclusion du rapport que le mercure dentaire est remplaçable dans tous les cas.
Toutefois nous souhaiterions être assurés sur la nature des alternatives : on nous avait assuré qu’elles seraient évaluées, or nous ne voyons pas un mot dans ce rapport sur leur éventuelle toxicité ou innocuité – alors même que nous savons qu’il y a, par exemple, du BPA dans une grande majorité de résines, etc.
Les performances des alternatives ne sont pas non plus évaluées : il y a pourtant là un enjeu majeur pour mettre fin au discours de l’Ordre des Dentistes et de l’Association Dentaire Française, selon lesquels les alternatives ne sont pas équivalentes en qualité à l’amalgame, ce que récusent les publications scientifiques.

Conclusion

 

De notre point de vue, ce rapport est clairement destiné non pas à évaluer la toxicité du mercure dentaire, mais à l'exonérer de tout soupçon de risque tout en ouvrant la voie à son remplacement par des alternatives, remplacement présenté comme « naturel » par une série de graphiques destinés à montrer que, de toutes façons, les dentistes emploient de moins en moins de mercure.
Si l’Agence tenait vraiment à savoir si les matériaux d’obturation sont possiblement toxiques, elle demanderait que ces dispositifs médicaux soient soumis au niveau européen à des tests de toxicité cellulaire dans le cadre d’une procédure d’autorisation de mise sur le marché : nous le réclamons depuis des années, cette solution avait également été préconisée dans un rapport parlementaire de 2001. Cela permettrait enfin de trancher le débat.


Ouverture (André Lefranc)

 


Notre ton a pu paraître passionné mais nous n’avons pas souvent l’occasion d’être entendus. Toutes nos affirmations s’appuient sur une vaste compilation d’études scientifiques : nous n’avançons rien de fantaisiste, aucune croyance : plus de 1000 articles sont répertoriés dans notre base de données scientifiques. Nous tenons à la disposition des membres de la commission toutes les références que vous souhaiteriez consulter.



Questions

 

Question : Avez-vous des relais en Europe ?

André Lefranc : Nous travaillons avec des dentistes de divers pays, des chercheurs suédois, d’autres associations, dans le cadre de l’Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure. Mais nous avons aussi des relais dans le monde entier : en Côte d’Ivoire, au Bangladesh, aux Philippines, au Pakistan, etc. Nous serions heureux d'échanger et de nous confronter à toute contradiction, ce qui ne peut que faire progresser l'état des connaissances.
Nous sommes aussi membres du Réseau Environnement Santé.

Question : Est-ce qu’on observe une accumulation du mercure et des lésions dans le cerveau ?
Marie Grosman
: Les études d’autopsie montrent une accumulation du mercure dans diverses régions du cerveau et dans l'hypophyse. Chez les malades d’Alzheimer, plusieurs études ont montré des concentrations plus élevées de mercure dans les régions les plus affectées par la maladie (noyau de Meynert…).

Question : Est-ce que les mécanismes d'actions du mercure sont connus ?
Marie Grosman
: Dans le cerveau, il est démontré que le mercure inorganique détruit la tubuline (squelette interne) des neurones. Cela a bien été démontré en 2001 par l’équipe de Leong sur des neurones exposés à de très faibles doses de mercure inorganique, donc grâce à une expérience in vitro, le type d’expérience soumise à exclusion par l’ANSM.
André Lefranc : Les tubulines participent du cytosquelette ; depuis 15-20 ans, les connaissances ont beaucoup progressé sur le rôle fonctionnel du cytosquelette. Il intervient dans les communications intercellulaires des cellules du système immunitaire. Il intervient aussi dans la communication hormonale, et dans la communication intracellulaire jusqu'au noyau et permet les processus de régulation.
Nous n'avons pas une vision étriquée de la problématique du mercure. Nous aurions pu aussi évoquer son action au niveau des mitochondries et de la production d'énergie. Nous savons que le mercure est un toxique qui a des effets depuis les organites cellulaires jusqu’à l'environnement.

Question : Qu’est-ce que vous préconisez, en somme ? A vous entendre, on ne pourrait plus rien faire…
Marie Grosman
: Nous ne nous prononçons évidemment pas pour un retrait systématique des amalgames, puisqu’il y a un risque d’intoxication aiguë lors des travaux dentaires si les dentistes ne sont pas bien formés. En revanche, on peut cesser de poser des amalgames dès le mois prochain. Plusieurs pays l’ont déjà fait (dont les 3 pays scandinaves) et s’en portent très bien. Le Zimbabwe va le faire, ce qui montre bien qu’il ne s’agit pas d’un problème économique. Autant on ne peut faire chuter rapidement le taux de mercure dans les poissons, autant on peut régler facilement le problème pour les soins dentaires, puisque les alternatives sont disponibles.

On remplace par quoi ?
Marie Grosman
: Les principales alternatives sont les composites et les ciments verres ionomères (CVI). Il y a encore beaucoup de composites contenant du BPA, ce qui n’est pas une bonne idée. Les études comparatives de longévité des matériaux ont montré que les CVI avaient au moins une aussi bonne longévité que les amalgames.
En attendant l’interdiction, nous demandons l'abandon immédiat du remboursement des amalgames (c’est ce qu’a fait la Suède, en 1999, ce qui a été suivi d’une chute rapide de leur utilisation). D’ici l’interdiction, il faut que les patients soient informés par un affichage dans tous les cabinets dentaires : une petite fille ou une jeune femme sur laquelle on pose des amalgames doit savoir que le mercure dentaire risque d’intoxiquer son futur bébé, et que celui-ci peut souffrir des dérèglements de la thyroïde de la mère occasionnés par le mercure, avec des risques de perturbation du développement cérébral pouvant conduire à un syndrome autistique . Il faut aussi former les dentistes pour qu’ils respectent un protocole précautionneux lors de tout travail sur amalgame, afin de diminuer les risques d’intoxication.
André Lefranc : Lors d'une rencontre, à Bruxelles, pour la commission européenne, avec un représentant de la Suède, il nous a été précisé que le budget des assurances sociales n'avait pas été mis en péril. Cela avait été neutre.
Marie Grosman : Il faut savoir qu’il n’y aura pas d’incidence économique pour la Sécurité sociale : la cotation est la même pour tous les matériaux d’obturation (la pose des amalgames est plus rapide, au bénéfice des praticiens).
André Lefranc : Nous ne demandons pas la dépose systématique de tous les amalgames chez les patients. Cela doit être fait avec un protocole très rigoureux qui demande une formation des professionnels de dentisterie. Ce serait la pire méthode et de très grands risques de déclencher des intoxications majeures, avec des accidents de santé gravissimes. Notre association vit dans un monde dont elle connaît les limites scientifiques, sociales et économiques. Nous avons une vision systémique de la problématique du mercure des amalgames dentaires.
Il est important de ne pas ajouter à la pollution mercurielle naturelle (volcanisme et utilisation des combustibles fossiles) un apport anthropique évitable qui est évalué entre les années 2000 et aujourd’hui entre 17 à 4 tonnes par an, pour la France.

Question : Il faut bien apporter un peu de contradiction… Si on vous entend, il devrait y avoir 100 % de maladie d’Alzheimer ; or ce n’est pas le cas. Connaît-on des populations à risque pour cette maladie ?
Marie Grosman
: On constate cependant que l’incidence de cette maladie est en forte progression.
Pour ce qui concerne les populations à risque, on connaît des gènes de susceptibilité ; les principaux sont les gènes APOE qui représentent le facteur génétique le plus prédictif du développement de la maladie. Ces gènes APOE commandent la synthèse d’apolipoprotéines présentes en abondance dans le cerveau et transportant le cholestérol. Les porteurs d’APOE4 ont beaucoup plus de risques de développer la maladie que les porteurs d’APOE2. Or les protéines exprimées par les porteurs d’ApoE2 se lient au mercure grâce à des fonctions soufrées (fonctions thiol) et lui permettent de sortir du cerveau, contrairement aux porteurs d’ApoE4.
ApoE4 est le principal facteur de risque génétique de la maladie d’Alzheimer, mais seulement dans les régions développées où on utilise des amalgames dentaires. Au Japon, où on ne les utilise pas, ou dans les régions rurales pauvres de l’Afrique, posséder ce gène n’augmente pas le risque, ce qui suggère un lien entre la prédisposition génétique et le facteur environnemental qu’est le mercure dentaire.
Cela dit, nous ne prétendons pas que le mercure soit la seule cause environnementale de la maladie d’Alzheimer ; il y a aussi les pesticides, d’autres métaux toxiques, etc.
Il est vrai que l’ANSM entend s’appuyer sur le Scenihr, dont le rapport de 2008 prétend qu’il n’y aurait aucun lien entre mercure dentaire et maladie d’Alzheimer. Mais il faut rappeler à ce propos que le rapport du Scenihr est malhonnête et contesté par tous les experts sérieux. A titre d’exemple, la vaste étude épidémiologique de Bates qui montre un lien entre amalgames et sclérose en plaques est « oubliée » dans la partie qui s’intéresse précisément à cette maladie, alors qu’elle est citée dans la partie qui traite de la maladie d’Alzheimer, pour dire qu’on n’observe aucune corrélation entre les mercure dentaire et la maladie d’Alzheimer… alors même qu’il est précisé dans l’étude de Bates qu’on ne peut tirer aucune conclusion pour cette pathologie (pas plus que pour la maladie de Parkinson) en raison du jeune âge de la cohorte (la quasi-totalité des personnes incluses ont moins de 60 ans).
De manière générale, il est inconcevable que l’ANSM s’appuie sur un rapport essentiellement rédigé par 4 dentistes pro-amalgames, lesquels s’appuient, pour la moitié de leur bibliographie, sur des références issues de revues dentaires (financées par les fabricants d’amalgames et autres matériaux), et qui profèrent de telles affirmations fallacieuses.

Question : Les amalgames ont tout de même été bénéfiques, historiquement
André Lefranc
: Historiquement, les amalgames ont remplacé l’or, vers les années 1850. Ce sont les charlatans aux USA, qui ont en premier utilisé les amalgames au mercure. Ils sont entrés en concurrence avec les dentistes, qui ont dû malgré leur réticence originelle, adopter ces pratiques pour accroître leur clientèle. On ne peut pas non plus reprocher à la profession l'adoption de ces pratiques. L'état de la science n'était pas le même.
Marie Grosman : Aujourd’hui, il existe des alternatives non toxiques. Il serait absurde et irresponsable de continuer à utiliser un matériau primitif toxique.

Question : On peut tout de même être rassuré grâce au protocole de soin qui n’a trouvé aucun cas d’intoxication…
Marie Grosman
: L’intoxication chronique au mercure entraîne ce qu’on appelle l’éréthisme mercuriel, caractérisé entre autres par de l’angoisse et des troubles du comportement. Le protocole mis en place par le rapport de 2005 pousse à orienter les personnes qui souffrent de ces troubles vers la psychothérapie (c’est aussi ce qui se passe à Fernand-Widal et dans les autres centres anti-poison). Les indicateurs (teneur du mercure dans les urines et dans le sang) ne sont pas pertinents. Et il faudrait que les experts puissent admettre l’éventualité que les personnes qui se présentent peuvent réellement être intoxiquées par leurs amalgames.
Par ailleurs, des cas de maltraitance lors de ces protocoles ont été rapportés, de sorte que nous n’invitons plus les patients à s’y soumettre.
Geoffrey Begon : Ces cas de maltraitance ont été rapportés à l’ANSM ; dès lors, il paraît dérangeant que l’ANSM s’appuie sur ce protocole dans son rapport. Le protocole ne trouve rien car il ne peut rien trouver : nous ne renvoyons pas vers lui, les praticiens ne le connaissent pas, il est conçu pour ne rien voir.
André Lefranc : Nous vous remercions de nous avoir permis de nous exprimer devant vous. Nous ne pouvons que regretter l'influence trop grande du Conseil de l'Ordre des Dentistes dans cette problématique. Le rôle du Conseil de l'Ordre ne devrait pas être de dire la science. Il est là pour rappeler le droit, juger les litiges portés à sa connaissance, évaluer les pratiques et vérifier l'application des règles de déontologie. Ce ne devrait pas non plus être un représentant syndical des dentistes.
Laisser au conseil de l'ordre le soin de dire la science, c'est entrer dans une démarche scolastique d'un autre âge. La science doit appartenir aux universitaires pour permettre les progrès.





Dentistes, assistantes dentaires : protégez-vous du mercure !

 


La brochure

Les amalgames dentaires sont composés de mercure métallique à hauteur de 50 % en moyenne. Or le mercure est une substance volatile à basse température et extrêmement toxique, ciblant notamment les trois systèmes intégrateurs (système nerveux central, système immunitaire et système endocrinien), endommageant les reins et perturbant de nombreuses voies métaboliques. Sur l’organisme en développement, il induit des risques de malformations.

On ne connaît pas de seuil de toxicité en dessous duquel le mercure serait sans risque : tout travail sur amalgame doit donc être conduit avec d’extrêmes précautions.


L’exposition professionnelle des dentistes

 

Des autopsies ont révélé des niveaux de mercure très augmentés dans l’hypophyse de personnels dentaires, ainsi que dans le cortex occipital et le cortex rénal.

Les concentrations de mercure dans l’urine (le meilleur indicateur de l’exposition récente au mercure métallique) sont considérablement augmentées chez les dentistes, dès le début de leurs études. Elles sont encore plus élevées chez les assistantes dentaires. Même si ces valeurs restent relativement basses pour une majorité de professionnels, elles atteignent chez quelques individus des niveaux comparables à ceux pour lesquels on rapporte des effets sur les reins et le système nerveux central.

En outre, certains travaux ont mis en évidence chez les professionnels de la dentisterie des symptômes imputables au mercure, mais qui ne sont pas corrélés aux niveaux de mercure mesurés dans les urines. En effet ceux-ci ne rendent pas compte du mercure accumulé dans l’organisme. Un test de mobilisation avec le chélateur de référence, le DMPS, s’avère être un bien meilleur indicateur de la charge corporelle en mercure ainsi que des problèmes rénaux et cognitifs qui lui sont liés, chez les dentistes comme chez les assistant-e-s.

D’autre part, des études sur des professionnels de la dentisterie ont montré qu’à exposition comparable, des facteurs génétiques peuvent augmenter les effets du mercure sur la sphère cognitive, l’humeur et le comportement.


Les risques sanitaires auxquels le mercure expose dentistes et assistant-e-s

 

L’INRS admet le risque d’intoxication chronique, qui « se traduit le plus souvent après plusieurs années d’exposition par une instabilité émotionnelle, une fatigue excessive, des troubles de la concentration, un état dépressif, la présence d’un goût métallique dans la bouche et parfois des troubles de la vision avec constriction du champ visuel.
« La symptomatologie neurologique apparaît plus tardivement et se manifeste pas des troubles sensitifs des extrémités, tels une paresthésie, un engourdissement s’aggravant à l’effort, des troubles de la sensibilité thermique, pallesthésique et kinesthésique. L’électromyogramme peut mettre en évidence une polyneuropathie sensorielle. Quand les troubles atteignent les membres supérieurs, les praticiens sont gênés dans leur travail, notamment par le tremblement mercuriel, qui apparaît lors des gestes fins, et par les troubles de la coordination. »

Ces observations sont appuyées par plusieurs études, qui relèvent des troubles sensoriels, cognitifs, neurologiques et psychosomatiques chez les dentistes, et plus encore chez les assistantes dentaires.

Des études observent une proportion de suicides augmentée chez les dentistes hommes.

Les professions dentaires souffrent aussi plus souvent de problèmes rénaux, liés au mercure.

Les assistantes dentaires et les femmes dentistes risquent des troubles de la reproduction.

Enfin, certains risques de cancers sont augmentés chez les dentistes, notamment les cancers du cerveau, du système reproducteur (sein ou testicule) et de la peau.


3 règles de sécurité fondamentales

 

1- Ne plus poser d’amalgames.

Les alternatives sont au point. Convenablement posés, les composites en résine (qui existent aussi sans bisphénol A) et les ciments verres ionomères (un matériau biocompatible selon les données actuelles de la science) présentent une longévité équivalente à celle de l’amalgame. Aussi l’usage d’un matériau aussi toxique ne se justifie-t-il plus.

2- Ne pas travailler dans un cabinet dentaire pendant une grossesse.

L’exposition professionnelle au mercure est associée à une réduction de la fertilité et à la survenue de fausses couches.
Durant la grossesse, cette exposition augmente de manière significative les risques d’hypertension pour la femme enceinte ainsi que de petit poids à la naissance, de malformations de l’enfant, d’anomalies du tube neural et de bébés mort nés.

3- Intervenir sur les amalgames en toute sécurité

Même dans les cabinets qui ne posent plus d’amalgames, les praticiens et les patients sont exposés à d’importantes quantités de vapeurs lors de travaux sur les amalgames préexistants ou de leur retrait.
Le cabinet doit être équipé comme suit :

  • système de refroidissement : jet d’eau concentré, de fort débit, sans air.
  • un aspirateur chirurgical : système d’aspiration tenu par l’assistant(e) au-dessus de la dent à traiter. Idéalement, on peut connecter l’aspirateur au modèle « clean-up ». En l’absence de « clean-up », il faut une digue sans latex pour plus d’étanchéité.
  • une fraise fissure (non diamantée).

Autres règles à appliquer :

  • Le praticien ne doit pas fraiser dans l’amalgame, mais l’inciser en croix puis l’enlever par morceaux.
  • Même en hiver, il est impératif d’ouvrir les fenêtres car la saturation de l’air dans la pièce est dangereuse.
  • Il est important de décontaminer régulièrement les tuyaux d’aspiration avec une substance adéquate.
  • Il faut des masques au charbon pour le patient et pour les praticiens. Les protections ordinaires ne retiennent pas les vapeurs de mercure.
  • Le patient est invité à avaler avant l’intervention deux cuillères à soupe de charbon actif en poudre pour retenir une partie des ions mercuriques ingérés au cours de l’opération, et à faire un bain de bouche avec une ampoule de granions de sélénium, pour limiter l’absorption du mercure par la muqueuse buccale. Au terme de l’intervention puis une heure et demi après, il fera avec profit d’autres bains de bouche avec du sélénium et du charbon actif dilué dans de l’eau.




Réponse à Michel Goldberg – Aritcle publié le 26 avril 2013

 


Dans la Lettre de l’Ordre n°116, d’avril 2013, qui passe entre les mains de tous les dentistes de France, M. Goldberg livre son point de vue sur l'actualité du mercure dentaire. C'est pour lui l'occasion de perpétrer de nouvelles approximations, assorties de considérations calomnieuses visant notre association.
Nous reproduisons ci-dessous l'intégralité de l'entretien paru dans la Lettre de l'Ordre, dans lequel nous soulignons les éléments qui nous ont semblé trop flagrants pour demeurer sans réaction.
Notre réponse fait suite.



Vous êtes identifié en tant que personnalité scientifique prônant le bon usage de l'amalgame d'argent. Considérez-vous faire partie de ce lobby que stigmatisent les opposants à ce matériau d'obturation ?

Je suis un scientifique et ne suis financé par personne. Il suffit de consulter les déclarations d'intérêt des agences. À ma connaissance, pas un industriel n'engage de fonds pour faire du lobbying sur le mercure. Il n'existe pas de groupe d'influence promercure. Il n'y a que des praticiens qui en connaissent tous les avantages. En tant que chercheur, je suis le premier à me pencher avec intérêt sur les études annoncées comme remettant en question l'amalgame d'argent. Or, à ce jour, aucun travail scientifique sérieux n'a fait la démonstration de risques avérés. L'ensemble de la communauté scientifique mondiale «sérieuse» partage cette analyse. Cela étant, bien sûr, il y a de rares cas d'allergies et, naturellement, des problèmes environnementaux. La question des résidus issus de l'activité des cabinets dentaires reste ouverte. Ce fameux «lobby» n'est qu'un fantasme qui désigne en réalité une pratique professionnelle dans son ensemble. Le «lobby des dentistes», c'est tout simplement une communauté médicale qui a recours à un matériau sans risque qui donne des résultats fiables, et qui veut continuer à l'utiliser au vu des bienfaits qu'il apporte aux patients en termes de santé publique.

Comment accueillez-vous la décision qui a été prise à Genève, dans le cadre du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), qui va vers une réduction de l'usage de l'amalgame et non pas son interdiction ?

Avec une certaine satisfaction. Les experts se sont admirablement bien battus pour empêcher une interdiction, qui aurait constitué un véritable non-sens en termes de santé publique. Il faut comprendre le contexte, porté par un fort écho médiatique relayant les arguments des associations, qui ne s'appuient que sur des études sans fondement scientifique. Nous naviguions en plein délire. Avec l'amalgame d'argent, nous sommes face à 150 ans de recul scientifique et de bonnes pratiques. Aucun autre matériau n'offre cette pérennité, particulièrement remarquable au niveau des points de contact et de l'action anticarieuse. Aujourd'hui, aucun matériau de substitution existant ne souffre la comparaison. La viabilité des ciments verres ionomères s'élève en moyenne autour de deux ans, celle des composites à six ans. C'est le double, toujours en moyenne, pour l'amalgame d'argent. En termes de longévité et d'«irremplaçabilité», tous les experts, chercheurs et cliniciens sont unanimes pour en souligner les qualités.

Comparés à leurs confrères européens, les praticiens français sont désignés comme les plus grands «consommateurs» d'amalgames. Comment interprétez-vous cela?

Parce que l'enseignement, en France, est très bon! Pourquoi se priver, au niveau des molaires et éventuellement des prémolaires, du produit le plus sain, stable et meilleur marché disponible aujourd'hui ? S'agissant des restaurations des dents postérieures, aujourd'hui, la seule alternative crédible concerne la prévention.

Pourtant, le gouvernement a modifié son approche s'agissant de ce matériau.

Et il a tort. J'interprète cette évolution - qui, cela dit, ne consiste pas à interdire l'amalgame d'argent mais à en réduire l'usage - comme un signe de faiblesse face à des groupes de pression peu nombreux mais extrêmement déterminés, voire violents. Or, je le répète, la question de l'amalgame d'argent fait consensus pour l'ensemble de la communauté scientifique internationale. Notre profession adopte un positionnement défensif. Mais il ne faut pas avoir peur de le dire : l'amalgame d'argent constitue un enjeu de santé publique!

 


Notre réponse.

Dans la Lettre de l’Ordre n°116, M. Goldberg énonce une série de propos trompeurs dont certains, diffamatoires, visent à l’évidence l’association Non au mercure dentaire, même s’il prend soin de ne pas la nommer.

M. Goldberg prétend n’être financé par personne ; or ses déclarations publiques d'intérêt font état d’une collaboration prolongée avec Septodont – qui fournit, entre autres matériaux dentaires, des amalgames.

Il nie avoir connaissance de « groupe d’influence promercure » ; pourtant un groupe de travail sur l’amalgame dentaire (le DATT) a été constitué à l’initiative de la Fédération Dentaire Internationale (FDI) dans le but de préserver les intérêts commerciaux des marchands d’amalgames, que menaçaient les négociations internationales sur le mercure.

Il martèle que les arguments des associations ne reposent pas sur des éléments scientifiques. Au contraire, Non Au Mercure Dentaire travaille sur la base d’une veille scientifique rigoureuse. C’est d’ailleurs sur cette base que l’Afssaps-Ansm a dû retirer de son site le Rapport de 2005, issu du travail d’un groupe d’experts dont Michel Goldberg, de la commission Matériovigilance de cette Agence, fut un membre diligent.

M. Goldberg estime qu’ « aucun matériau de substitution ne souffre la comparaison » avec l’amalgame. C’est le contraire de ce que démontre une revue des études ayant comparé les performances des amalgames et celles des ciments verre ionomères : la longévité de ces derniers s’avère supérieure. La qualité de la pose est déterminante quant à la longévité des matériaux d’obturation ; aussi croyons-nous que les facultés dentaires françaises devraient davantage se préoccuper de cet apprentissage, plutôt que de s’obstiner sur un dispositif médical archaïque, que tous les autres pays abandonnent progressivement.

M. Goldberg nous qualifie de « groupes de pression peu nombreux extrêmement déterminés, voire violents. » Si violences il y a eu, elles sont restées dans le champ verbal et M. Goldberg en fut le seul auteur : ainsi quand il qualifiait une équipe de chercheurs ayant démontré le transfert placentaire du mercure et son accumulation dans le fœtus de « coalition d'illuminés, d'écologistes, de charlatans » ; ou quand il proclamait, à l’occasion de l’interdiction de l’amalgame par la Norvège : « On devrait élever une statue […] à la bêtise triomphante » ; « Ils sont fous ces Vikings ! ».

Enfin rappelons que le dernier rapport de l’OMS, paru en 2011, indique que l’amalgame est associé à des problèmes généraux de santé, et que la majorité des problèmes de santé dus aux matériaux dentaires lui sont imputables. Il y a donc bel et bien consensus dans la communauté scientifique sur le mercure dentaire – mais nullement dans la direction souhaitée par M. Goldberg !
 

14-11-2016

VEILLE POUR L'ANNEE 2013 - PARTIE 3

 

Veille scientifique année 2012, 2e partie : les soins

 

Ce travail est l’étape préliminaire d’un chantier plus large, visant à regrouper l’ensemble des connaissances scientifiques disponibles dans les revues internationales à comités de lecture sur les soins appropriés en cas d’intoxication chronique au mercure.
Le corps du texte respecte scrupuleusement le contenu des articles et n’engage pas l’avis de NAMD ; nos quelques remarques se concentrent dans les notes de bas de page.

Plan du document :

I- Les soins dentaires

II- Soigner l'intoxication chronique au mercure

  • A- Généralités
  • B- Les substances protectrices
  • C- Les chélateurs


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NAMD à la Direction Générale de la Santé – Article du 28 février 2013

 



La Direction Générale de la Santé (DGS) nous a reçus mercredi 20 février. Deux sous-directions étaient présentes: la sous-direction en charge des produits de santé, représentée par Mme Catherine Choma et M. Rémi Garron ; et la Mission des Affaires Internationales et Européennes, représentée par M. Benjamin Redt. La sous-direction des risques liés à l’environnement et à l’alimentation, également concernée, n’était pas représentée.

Les porte-parole de NAMD étaient sa conseillère scientifique Marie Grosman (MG), sa conseillère juridique Edith Bon (EB), et son délégué général Geoffrey Begon (GB).
Nous avons exposé les deux motifs de notre visite : en premier lieu, connaître l'analyse de la DGS sur les délais d'interdiction possible de l'amalgame et apporter notre propre point de vue ; d'autre part, exposer notre sentiment quant au projet de rapport sur le mercure dentaire dernièrement commis par l'Agence du Médicament (ANSM).

Mme Choma a souhaité écarter de la discussion ce second volet : elle nous a demandé de lui faire parvenir par courriel nos motifs de désaccord avec l'ANSM, en précisant qu'elle re-saisirait l'Agence à partir de nos objections : nous pouvons donc nous féliciter de ce que nos commentaires ne resteront pas lettre morte. Nos principaux motifs de désaccord sont le fonctionnement opaque et partial de l'agence ; plus encore, une manière dépassée d’aborder la science, qui relègue dans l’ombre d’importantes données [renvoi].

L'essentiel de la discussion s'est donc concentré sur les moyens de parvenir à une réduction rapide de l'utilisation des amalgames, en visant l'horizon de leur interdiction.
Nous avons suggéré que la France adopte toutes les mesures proposées par le traité international (hors celle déjà adoptée : l'obligation de n'utiliser que des amalgames encapsulés). Nous avons indiqué ce qui nous paraît être les trois principaux outils :

1) le déremboursement des amalgames;
2) l'affichage dans les cabinets dentaires des mesures de précaution qui s'imposent lors de tout travail sur amalgame ;
3) l’arrêt de l’enseignement de la pose d’amalgames dans les universités et le renforcement de la formation initiale et continue pour la pose d’alternatives.

Le déremboursement peut être envisagé comme suit : la DGS saisira la Haute Autorité de Santé (HAS), qui élabore les protocoles de bonnes pratiques. Celle-ci sera donc chargée de définir les cas exceptionnels dans lesquels l’amalgame dentaire serait irremplaçable ; dans les autres situations, il pourrait être déremboursé. remarque : nous n'avons pas de garantie pour l'instant, mais n'avons pas essuyé un refus.
Rappelons que ce levier est extrêmement fort : c’est celui qu’a utilisé la Suède dès 1999 pour réduire drastiquement sa consommation de mercure dentaire, au moment où l’Europe lui opposait que l’interdiction était impossible.
Cependant, nos interlocuteurs ont expliqué qu’à partir du moment où la HAS serait saisie, il lui faudrait au moins un an pour établir son nouveau protocole. En outre, nous devons craindre, toujours, l’influence des instances dentaires qui tenteraient de persuader que l’amalgame reste sans substitut valable dans de nombreux cas. Nous devrons donc être offensifs et vigilants, et contribuer à mettre en avant les voix des dentistes "modernes", sans mercure, pour couvrir celles des vétérans du lobby dentaire.

L’affichage de mesures de protection du patient et des professionnels dans les cabinets dentaires dépend directement de la DGS. Nous pourrions donc obtenir une réponse plus rapide dans ce domaine. Nous souhaitons qu’il soit mentionné que l’amalgame contient 50 % de mercure, une substance extrêmement toxique et volatile, et qu’à ce titre tout travail sur amalgame doit être réalisé avec les plus grandes mesures de protection pour le patient, le praticien et son assistant(e).

La formation des étudiants et des professionnels est également de la responsabilité de la DGS. Cette voie, sur laquelle s’est déjà engagée la Suisse, aurait une puissante résonance : ce ne sont pas seulement, en fait, les nouveaux dentistes qui seraient concernés : l’impact serait très fort sur l’ensemble de la profession, amenée à repenser ses pratiques.

D’autres points importants ont été abordés.

M. Retz a assuré que lors des négociations pour obtenir une position européenne commune en Europe, la France faisait partie des États les plus disposés à l’interdiction.
D’un point de vue technique, il a expliqué qu’après signature du traité international, il faudrait encore sa ratification par l’Union puis par chacun des États membres.
MG a regretté que, lors des négociations internationales, les délibérations de la plupart des régions du monde étaient publiques, mais pas celles de l’Europe, qui se déroulent à huis-clos.
Elle a aussi évoqué les pressions intéressées qui s’exercent dans les processus de décision. Elle a ainsi rappelé que l’OMS, qui travaille en étroite collaboration avec les instances dentaires (FDI...), s’était prononcée dès la première cession des négociations internationales contre une interdiction des amalgames, non pour des raisons de santé publique mais, notamment, au motif que la rémunération des dentistes en serait écornée.
MG a également indiqué que l'on ne pouvait pas se fier à l’Union Française de Santé Bucco-Dentaire (UFSBD) pour assurer la prévention des caries, sachant qu’elle est subventionnée par l'industrie du sucre et qu’elle rejette par conséquent l’idée selon laquelle le sucre serait un facteur de risque pour la maladie carieuse. La prévention doit surtout être prise en charge par des structures publiques, comme l'Education Nationale.

MG a rappelé qu’aucun test de toxicité cellulaire n’est effectué avant la mise sur le marché pour les amalgames ; et que ceux-ci n’auraient aucune chance de résister à de tels tests.
Mme Choma a confirmé que la France n’avait jamais demandé la mise en place de ces tests. Elle a cependant indiqué qu’il fallait choisir entre un arrêt progressif, fondé sur la mise en place des nouveaux protocoles émis par la HAS – et nous nous accordions sur cette position – ou bien une solution plus abrupte. L'interdiction très rapide des amalgames lui semble impossible : on est bien d'accord ?
Le problème a cependant resurgi d’une autre manière, quand Mme Choma a rappelé que nous devions nous assurer de ne pas remplacer un matériau existant par un autre plus toxique ; GB a alors objecté que nous ne pouvions pas nous dispenser pour cela d’une comparaison : on ne peut pas imposer aux nouveaux matériaux des épreuves dont l’amalgame est exempté, et conserver l’amalgame au prétexte que les autres matériaux faillissent aux tests.
MG a rappelé que nous demandons une autorisation de mise sur le marché, avec test de toxicité cellulaire, pour tous les matériaux dentaires ; et que les toxiques avérés (tels le mercure et le bisphénol A) devraient être a priori interdits dans ces matériaux.

Mme Choma a noté que le patient a droit à un consentement éclairé et qu’il est donc autorisé à s’informer sur les matériaux qu’on lui met en bouche et les gestes du praticien. GB a répondu que, dans les faits, ce droit est constamment bafoué, de sorte qu’il faut trouver une remédiation. D’autre part, EB a souligné que la relation entre le praticien et le patient est très disproportionnée en termes de connaissances, de sorte que le patient se repose naturellement sur le praticien.
Mme Choma a insisté sur le fait qu’il faut éviter de semer la panique chez tous les porteurs d’amalgames, et d'occasionner des vagues de dépose sauvage qui risqueraient d’aggraver le mal plus que de le guérir.
Nous l’avons assurée que nous étions très conscients de ce problème.

Nous savons bien, et nous l’avons mentionné, que les amalgames ne seront jamais interdits pour des raisons de santé publique, à cause des responsabilités qui sont en jeu ; toutefois nous avons rappelé pour finir que les négociations européennes et internationales sur le mercure, qui abordent la question d’un point de vue environnemental, sont précisément une opportunité donnée à tous pour mettre fin à ce fléau sans qu’aucun des partis ne perde la face.

Veille scientifique année 2012 – Article publié le 21 février 2013

 

TOXICITÉ DU MERCURE DENTAIRE


Notre recherche a été effectuée dans la base Medline, à l’aide des mots-clefs « mercury » puis « amalgam ».
Nous avons retenu l’ensemble des articles concernant l’intoxication chronique au mercure élémentaire et inorganique, s’intéressant aux problématiques suivantes :

1) La toxicologie du mercure élémentaire

2) L’exposition au mercure via l’amalgame dentaire
Toutes les études qui s’intéressent à cette question indiquent une corrélation entre le nombre d’amalgames et l’imprégnation de l’organisme du patient en mercure.

3) Les effets directs de l’amalgame
Plusieurs études constatent des effets locaux, mais aussi systémiques, sur les systèmes nerveux, immunitaire, endocrinien ainsi que sur les reins.

4) La contamination de l’embryon, du fœtus et du nourrisson par la mère


5) Les effets délétères
De nouvelles études viennent renforcer la thèse d’une association entre le mercure et les troubles du spectre autistique, la sclérose en plaques, la maladie d’Alzheimer et l’acrodynie. D’autres études soutiennent la thèse d’un lien entre mercure et cancer, hydrocéphalie et parodontite.
Le mercure perturbe le système endocrinien et ses effets délétères s’exercent sur plusieurs générations. Plusieurs études confirment qu’il attaque notamment les systèmes nerveux (troubles du comportement et de l’audition) et cardiovasculaire.

6) Les mécanismes d’action

En outre, 5 articles s’intéressent aux alternatives à l’amalgame : ils montrent globalement que ce matériau toxique est tout à fait remplaçable.

Ainsi, 82 articles ont été retenus. Ils sont présentés ici avec des extraits, traduits, du résumé ou de l’article intégral.

Voir le document intégral.



Mercure et autisme : une relation de cause à effet ? – Article du 29 janvier 2013

 

En prévision du 3e plan autisme, le toxicochimiste André Picot et la spécialiste de la santé publique Marie Grosman ont réalisé un dossier interrogeant les relations entre l'intoxication au mercure et l'explosion des cas d'autisme à laquelle nous faisons face depuis les dernières décennies.

Ce travail a bénéficié des relectures de Bertrand Jacques, André Cicolella et Geoffrey Begon.

Il a obtenu le soutien des associations Non Au Mercure Dentaire, Association Toxicologie Chimie, Fondation de France, ainsi que des députés Daniel Fasquelle (UMP) et Gwendal Rouillard (PS), co-presidents du groupe parlementaire de réflexion sur l'autisme.

Nous espérons que ce travail invitera la ministre en charge de ce plan, Mme Carlotti, ainsi que la ministre de la Santé, Mme Touraine, à ouvrir un volet s'intéressant aux causes de l'autisme, jusqu'alors terriblement ignorées.

Le détail technique de la réglementation sur le mercure dentaire – Article du 22 janvier 2013

 

Même si les dispositions sur le mercure dentaire contenues dans le traité international ne sont pas à la hauteur de nos espérances, il ne faut pas minimiser leur portée.

Il est désormais acté à l'échelle du monde que l'amalgame dentaire est un matériau dangereux, tout au moins pour l'environnement.

Cette considération pèsera nécessairement sur les politiques européennes et nationales.

Nous pouvons être fiers de notre engagement dans l'Alliance pour une dentisterie sans mercure et dans l'ensemble des négociations internationales : sans notre obstination, il est certain que l'OMS et la Fédération Dentaire Internationale (FDI) seraient parvenues à exempter les amalgames de toute contrainte. A vrai dire, il s'en fallait de très peu lors de la dernière session du comité intergouvernemental de négociation (INC5).

Nous saluons donc avec gratitude les émissaires de NAMD à Genève : Marie Grosman et Edith Bon.

Et nous rendons hommage aux premiers lanceurs d'alerte sur l'amalgame, ceux qui marchent encore avec nous comme ceux qui sont disparus - à commencer par Jean-Jacques Melet.



L'équipe de l'Alliance Mondiale pour une dentisterie sans mercure lors de l'INC5, à Genève.


Chaque pays sera désormais contraint d'adopter au minimum 2 mesures parmi les neuf suivantes, et les pays en développement seront d'autant plus soutenus financièrement qu'ils adopteront plus de mesures :

(I) Fixer des objectifs nationaux de prévention des caries dentaires et de promotion de la santé afin de minimiser le besoin en soins dentaires ;

(II) Fixer des objectifs nationaux dans le but de diminuer leur utilisation ;

(III) Promouvoir l’utilisation d’alternatives sans mercure d’un bon rapport coût-efficacité ;

(IV) Promouvoir la recherche et le développement de matériaux sans mercure de qualité pour les obturations dentaires ;

(V) Encourager les organisations professionnelles représentatives et les écoles dentaires à éduquer et former les professionnels dentaires et les étudiants à l’utilisation d’alternatives sans mercure pour les restaurations ;

(VI) Décourager les polices d’assurance et les programmes favorisant l’usage des amalgames par rapport à celui d’alternatives sans mercure ;

(VII) Encourager les polices d’assurance et les programmes favorisant l’usage d’alternatives sans mercure par rapport à celui des amalgames ;

(VIII) Restreindre l’usage des amalgames à leur forme encapsulée ;

(IX) Promouvoir l’usage des meilleures pratiques environnementales pour réduire les rejets de mercure et de composés de mercure dans l’eau et le sol.



A l'évidence, toutes ces mesures ne sont pas également contraignantes. Il y a fort à parier que la FDI va engager les Etats à appliquer les mesures 1 et 8 : en ce cas, effectivement, elle sera parvenue à maintenir l'inertie.

L’Association Dentaire Américaine (ADA) s'est déjà réjouie de constater que, de son point de vue, "les dispositions du traité relatives aux amalgames dentaires protègent cette importante option de traitement sans restrictions pour les patients, tout en équilibrant la nécessité de protéger l'environnement. Il est vital pour les gens partout dans le monde de continuer à avoir accès à un traitement sûr, durable et abordable pour le soin des caries."

Elle persiste donc à prétendre qu'il n'y aurait point de salut pour la santé dentaire en dehors de l'amalgame : mais comment font les pays, riches ou pauvres, qui s'en dispensent ? L'ADA, ou l'Association Dentaire Française (ADF) qui assène régulièrement le même propos, disposeraient-elles de données leur permettant d'affirmer que la santé bucco-dentaire se dégrade dans les pays renonçant à l'amalgame dentaire ?

L'ADA rappelle qu'elle s'est toujours battue aux côtés de la FDI pour que la diminution du volume d'amalgames passe par la réduction de la prévalence de la maladie carieuse. Elle ajoute soutenir d'autres mesures, "telles que la recherche, le développement des alternatives à l'amalgame dentaire et de meilleures pratiques de gestion impliquant le stockage et le recyclage des déchets d'amalgame." Ainsi l'amalgame resterait à ce jour indispensable, et l'on serait condamné à trouver des solutions pour s'accommoder de ses déchets toxiques.

De son côté, le directeur exécutif de la FDI, M. Eiselé, a estimé dans Le Monde du 19 janvier que le traité n'est rien d'autre qu'un "signal" qui rappelle aux dentistes leur responsabilité environnementale. Selon lui, "le jour où l'on disposera d'un matériau alternatif facile d'utilisation et stable, on y passera naturellement, rien que pour des raisons esthétiques". M. Eiselé prétend donc que les alternatives n'existent pas, ce qui est faux. [1]

Il a également soutenu devant témoins à Marie Grosman, lors de l'INC5, que l'amalgame serait stable en bouche, ce qui a été démenti depuis des dizaines d'années. [2]

Mais, à défaut de s'appuyer sur les données scientifiques, les instances dentaires savent pouvoir se reposer sur leurs nombreux relais à l'OMS, dans les agences sanitaires ou les gouvernements. La bataille continue donc pour faire en sorte que les Etats s'astreignent à des mesures réellement efficaces pour réduire la consommation de mercure dentaire, par exemple en jouant sur le remboursement des divers matériaux d'obturation ou en cessant d'enseigner la pose de l'amalgame.

Mais au-delà du principe de réduction , c'est bien l'interdiction que nous devons viser pour l'Europe et la France dans les plus brefs délais.



 


[1] Les alternatives sans mercure sont d'une longévité au moins équivalente à l'amalgame :

Aguirre Aguilar AA, Rios Caro TE, Huamán Saavedra J, França CM, Fernandes KP, Mesquita-Ferrari RA, Bussadori SK. [Atraumatic restorative treatment: a dental alternative well-received by children]. Rev Panam Salud Publica. 2012 Feb;31(2):148-52.

Frencken JE, Taifour D, van 't Hof MA. Survival of ART and amalgam restorations in permanent teeth of children after 6.3 years. J Dent Res. 2006 Jul;85(7):622-6.

Frencken JE, van't Hof MA, Taifour D, Al-Zaher I. Effectiveness of ART and traditional amalgam approach in restoring single-surface cavities in posterior teeth of permanent dentitions in school children after 6.3 years. Community Dent Oral Epidemiol. 2007 Jun;35(3):207-14.

Hickel R, Kaaden C, Paschos E, Buerkle V, García-Godoy F, Manhart J. Longevity of occlusally-stressed restorations in posterior primary teeth. Am J Dent. 2005 Jun ;18(3):198-211

Kalf-Scholte SM, van Amerongen WE, Smith AJ, van Haastrecht HJ. Atraumatic restorative treatment (ART): a three-year clinical study in Malawi--comparison of conventional amalgam and ART restorations. J Public Health Dent. 2003 Spring;63(2):99-103.

Mickenautsch S, Yengopal V, Leal SC, Oliveira LB, Bezerra AC, Bönecker M. Absence of carious lesions at margins of glass-ionomer and amalgam restorations: a meta- analysis. Eur J Paediatr Dent. 2009 Mar;10(1):41-6.

Mickenautsch S, Yengopal V, Banerjee A. Atraumatic restorative treatment versus amalgam restoration longevity : a systematic review. Clin Oral Investig. 2010 Jun ;14(3):233-4

Qvist V, Poulsen A, Teglers PT, Mjör IA. The longevity of different restorations in primary teeth. Int J Paediatr Dent. 2010 Jan;20(1):1-7.

Zanata RL, Fagundes TC, Freitas MC, Lauris JR, Navarro MF. Ten-year survival of ART restorations in permanent posterior teeth. Clin Oral Investig. 2011 Apr ;15(2):265-71


[2] Les amalgames relarguent du mercure :

Danscher G, Hørsted-Bindsley P, Rungby J: Traces of mercury in organs from primates with amalgam fillings.
Exp Mol Pathol 1990 , 52:291-299.

Drasch G, Schupp I, Hofl H, Reinke R, Roider G: Mercury burden of human fetal and infant tissues. Eur J Ped 1994, 153:607-610.

Eggleston DW, Nylander M: Correlation of dental amalgam with mercury in brain tissue. J Prosth Dent 1987, 58:704-707.

Guzzi G, Grandi M, Cattaneo C, Calza S, Minoia C, Ronchi A, Gatti A, Severi G: Dental amalgam and mercury levels in autopsy tissues: food for thought. Am J Forensic Med Pathol 2006, 27:42-45.

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Communiqué de presse (22 janvier 2013) – Négociations internationales sur le mercure : un bilan en demi-teintes.

 





Vendredi 18 janvier à Genève, plus de 130 Nations ont adopté le premier accord mondial sur le mercure, une substance que l’OMS classe parmi les « dix produits chimiques ou groupes de produits chimiques extrêmement préoccupants pour la santé publique. »

Une grande victoire est l’interdiction de l’extraction de mercure – même si elle ne sera effective qu’en 2025.

La majorité des produits contenant du mercure sont appelés à disparaître : ainsi des piles, batteries, ampoules basse consommation, interrupteurs, appareils de mesures, savons ou crèmes. De même, l’utilisation du mercure sera prochainement exclue des procédés de production de divers produits (chlore-soude, pesticides et biocides, acétaldéhyde, vinyles monomères, etc.).

Cependant les délais d'élimination sont très longs. La date de suppression est fixée à 2020, et chaque pays a la possibilité de surseoir pendant 5 ans, renouvelables une fois, ce qui porte à 2030.

Surtout, un certain nombre de produits échappent encore à toute réglementation. Ainsi de l'orpaillage, qui représente pourtant le plus gros volume de rejets de mercure dans l’environnement et qui constitue en cela une menace sanitaire alarmante pour certains pays pauvres.

Parmi les autres produits non réglementés, il faut citer les crayons noirs pour les yeux, le mercure à usage militaire ou à destination religieuse, ou encore… le mercure utilisé dans les vaccins (humains et animaux), vigoureusement défendu par l’OMS.



Quant aux amalgames dentaires, qui sont la première source d’exposition au mercure des Européens et particulièrement des Français, ils font bel et bien partie des produits dont l’utilisation doit être réduite, ce qui doit être salué comme une étape historique. L’utilisation des amalgames sera découragée (par les assurances sociales, les polices de santé) et les alternatives sans mercure encouragées : elles sont désormais la norme, et l’élimination des amalgames est devenu un but à atteindre.

L’Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure et ses multiples associations membres, comme Non Au Mercure Dentaire en France, réclamaient l’arrêt total de l’usage du mercure dentaire.

De nombreux pays montrent le chemin et infirment l’argument selon lequel l’amalgame resterait irremplaçable : la Russie, le Japon, l’Arménie s’en dispensent depuis très longtemps ; la Suède, la Norvège et le Danemark l’ont interdit ; le Zimbabwe n’en utilise presque plus et le proscrit chez les enfants ; la suppression de l’amalgame est programmée en 2014 au Cameroun et très bientôt aux Philippines ; en Suisse, la pose d'amalgames n’est plus enseignée dans les facultés dentaires ; etc.

A Genève, la région africaine, la Norvège et la Suisse ont tout fait pour obtenir l’interdiction, alors que l’Union Européenne soutenait une diminution sévère de l’usage des amalgames par des mesures contraignantes.

Là encore, la FDI et l’OMS ont pesé de tout leur poids pour éviter l’interdiction des amalgames, ne réclamant que des mesures de prévention des caries. [1]



En somme, la prise de conscience de la dangerosité du mercure n’a pas réussi à contrer des intérêts économiques âprement défendus notamment par le Canada, les USA, le Brésil, la Chine et l’Inde. Ce traité ne suffira pas à faire chuter rapidement la contamination de l’environnement et l’exposition des populations. Aussi les associations de victimes de Minamata, [2] soutenues par International POPs Elimination Network (IPEN), s’opposent-elles au nom de Minamata convention qu’il est prévu de donner à ce texte, car elles déplorent que les victimes de Minamata ne soient pas suffisamment reconnues et estiment qu’un tel traité ne suffira pas à empêcher de futures catastrophes similaires.

Il reste à espérer que l’Union Européenne, qui doit prochainement prendre ses décisions sur le mercure dentaire dans le cadre de sa stratégie communautaire sur le mercure, fasse preuve en cette occasion d’une entière responsabilité et d’une pleine indépendance. Le rapport de l’agence BIO Intelligence Service, commandité par la Commission Européenne, préconise une interdiction de l’amalgame à l’horizon 2018 – un but aisément atteignable.

 


[1] L’OMS était en l’occurrence représentée par M. Petersen, qui avait précédemment rédigé un rapport pro-amalgame censé rendre compte d’une réunion de spécialistes qui s’était déroulée au siège de l’OMS ; ce rapport était si impartial que l’OMS avait dû le retirer et lui en substituer un second, paru en 2011 : celui-ci acte des effets délétères de l’amalgame dentaire sur la santé, mais l’OMS n’en a dans les faits jamais tenu compte. Il faut encore préciser que M. Petersen est le représentant de l’OMS auprès de la Fédération Dentaire Internationale (FDI) et que celle-ci s’était engagée auprès des fabricants d’amalgames à garantir la continuité de leur « activité commerciale ».
Voir aussi le rapport d’Ulf Bengtsson sur les conflits d’intérêts.

[2] Dans la ville japonaise de Minamata, une usine rejetait d’importantes quantités de mercure. Les habitants s’intoxiquaient en consommant du poisson contaminé par ce mercure et contractaient des affections neurologiques graves ; des enfants naissaient avec de graves malformations.





Interview d'Edith Bon sur RFI – Article du 21 janvier 2013

 

Une interview de la conseillère juridique de NAMD, lors des négociations internationales sur le mercure, à retrouver ici.



Le Traité des Nations unies sur le mercure devant réduire progressivement l'amalgame au niveau mondial : est salué par les associations de santé et protection de l'environnement – Article du 21 janvier 2012

 



Genève, Suisse. Même si aucune date pour l’interdiction totale de l'amalgame dentaire n’a été fixée, les discussions du traité des Nations Unies sur le mercure devraient aboutir à une réduction progressive du mercure dentaire au niveau mondial, selon les représentants des associations de protection de l'environnement et de la santé qui participent aux négociations. Le texte relatif à l’élimination progressive de l'amalgame, inclus dans l'annexe C de l'article 6 sur les produits, devrait bientôt être transmis à la plénière du Comité Intergouvernemental de Négociation pour approbation. [1]
« C'est le début de la fin de l'amalgame dentaire au niveau mondial», a déclaré Michael T. Bender, Directeur du Mercury Policy Project, une ONG américaine, qui participe à des discussions sur le traité relatif au mercure. « Nous saluons le rôle de leadership joué par les États-Unis dans le démarrage du soutien de la phase de réduction progressive du mercure en 2011, ainsi que les mesures concrètes de certains pays comme le Japon ou les pays nordiques (Suisse, Norvège) quant à la suppression progressive des amalgames. »

« Les pays qui ont également cessé d’utiliser l'amalgame rappellent que des matériaux d’obturation des cavités dentaires sans mercure sont facilement disponibles, abordables et efficaces », a déclaré M. Charles G. Brown, de l’Alliance mondiale pour la dentisterie sans mercure, une coalition mondiale d'ONG, composée de dentistes et consommateurs de plus de 25 pays. « Cela va révolutionner le secteur de la dentisterie. Maintenant, le reste du monde pourra bénéficier de l'expérience de ces pays. »

L’avant projet de texte décrit un ensemble de mesures que les pays peuvent prendre pour réduire progressivement l'usage de l’amalgame. Chaque pays devra appliquer au moins deux des mesures répertoriées dans le texte. Il s'agit notamment de mettre en place des objectifs au niveau national qui réduisent l'utilisation des amalgames dentaires, de promouvoir des substituts sans mercure pour la restauration dentaire, ainsi que de décourager les polices d'assurance et les programmes qui favorisent l'amalgame dentaire au détriment des matériaux alternatifs sans mercure pour la restauration dentaire.

D'autres mesures visent à réduire la pollution mondiale par le mercure dentaire et impliquent une restriction de l'utilisation des amalgames sous sa forme encapsulée ainsi que la promotion de meilleures pratiques environnementales dans les installations de soins dentaires. Elles encouragent également les facultés dentaires à former les futurs dentistes à l'utilisation de substituts sans mercure et à avoir de meilleures pratiques de gestion des déchets mercuriels déjà générés.

De nombreux pays ont déjà envisagé des mesures similaires, en raison de l'utilisation importante et de la pollution mercurielle au niveau mondial. Un rapport de 2012 de la Commission européenne (CE) a recommandé la suppression progressive des amalgames dans un délai de cinq ans. [2]

Le rapport BIOIS de la Commission Européenne (CE) a également noté que les matériaux d’obturation sans mercure ne sont plus onéreux qu’en apparence, car les coûts environnementaux et sanitaires de l'amalgame sont externalisés. Les effets négatifs sur l’environnement des amalgames sont connus et, finalement, la société paie pour la libération incontrôlée de mercure dentaire, comme l’explique notre rapport de 2012. [3]

Selon le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE), l'utilisation du mercure dans les plombages dentaires représente environ 10% de la consommation mondiale de mercure, se plaçant ainsi le secteur de la dentisterie au rang du premier utilisateur de mercure dans le monde. Le PNUE estime la consommation mondiale de mercure dentaire entre 300 -. 400 tonnes métriques par an. [4]



Notes :

[1]http://www.unep.org/hazardoussubstances/MercuryNot/MercuryNegotiations/tabid/3320/language/en-US/Default.aspx

[2] Rapport de la commission Européenne par BIOS: http://ec.europa.eu/environment/chemicals/mercury/pdf/Final_report_11.07.12.pdf

[3] “Real Cost of Dental Mercury Pollution,” by Concorde: http://mercurypolicy.org/wp-content/uploads/2012/04/real_cost_of_dental_mercury_april_2012-final.pdf

[4] MAP/UNEP 2008


Source: Mercury Policy Project, www.mercurypolicy.org




Dernière session des négociations internationales sur le mercure : les amalgames dentaires seront-ils interdits ? – Article du 10 janvier 2012

 

Du 13 au 18 janvier, la cinquième et dernière session du Comité Intergouvernemental de Négociation sur le mercure (INC5) décidera à Genève des mesures qui doivent être prises pour limiter la pollution et l’exposition de la population mondiale à ce métal extrêmement toxique.

Dans ce cadre, les amalgames dentaires, ces matériaux d’obturation composés pour moitié de mercure, devront être réglementés. Or, dès 2009, les instances dentaires ont proposé aux fabricants d’amalgames de les représenter lors des négociations pour faire en sorte que leurs « activités commerciales » ne soient pas interdites.

En Europe, les amalgames dentaires représentent pourtant le second facteur de pollution au mercure, après la filière chlore alcali : ils passeront au premier rang dès que cette industrie aura achevé de se moderniser.

Dans les pays qui pratiquent l’orpaillage, il est à craindre que, si cette dernière pratique se voyait réglementée sans qu’on mette simultanément de frein au commerce du mercure dentaire, celui-ci continuerait d’être orienté dans l’ombre vers prospection de l’or.

Enfin, dans la mesure où les pays riches se détournent progressivement de l’amalgame, il paraît très probable que celui-ci sera largement écoulé dans les pays pauvres, creusant encore les inégalités environnementales : les pays africains ont déjà annoncé qu’ils refusaient de devenir le « dépotoir de l’amalgame dentaire ».

Le maintien de ce dispositif médical ne peut donc pas s’expliquer sur le plan environnemental.

Du point de vue sanitaire, il est également injustifiable. Même si les agences sanitaires européenne et française [1] persistent à nier tout risque de toxicité, l’Organisation Mondiale de la Santé a reconnu en 2011 que des risques systémiques sont associés à l’amalgame et que la neurotoxicité du mercure est particulièrement préjudiciable au cerveau en développement de l’enfant.

On sait en effet que les amalgames dentaires sont les premiers contributeurs à la charge corporelle en mercure dans les pays développés.

Les risques les plus importants sont encourus par les professionnels de la dentisterie.

En plus du large éventail de symptômes non spécifiques qu’il est susceptible de produire, le mercure dentaire pourrait être impliqué dans l’explosion des maladies neurologiques (autisme, maladie d’Alzheimer, sclérose en plaques, etc.) à laquelle nous faisons face.

Comment accepter ce risque, alors que nous savons désormais que :
  • l’amalgame dentaire est parfaitement remplaçable – plusieurs pays en ont fait la démonstration désormais ;
  • certaines alternatives ont une longévité au moins équivalente ;
  • le coût de l’amalgame pour la société est nettement supérieur à celui des alternatives ;
  • le Ciment Verre Ionomère (CVI), une alternative biocompatible, améliore l’accès aux soins dans les régions pauvres puisqu’il est de faible coût, que la pose ne nécessite pas d’électricité et qu’il peut être utilisé par des non-dentistes ?


La France, ralliant l’avis du Conseil de l'Europe et de la société BIOIS, accepte à présent de renoncer au mercure dentaire : espérons qu’elle fasse entendre sa voix lors de l’INC5, et que les négociations aboutiront à un programme ambitieux pour le monde.


Pour de plus amples informations, voir notre dossier de presse : .



[1] L’ANSM « actualise » le rapport de 2005 qui concluait à l’absence de toxicité du mercure dentaire. Le nouveau projet de rapport défend la même thèse. Ce texte, pour lequel nous ne parvenons à connaître ni les auteurs ni les experts auditionnés, procède d’une d’une méthodologie destinée à écarter les études qui mettent en cause la toxicité du mercure dentaire : dans un premier temps, les publications scientifiques sont réduites en nombre comme peau de chagrin, au moyen de critères d’exclusion injustifiables ; puis les études soutenant l’hypothèse d’une association entre les amalgames et une pathologie sont invalidées au prétexte de « biais méthodologiques ».