A Berlin, les ONG appellent
à une interdiction totale
des amalgames dentaires
en Europe d'ici 2022


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14-11-2016

VEILLE POUR L'ANNEE 2013 - PARTIE 2

 


Communiqué de presse (5 novembre 2013) – Les professions dentaires, premières victimes des vapeurs de mercure

 





Ce sont les grands oubliés du débat... La question de la toxicité du mercure dentaire est pourtant dans le viseur de nombreuses agences : au niveau européen, le SCHER, a récemment rendu ses conclusions sur la pollution due aux amalgames dentaires, et les effets sanitaires qui en résultent ; une autre, le SCENIHR, cherche à déterminer si ces amalgames représentent un risque pour les patients. En France aussi, l’ANSM a voulu donner l’illusion qu’elle s’intéressait à la santé des porteurs de mercure dentaire. Mais, dans le même temps, personne ne se penche sur les professions dentaires – chirurgiens-dentistes et assistantes – qui sont pourtant aux premières loges quand il s’agit d’inhaler des vapeurs de mercure.

La dernière fois qu’un organisme public a planché sur cette question, c’était l’INRS en 2003 – il y a dix ans ! La publication relève un risque d’intoxication chronique, qui « se traduit le plus souvent après plusieurs années d’exposition par une instabilité émotionnelle, une fatigue excessive, des troubles de la concentration, un état dépressif, la présence d’un goût métallique dans la bouche et parfois des troubles de la vision avec constriction du champ visuel », et peut aboutir au « tremblement mercuriel » et à des « troubles de la coordination ». Depuis lors, des publications scientifiques ont indiqué que ces risques de troubles neurologiques et cognitifs sont encore plus grands chez les assistantes dentaires, que le risque de suicide est augmenté chez les dentistes hommes ou encore que les dentistes femmes et les assistantes dentaires souffrent de troubles de la reproduction... toutes choses (et bien d’autres) imputables aux vapeurs de mercure.

Ces constats plaident vigoureusement en faveur d’une interdiction du mercure dentaire et de la mise en place d’une législation protégeant les dentistes et leurs salariés. C’est en ce sens que l’eurodéputée Karima Delli a déposé, le 23 octobre dernier, une question écrite à la Commission ; c’est dans cette intention aussi que nos associations vont écrire au ministre du Travail pour lui demander d’agir.

Alors que les Nations ont exprimé en octobre, en signant la Convention de Minamata sur le mercure, qu’elles refusent de continuer à empoisonner leurs écosystèmes et leurs populations au mercure, il n’est pas possible de faire du cabinet dentaire le lieu d’une exception morbide.

En contournant cette question, les pouvoirs publics encourent le risque d’un puissant mécontentement de la part des professionnels exposés. En avril 2012, une assistante dentaire norvégienne a fait valoir devant la Justice de son pays que les pathologies dont elle souffrait étaient bel et bien consécutives à son exposition professionnelle au mercure [7]. Une première qui pourrait inspirer des suites sur notre territoire.



Actions de groupe « à la française » : l’impunité perdure dans la santé et l’environnement

 



La semaine prochaine, le projet de loi sur la consommation va être débattu en séance publique à l’Assemblée nationale. Parmi les nouvelles dispositions, l’action de groupe « à la française », qui aurait pu être une formidable avancée citoyenne, se voit réduite à la portion congrue : le litige à la consommation.

Alors que ce dispositif était attendu principalement par les victimes de dommages corporels, notamment dans les domaines de la santé, et pour les dommages à l’environnement, le gouvernement a choisi de restreindre drastiquement son champ d’application. Ne sont donc concernés que les dommages matériels, en matière de consommation et de concurrence. L’action de groupe en matière de dommages sanitaires figurait pourtant dans le programme du candidat Hollande [1] et de nombreux parlementaires et membres de l’actuelle majorité ont, lorsqu’ils étaient dans l’opposition, défendu vigoureusement cette mesure [2].

Dès lors, pourquoi un tel reniement ? Les dommages corporels sont trop compliqués à évaluer dans le cadre d’une action de groupe et il y a trop d’oppositions à ce texte, laisse-t-on entendre en filigrane [3]. Ainsi, le gouvernement freine sous la pression du grand patronat – car qui a intérêt à empêcher la préservation des écosystèmes et de la santé publique, sinon ceux qui sont aujourd’hui en position de les bafouer quasi impunément ?

Dans l’idée d’atténuer l’incompréhension et la colère que suscite cette promesse électorale non tenue, le gouvernement se déclare déterminé à travailler sur ces problématiques. Mais quand ? Dans l’immédiat, cet ambitieux projet reste à l’état de promesses [4].

A l’heure où les scandales sanitaires se succèdent sans répit, où la Justice s’avère désespérément incapable d’assurer une indemnisation équitable et efficace des victimes [5], voilà qu’on nous demande gentiment d’attendre, allez, encore une demi-douzaine de scandales ? Sur un sujet de cette importance, les victimes ne peuvent plus se satisfaire de simples déclarations.

Les associations de victimes de produits de santé et de dommages à l’environnement demandent instamment au gouvernement et à l’ensemble des députés et sénateurs d’étendre l’action de groupe « à la française » prévue par le projet de loi sur la consommation aux dommages des produits de santé et environnementaux.


 


[1] http://www.infirmiers.com/les-grands-dossiers/presidentielles-2012/sante-et-dependance-les-propositions-du-candidat-hollande.html
[2] Voir notamment la proposition de loi relative à l’introduction de l’action de groupe en France, présentée en 2007 par M. Arnaud MONTEBOURG, co-signée par 154 députés PS et apparentés dont MM François HOLLANDE, Jean-Marc AYRAULT, Claude BARTOLONE, Manuel VALLS, Laurent FABIUS, Mme Christiane TAUBIRA.
[3] « Loi consommation : L’action de groupe redonnera du pouvoir d’achat », 2 mai 2013, http://www.lemonde.fr
[4] Auditionné par la commission des affaires économiques, Benoit Hamon a déclaré : « Marisol Touraine travaille au principe d’une action de groupe étendue aux préjudices intervenant en matière de santé, qui pourrait trouver place dans la future loi de santé publique. »
[5] Voir notamment, pour les victimes du Médiator, les données du collège d'experts de l'ONIAM au 31/03/2013.

 



QUI SOMMES-NOUS ?

La FNATH

La FNATH, association des accidentés de la vie, a été créée en 1921 pour défendre les droits des victimes d’accidents au travail. Elle est aujourd’hui l’association de défense de tous les accidentés de la vie, des malades, invalides et handicapés.
Forte de près de 200.000 adhérents et de leur solidarité, l’association lutte au quotidien pour améliorer la vie des accidentés, des handicapés, des malades, et pour qu’ils soient reconnus et traités en citoyens à part entière.
La FNATH est une association à but non lucratif, indépendante de tous les pouvoirs. Elle est reconnue d’utilité publique.

LES ASSOCIATIONS DE VICTIMES DE PRODUITS DE SANTE

Les associations de victimes de médicaments participantes sont :
• AAAVAM (victimes de médicaments – www.aaavam.eu)
• AMALYSTE (syndromes de Lyell et Stevens-Johnson – www.amalyste.fr),
• AVRG (Roaccutane et Générique – avrg.unblog.fr),
• CADUS (victimes d’accidents médicaux – www.cadus.fr),
• E3M (victimes de l’aluminium dans les vaccins – Myofasciite à macrophages – www.myofasciite.fr),
• Les filles DES (victimes du Distilbène – www.lesfillesdes.com),
• RESEAU D.E.S (victimes du Distilbène – www.des-france.org),membre de la FNATH
• REVAHB (Réseau Vaccin Hépatite B – www.revahb.fr),
• Non Au Mercure Dentaire (victimes des amalgames dentaires – http://www.non-au-mercure-dentaire.org/)

Nous représentons tous ensemble plusieurs milliers de victimes et sommes représentatifs de la diversité et de la complexité des effets indésirables graves des médicaments.
Nous sommes indépendants de l’industrie pharmaceutique.

Le RESEAU ENVIRONNEMENT SANTE

Le Réseau Environnement Santé réunit depuis 2009 des scientifiques, des professionnels de santé, des ONG et des associations de malades, tous préoccupés de l’impact de l’environnement sur notre santé. L’objectif de mettre les questions de santé environnementale au cœur des politiques publiques se décline aujourd’hui autour de quatre grands axes : les perturbateurs endocriniens ; les maladies chroniques ; les maladies et risques émergents ; enfin l’alimentation – http://reseau-environnement-sante.fr/
Les associations de malades suivantes font partie du Réseau Environnement Santé :
• Collectif des électrosensibles
• Fibromyalgie France
• Priartem
• Robin des Toits





Sucre, caries et lobbying – Article du 11 juin 2013

 

"Le sucre est-il mauvais pour les dents ? Derrière cette simple question se cachent d’insoupçonnables intérêts financiers contradictoires avec ceux de santé publique..."
Une enquête de Marie Grosman, qui nous montre pourquoi il vaut mieux éviter de s'en remettre aux seules associations de dentistes pour assurer la prévention des caries.




Lettre à la direction de Dentsply – Publiée le 11 juin 2013

 

Cette lettre de l'Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure, s'adresse à l'un des principaux fabricants d'amalgames dentaires dans le monde. Elle a été signée par des ONG de tous les continents – et bien sûr par NAMD en France.




Chers Directeurs,

Avec votre siège international à York PA, vous apportez une réelle valeur ajoutée aux habitants et aux communautés du sud de la Pennsylvanie centrale. Nous espérons que vous continuerez à être les leaders au niveau mondial de l'équipement et des matériaux nécessaires aux professions dentaires.

Mais le moment est venu de mettre un terme à la production d'un polluant majeur de la planète : le mercure dentaire. À l'insu de beaucoup de patients – trompés parce que l'amalgame est appelé fallacieusement « amalgame d'argent » – l’amalgame est composé de 50% du mercure. Aujourd'hui, les alternatives sont abordables, disponibles et efficaces.
En janvier, 140 nations ont finalisé un projet de traité sur le mercure qui comprend une feuille de route sur la façon de réduire progressivement l’amalgame : le monde entier s'est prononcé contre l’amalgame. Dentsply doit maintenant choisir entre risquer sa réputation en continuant de fabriquer un polluant dont les dommages environnementaux sont colossaux – ou éliminer progressivement ce matériau en favorisant les nombreuses alternatives non-toxiques que vous produisez déjà.
S'associent à cette lettre les communautés vivant à proximité du siège de Dentsply, ainsi que des organisations nationales et internationales oeuvrant dans les domaines de de l'environnement, de la sécurité alimentaire, de la santé, de missions de protection des consommateurs.

Cette lettre tire la sonnette d’alarme.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé, la quantité de mercure dentaire dans l'environnement est significative : « On estime qu’une quantité importante de mercure est libérée dans l'environnement à cause de l'utilisation de l'amalgame dentaire, soit comme une conséquence indirecte du détournement de l’utilisation de l'amalgame vers d'autres usages, soit en raison de mauvaises pratiques de gestion des déchets ou à cause des incinérations ».

Entre 313 et 411 tonnes de mercure sont consommées chaque année dans le monde pour être utilisées dans les amalgames dentaires – ce qui représente 10% de la consommation totale de mercure. L'amalgame dentaire est l'un des produits les plus voraces en mercure dans le monde – plus que les ampoules (120-150 tonnes), les instruments de mesure (320-380 tonnes) ou les appareils électriques (180-220 tonnes). Cette grande quantité de mercure dentaire pénètre dans l'environnement par le biais de nombreuses voies insidieuses. Par exemple, le mercure dentaire pollue :
• l’air via les incinérations, les émissions des cliniques dentaires, l'incinération des boues, et la respiration ;
• l'eau via les émanations des cliniques dentaires et les déchets humains ;
• le sol via les sites d'enfouissement, les lieux d’enterrement et les boues d'épuration que l’on répand comme engrais sur les terres agricoles.

L'Environmental Protection Agency affirme qu’une fois que l’amalgame dentaire se retrouve dans l'environnement, « certains micro-organismes peuvent changer le mercure élémentaire en méthylmercure, une forme hautement toxique qui s'accumule dans les poissons, les crustacés et les animaux qui se nourrissent de poissons. » Le méthylmercure peut endommager le développement du cerveau et du système nerveux des enfants avant même leur naissance. Pour protéger nos enfants contre la pollution au mercure dentaire, il faut stopper la production d’amalgames dentaires.

Malgré le problème grave que pose le mercure dentaire, les sondages de Zogby montrent que 76% des patients des cabinets dentaires ne savent pas que leurs amalgames sont principalement constitués de mercure. De nombreux patients croient même que l’amalgame est principalement composé d’argent, comme le suggère le terme trompeur d’« amalgame d'argent » couramment utilisé. Nous sommes convaincus que Dentsply peut fournir aux patients des solutions de remplacement écologiques et fiables à l'amalgame, tout en arrêtant progressivement la production d'amalgames dentaires.
Nous vous mettons en garde, surtout, de ne pas faire des pays en développement la nouvelle cible marketing de l'amalgame. Trop souvent, les États américains et européens évacuent en Afrique, en Amérique Latine et en Asie du Sud les produits qui commencent à avoir mauvaise réputation chez eux.

Notre question est la suivante : est-ce que Dentsply va fixer une date de fin à la fabrication de l’amalgame, alerter les dentistes pour qu'ils accélèrent leur formation, et continuer à faire des profits justes et honnêtes en vendant tous les matériaux dentaires alternatifs que vous produisez déjà ? Les pertes de profits seront négligeables ; en contrepartie vous éviterez l'opprobre que peuvent vous attirer les dégâts terribles en santé environnementale causés par le mercure dentaire. Nous vous remercions de répondre dans les 30 jours, avant le 21 Juin 2013.



NAMD auditionnée à l'ANSM – Article publié le 28 mai 2013

 

Contexte : en octobre 2011, des représentants de NAMD, d’ATC-Toxicologie et du Réseau Environnement Santé étaient reçus à l’Agence du médicament (alors intitulée Afssaps ; désormais rebaptisée ANSM). On nous annonçait à cette occasion une actualisation rapide du rapport de l’Afssaps de 2005, à laquelle nous devions être associés.
Dans les faits, nous avons été soigneusement tenus à l’écart de cette nouvelle expertise, jusqu’au mois de décembre 2012 : l’ANSM a alors soumis à nos commentaires un projet de rapport qui ne pouvait absolument pas nous satisfaire.
Lors d’une réunion de travail à la Direction Générale de la Santé (DGS), en février 2013, nous avons fait part de notre désaccord fondamental quant aux conditions d’élaboration de ce rapport, ainsi qu’envers son contenu : nos interlocuteurs nous ont aussitôt indiqué qu’ils saisiraient à nouveau l’ANSM sur la base de nos plaintes.
Le 2 mai 2013, nous avons donc été sollicités pour une audition à l’ANSM, devant la Commission de Prévention des Risques liés à l'utilisation des produits de santé. Cette commission, essentiellement composée de chercheurs et de praticiens, n’a pas rédigé le projet de rapport que nous contestons ; son rôle est de le valider, de l’amender ou de le rejeter.
André Lefranc, Marie Grosman et Geoffrey Begon ont donc représenté NAMD le 23 mai devant cette commission. Il nous a paru que l’auditoire était attentif à notre argumentaire ; pour exemple, alors que nous ne devions disposer de 20 minutes de parole, nous avons pu nous exprimer durant 45 minutes.
Le compte-rendu qui suit retrace l’essentiel de notre intervention, mais il n’a pas de valeur officielle ; le compte-rendu officiel sera adopté lors de la prochaine réunion de la commission, en juillet. Nous connaîtrons alors l’issue de la délibération qui a suivi notre intervention.
Quel qu’en soit le résultat, nous nous réjouissons d’avoir pu prendre la parole à cette occasion, puisque notre position sortira de l’ombre et figurera dès l’été prochain sur le site de l’ANSM.






Introduction (par André Lefranc)

 

Mesdames, Messieurs, bonjour,
Nous sommes les représentants de l'association Non Au Mercure Dentaire. Nous sommes heureux, bien que le temps qui nous est imparti soit très limité, de pouvoir présenter notre point de vue.
Je suis accompagné de :

- Mme Marie Grosman,
  • Conseillère scientifique de Non Au Mercure Dentaire (NAMD),
  • Accréditée auprès de l’UNEP, pour les problèmes du mercure, a participé aux négociations du traité international sur le mercure (future convention de Minamata)
  • Accréditée auprès de la Commission Européenne pour le dossier mercure
  • Vice-présidente Europe de l'Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure.

- M. Geoffrey Begon,
  • Délégué général de l'association
  • Accrédité auprès de la Commission Européenne pour le dossier mercure

- Et moi-même, André Lefranc,
  • Président de NAMD
  • Accrédité auprès de l'UNEP.


Notre association est à l’origine de l’alerte sanitaire qui a abouti au premier rapport du Conseil Supérieur de l’Hygiène Publique de France (CSHPF) de 1998, puis au rapport de l’Afssaps de 2005, et à la présente proposition. Nous attendions depuis 2011 une réelle participation à l'élaboration de ce travail.
Je passe la parole à notre Délégué Général, M. Geoffrey Begon.


Introduction (par Geoffrey Begon)

 

À nos yeux, ce projet de rapport ne remplit pas son rôle pour 4 principales raisons :
I- il est entaché de défauts déontologiques ;
II- il procède d'une méthodologie biaisée ;
III- il ne permet pas de dire que les recommandations du rapport de 2005 restent valables ;
IV- et enfin, contrairement à ce qui nous avait été annoncé, il ne fait pas le point sur les alternatives.


I- Défauts déontologiques

 

1. Le principe d’une procédure contradictoire et pluraliste n’a pas été respecté. Plusieurs des experts sollicités sont connus pour leurs positions pro-amalgames. En revanche, alors que nous sommes la seule voix discordante, nous n’avons pas pu participer à l’élaboration de ce rapport ; nous avons proposé des noms d’experts, notamment le Professeur André Picot, dont aucun n’a été retenu ; nous avons constitué une bibliographie de 150 titres qui a été balayée : les experts n’en ont retenu que deux, pour les éliminer ensuite au prétexte de biais méthodologiques.
Nous refusons que notre association puisse, comme ce fut le cas pour dans le rapport de 2005, servir de caution permettant de transformer à bon compte ce rapport en expertise contradictoire. Si ce rapport est adopté, nous demandons donc l’insertion d’une phrase telle que : « L’association Non Au Mercure Dentaire dénonce une expertise non contradictoire, qui ne s’appuie pas sur l’état actuel de la science, et dont l’objectif évident est de blanchir l’amalgame ». A défaut, nous demandons que le nom de notre association ne paraisse pas dans le rapport.

2. Du reste, trois experts sur cinq ont déjà contribué au rapport de 2005, et un expert est un des principaux rédacteurs du rapport du CSHPF de 1998 : dans ces conditions, l’ANSM ne prenait guère de risques d’obtenir des conclusions différentes avec ce projet de rapport. C’est d’ailleurs ce que confirme le contenu : je cède sur ce point la parole à notre conseillère scientifique, Marie Grosman.


II. Une expertise qui ne reflète pas les connaissances scientifiques du moment (par Marie Grosman)

 

Une autre critique importante concerne la démarche scientifique : nous considérons que cette expertise ne reflète pas l’état actuel des connaissances scientifiques. La méthodologie retenue dans l’élaboration du présent rapport paraît tout simplement destinée à écarter toute étude dérangeante.
Dans un premier temps, l’ANSM a édicté des critères d'exclusion injustifiables qui réduisent considérablement la problématique. Sont notamment exclues :
- les études in vitro ;
- les études expérimentales sur l'animal ;
- les études d’autopsie (seules à pouvoir évaluer l’imprégnation mercurielle de l’organisme).

Dans un deuxième temps, sont évincées toutes les études qui trouvent un lien entre les amalgames et une pathologie, en raison de « biais méthodologiques » qui les invalideraient.
Deux exemples suffisent à témoigner d’une certaine orientation :
- l’étude sur la perte auditive a été écartée car il n’y aurait pas de « groupe témoin ». Pourtant, les témoins sont dans ce cas, à l’évidence, les porteurs de composites (comparés aux porteurs d’amalgames). Un autre reproche est que « le mécanisme de la toxicité n’est pas abordé dans l’étude ». Cependant les mécanismes d’ototoxicité du mercure sont bien connus et d’autres publications scientifiques les évoquent ; une revue récente (2012) les rappelle.
- nous trouvons très inquiétant qu’une Agence de sécurité sanitaire considère qu’il n’y a pas « nécessairement » de problème quand les valeurs de référence sont dépassées, alors même qu’un consensus scientifique se dégage sur le caractère trop laxiste des valeurs de référence pour l’exposition au mercure inorganique (cf. étude de Richardson de 2010 ), comme ce fut le cas pour l’exposition au plomb.

Ce qui a été démontré ou confirmé ces dernières années :
1. L’amalgame dentaire est le principal contributeur de la charge corporelle en mercure. C’est ce qu’a rappelé encore récemment le rapport de l’Agence européenne sur le mercure dans l’alimentation (Efsa 2012 ) : « L’exposition via l’inhalation de mercure élémentaire des amalgames dentaires augmente significativement l’imprégnation corporelle mercurielle, entraînant un dépassement de la Dose Hebdomadaire Tolérable. »
Le mercure inhalé sous forme de vapeurs passe dans le sang puis traverse aisément la barrière hémato-encéphalique et, chez la femme enceinte, la barrière placentaire. Le principal organe cible est le cerveau : dès qu’il y pénètre, le mercure est oxydé et y est alors piégé : il s’y accumule peu à peu (c’est un toxique bioaccumulable) et y exerce ses effets nocifs. Chez la femme enceinte, on le retrouve dans le cordon ombilical où il est très bien corrélé au nombre d’amalgames de la mère, dans le foie du fœtus puis dans son cerveau. Le lait maternel accroît encore l’exposition du nourrisson au mercure. Or, ce n’est pas seulement la dose qui fait le poison : la période d’exposition est primordiale, et le cerveau en développement est beaucoup plus vulnérable aux effets de ce neurotoxique.
Nous estimons que le rôle de cette agence sanitaire est de se préoccuper du devenir de ce mercure d'origine dentaire. Or elle a fait le choix inverse en occultant complètement ce problème : les « relevés des niveaux de mercure dans une population et corrélations avec les différentes sources » font tout simplement partie des critères d'exclusion de la bibliographie.

2. Le relargage du mercure par les amalgames est augmenté dans des circonstances que le projet de rapport a choisi, là encore, de ne pas considérer. Ainsi du blanchiment des dents et de l'usage du téléphone portable.

3. Si l'on s'intéresse (comme nous le faisons) aux effets d'une exposition chronique à de faibles doses de mercure, l’étude de la littérature scientifique montre que :
a) Il existe une grande variabilité interindividuelle concernant la toxicocinétique du mercure (notamment la capacité à l’éliminer) et les effets du mercure sur l'organisme.
b) L'exposition chronique à de faibles doses de mercure est fortement soupçonnée de contribuer à diverses pathologies :
- infertilité, fausses couches, malformations : le mercure inorganique (Hgi) est reprotoxique ;
- affections neurologiques : troubles psychomoteurs chez l'enfant exposé, autisme, Alzheimer, SEP (pour la SEP : on dispose d’une grande étude épidémiologique portant sur 20 000 personnes (Bates, 2004 ) qui montre une élévation du risque relatif de SEP de 24% par amalgame supplémentaire) : le Hgi est neurotoxique ;
- maladies cardiovasculaires ;
- perturbations du système immunitaire, notamment autoimmunité : le Hgi est immunotoxique ;
- impact sur le système endocrinien : le Hgi est un perturbateur endocrinien, il affecte notamment le fonctionnement de la thyroïde. Cet effet est bien établi ; pourtant, une étude mettant en évidence la corrélation inverse entre la concentration en mercure dentaire du cordon ombilical et celle des hormones thyroïdiennes a été rejetée. Or une concentration plus faible en hormones thyroïdiennes peut avoir de graves conséquences sur le développement cérébral du fœtus.
c) L'état actuel de la science aujourd'hui est qu’il est impossible de définir une dose d'exposition sans danger au mercure, du fait de ses propriétés immunotoxiques, de perturbateur endocrinien et neurotoxiques pour le cerveau en développement.


III- Ce rapport ne permet pas de confirmer celui de 2005.

 

1. Son champ est beaucoup plus restreint ;

2. Il ne revient pas sur les éléments inacceptables d'un point de vue scientifique du rapport de 2005.
Il nous suffit d’en citer une affirmation : « Selon les valeurs calculées par l’OMS en 1997, il faudrait environ 530 amalgames pour atteindre des concentrations de mercure urinaire égales à 30 µg/g de créatine pour lesquelles on a pu observer un effet biologique. » (p. 21 du rapport)
D’où vient ce chiffre de 530 amalgames qui a été largement repris par les institutions, les dentistes et les ministres de la santé successifs quand les députés s’inquiétaient des risques liés aux amalgames ? Il s’agit en fait d’une opération extrêmement réussie du lobby dentaire. En 1997, la Fédération dentaire Internationale (FDI) a réuni un groupe de dentistes pro-amalgames au siège de l’OMS. Elle a réussi à faire passer l’avis de la FDI pour un rapport de l’OMS (ce détournement a été confirmé par le responsable de la section bucco-dentaire et la responsable juridique de l’OMS). Dans ce rapport , le chapitre sur l’exposition au mercure dentaire a été rédigé par deux dentistes, Mackert et Bergdlund, très connus pour leur activisme pro-amalgames (Mackert est de plus rémunéré par le principal fabricant d’amalgames américain). Ils se sont inspirés des résultats d’une étude de deux chercheurs suédois, Skare et Engqvist (1994), qui portait sur 41 sujets seulement. Dans cette étude, l’excrétion moyenne de mercure, pour une exposition modérée aux amalgames (30 surfaces), a été estimée à 12 µg par jour, les auteurs exprimant leur prudence quant à l’exploitation des valeurs moyennes : dans certains cas, les valeurs sont proches des « limites professionnelles décidées par l’OMS en 1991 ». Or Mackert et Berglund vont tordre ces valeurs selon un obscur modèle mathématique de leur conception, pour estimer au final qu’il faudrait 530 surfaces d’amalgames pour atteindre 30µg/g créatinine de mercure.
Ce chiffre de « 530 surfaces d’amalgames » a été repris par le Pr Garnier (un des auteurs du rapport actuel de l’ANSM) dans le rapport du CSHPF de 1998 (il cite 5 fois dans le chapitre sur la toxicité des amalgames la publication de ces deux auteurs issue du faux rapport de l’OMS). Sans doute mal recopié dans le rapport de l’Afssaps de 2005, cela donne les fameux « 530 amalgames » (soit environ 3 fois plus).
Nous estimons extrêmement choquant que cette affirmation extravagante issue d’une opération de lobbying se trouve dans une expertise officielle : ce fait seul est de nature à la discréditer. Nous demandons aujourd’hui solennellement aux experts de s’expliquer et de justifier ce chiffre, qui reste d’actualité si les recommandations du rapport de 2005 de l’Afssaps sont déclarées toujours valables.

3. Autre aberration du rapport de 2005 : il s’appuie sur les urines spontanées pour montrer l’absence d’intoxication au mercure dentaire, alors qu’il ne s’agit pas d’un indicateur pertinent. Certes, il existe une bonne corrélation entre le nombre d’amalgames et le mercure urinaire ; cependant, la mercuriurie baisse au cours des semaines suivant la pose d’amalgames puis reste à un niveau déclaré sans danger, alors que le mercure est piégé dans l’organisme, notamment dans le cerveau.


IV- Les alternatives (Geoffrey Begon)

 

S’il y a un point qui nous satisfait, c’est de constater dans la conclusion du rapport que le mercure dentaire est remplaçable dans tous les cas.
Toutefois nous souhaiterions être assurés sur la nature des alternatives : on nous avait assuré qu’elles seraient évaluées, or nous ne voyons pas un mot dans ce rapport sur leur éventuelle toxicité ou innocuité – alors même que nous savons qu’il y a, par exemple, du BPA dans une grande majorité de résines, etc.
Les performances des alternatives ne sont pas non plus évaluées : il y a pourtant là un enjeu majeur pour mettre fin au discours de l’Ordre des Dentistes et de l’Association Dentaire Française, selon lesquels les alternatives ne sont pas équivalentes en qualité à l’amalgame, ce que récusent les publications scientifiques.

Conclusion

 

De notre point de vue, ce rapport est clairement destiné non pas à évaluer la toxicité du mercure dentaire, mais à l'exonérer de tout soupçon de risque tout en ouvrant la voie à son remplacement par des alternatives, remplacement présenté comme « naturel » par une série de graphiques destinés à montrer que, de toutes façons, les dentistes emploient de moins en moins de mercure.
Si l’Agence tenait vraiment à savoir si les matériaux d’obturation sont possiblement toxiques, elle demanderait que ces dispositifs médicaux soient soumis au niveau européen à des tests de toxicité cellulaire dans le cadre d’une procédure d’autorisation de mise sur le marché : nous le réclamons depuis des années, cette solution avait également été préconisée dans un rapport parlementaire de 2001. Cela permettrait enfin de trancher le débat.


Ouverture (André Lefranc)

 


Notre ton a pu paraître passionné mais nous n’avons pas souvent l’occasion d’être entendus. Toutes nos affirmations s’appuient sur une vaste compilation d’études scientifiques : nous n’avançons rien de fantaisiste, aucune croyance : plus de 1000 articles sont répertoriés dans notre base de données scientifiques. Nous tenons à la disposition des membres de la commission toutes les références que vous souhaiteriez consulter.



Questions

 

Question : Avez-vous des relais en Europe ?

André Lefranc : Nous travaillons avec des dentistes de divers pays, des chercheurs suédois, d’autres associations, dans le cadre de l’Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure. Mais nous avons aussi des relais dans le monde entier : en Côte d’Ivoire, au Bangladesh, aux Philippines, au Pakistan, etc. Nous serions heureux d'échanger et de nous confronter à toute contradiction, ce qui ne peut que faire progresser l'état des connaissances.
Nous sommes aussi membres du Réseau Environnement Santé.

Question : Est-ce qu’on observe une accumulation du mercure et des lésions dans le cerveau ?
Marie Grosman
: Les études d’autopsie montrent une accumulation du mercure dans diverses régions du cerveau et dans l'hypophyse. Chez les malades d’Alzheimer, plusieurs études ont montré des concentrations plus élevées de mercure dans les régions les plus affectées par la maladie (noyau de Meynert…).

Question : Est-ce que les mécanismes d'actions du mercure sont connus ?
Marie Grosman
: Dans le cerveau, il est démontré que le mercure inorganique détruit la tubuline (squelette interne) des neurones. Cela a bien été démontré en 2001 par l’équipe de Leong sur des neurones exposés à de très faibles doses de mercure inorganique, donc grâce à une expérience in vitro, le type d’expérience soumise à exclusion par l’ANSM.
André Lefranc : Les tubulines participent du cytosquelette ; depuis 15-20 ans, les connaissances ont beaucoup progressé sur le rôle fonctionnel du cytosquelette. Il intervient dans les communications intercellulaires des cellules du système immunitaire. Il intervient aussi dans la communication hormonale, et dans la communication intracellulaire jusqu'au noyau et permet les processus de régulation.
Nous n'avons pas une vision étriquée de la problématique du mercure. Nous aurions pu aussi évoquer son action au niveau des mitochondries et de la production d'énergie. Nous savons que le mercure est un toxique qui a des effets depuis les organites cellulaires jusqu’à l'environnement.

Question : Qu’est-ce que vous préconisez, en somme ? A vous entendre, on ne pourrait plus rien faire…
Marie Grosman
: Nous ne nous prononçons évidemment pas pour un retrait systématique des amalgames, puisqu’il y a un risque d’intoxication aiguë lors des travaux dentaires si les dentistes ne sont pas bien formés. En revanche, on peut cesser de poser des amalgames dès le mois prochain. Plusieurs pays l’ont déjà fait (dont les 3 pays scandinaves) et s’en portent très bien. Le Zimbabwe va le faire, ce qui montre bien qu’il ne s’agit pas d’un problème économique. Autant on ne peut faire chuter rapidement le taux de mercure dans les poissons, autant on peut régler facilement le problème pour les soins dentaires, puisque les alternatives sont disponibles.

On remplace par quoi ?
Marie Grosman
: Les principales alternatives sont les composites et les ciments verres ionomères (CVI). Il y a encore beaucoup de composites contenant du BPA, ce qui n’est pas une bonne idée. Les études comparatives de longévité des matériaux ont montré que les CVI avaient au moins une aussi bonne longévité que les amalgames.
En attendant l’interdiction, nous demandons l'abandon immédiat du remboursement des amalgames (c’est ce qu’a fait la Suède, en 1999, ce qui a été suivi d’une chute rapide de leur utilisation). D’ici l’interdiction, il faut que les patients soient informés par un affichage dans tous les cabinets dentaires : une petite fille ou une jeune femme sur laquelle on pose des amalgames doit savoir que le mercure dentaire risque d’intoxiquer son futur bébé, et que celui-ci peut souffrir des dérèglements de la thyroïde de la mère occasionnés par le mercure, avec des risques de perturbation du développement cérébral pouvant conduire à un syndrome autistique . Il faut aussi former les dentistes pour qu’ils respectent un protocole précautionneux lors de tout travail sur amalgame, afin de diminuer les risques d’intoxication.
André Lefranc : Lors d'une rencontre, à Bruxelles, pour la commission européenne, avec un représentant de la Suède, il nous a été précisé que le budget des assurances sociales n'avait pas été mis en péril. Cela avait été neutre.
Marie Grosman : Il faut savoir qu’il n’y aura pas d’incidence économique pour la Sécurité sociale : la cotation est la même pour tous les matériaux d’obturation (la pose des amalgames est plus rapide, au bénéfice des praticiens).
André Lefranc : Nous ne demandons pas la dépose systématique de tous les amalgames chez les patients. Cela doit être fait avec un protocole très rigoureux qui demande une formation des professionnels de dentisterie. Ce serait la pire méthode et de très grands risques de déclencher des intoxications majeures, avec des accidents de santé gravissimes. Notre association vit dans un monde dont elle connaît les limites scientifiques, sociales et économiques. Nous avons une vision systémique de la problématique du mercure des amalgames dentaires.
Il est important de ne pas ajouter à la pollution mercurielle naturelle (volcanisme et utilisation des combustibles fossiles) un apport anthropique évitable qui est évalué entre les années 2000 et aujourd’hui entre 17 à 4 tonnes par an, pour la France.

Question : Il faut bien apporter un peu de contradiction… Si on vous entend, il devrait y avoir 100 % de maladie d’Alzheimer ; or ce n’est pas le cas. Connaît-on des populations à risque pour cette maladie ?
Marie Grosman
: On constate cependant que l’incidence de cette maladie est en forte progression.
Pour ce qui concerne les populations à risque, on connaît des gènes de susceptibilité ; les principaux sont les gènes APOE qui représentent le facteur génétique le plus prédictif du développement de la maladie. Ces gènes APOE commandent la synthèse d’apolipoprotéines présentes en abondance dans le cerveau et transportant le cholestérol. Les porteurs d’APOE4 ont beaucoup plus de risques de développer la maladie que les porteurs d’APOE2. Or les protéines exprimées par les porteurs d’ApoE2 se lient au mercure grâce à des fonctions soufrées (fonctions thiol) et lui permettent de sortir du cerveau, contrairement aux porteurs d’ApoE4.
ApoE4 est le principal facteur de risque génétique de la maladie d’Alzheimer, mais seulement dans les régions développées où on utilise des amalgames dentaires. Au Japon, où on ne les utilise pas, ou dans les régions rurales pauvres de l’Afrique, posséder ce gène n’augmente pas le risque, ce qui suggère un lien entre la prédisposition génétique et le facteur environnemental qu’est le mercure dentaire.
Cela dit, nous ne prétendons pas que le mercure soit la seule cause environnementale de la maladie d’Alzheimer ; il y a aussi les pesticides, d’autres métaux toxiques, etc.
Il est vrai que l’ANSM entend s’appuyer sur le Scenihr, dont le rapport de 2008 prétend qu’il n’y aurait aucun lien entre mercure dentaire et maladie d’Alzheimer. Mais il faut rappeler à ce propos que le rapport du Scenihr est malhonnête et contesté par tous les experts sérieux. A titre d’exemple, la vaste étude épidémiologique de Bates qui montre un lien entre amalgames et sclérose en plaques est « oubliée » dans la partie qui s’intéresse précisément à cette maladie, alors qu’elle est citée dans la partie qui traite de la maladie d’Alzheimer, pour dire qu’on n’observe aucune corrélation entre les mercure dentaire et la maladie d’Alzheimer… alors même qu’il est précisé dans l’étude de Bates qu’on ne peut tirer aucune conclusion pour cette pathologie (pas plus que pour la maladie de Parkinson) en raison du jeune âge de la cohorte (la quasi-totalité des personnes incluses ont moins de 60 ans).
De manière générale, il est inconcevable que l’ANSM s’appuie sur un rapport essentiellement rédigé par 4 dentistes pro-amalgames, lesquels s’appuient, pour la moitié de leur bibliographie, sur des références issues de revues dentaires (financées par les fabricants d’amalgames et autres matériaux), et qui profèrent de telles affirmations fallacieuses.

Question : Les amalgames ont tout de même été bénéfiques, historiquement
André Lefranc
: Historiquement, les amalgames ont remplacé l’or, vers les années 1850. Ce sont les charlatans aux USA, qui ont en premier utilisé les amalgames au mercure. Ils sont entrés en concurrence avec les dentistes, qui ont dû malgré leur réticence originelle, adopter ces pratiques pour accroître leur clientèle. On ne peut pas non plus reprocher à la profession l'adoption de ces pratiques. L'état de la science n'était pas le même.
Marie Grosman : Aujourd’hui, il existe des alternatives non toxiques. Il serait absurde et irresponsable de continuer à utiliser un matériau primitif toxique.

Question : On peut tout de même être rassuré grâce au protocole de soin qui n’a trouvé aucun cas d’intoxication…
Marie Grosman
: L’intoxication chronique au mercure entraîne ce qu’on appelle l’éréthisme mercuriel, caractérisé entre autres par de l’angoisse et des troubles du comportement. Le protocole mis en place par le rapport de 2005 pousse à orienter les personnes qui souffrent de ces troubles vers la psychothérapie (c’est aussi ce qui se passe à Fernand-Widal et dans les autres centres anti-poison). Les indicateurs (teneur du mercure dans les urines et dans le sang) ne sont pas pertinents. Et il faudrait que les experts puissent admettre l’éventualité que les personnes qui se présentent peuvent réellement être intoxiquées par leurs amalgames.
Par ailleurs, des cas de maltraitance lors de ces protocoles ont été rapportés, de sorte que nous n’invitons plus les patients à s’y soumettre.
Geoffrey Begon : Ces cas de maltraitance ont été rapportés à l’ANSM ; dès lors, il paraît dérangeant que l’ANSM s’appuie sur ce protocole dans son rapport. Le protocole ne trouve rien car il ne peut rien trouver : nous ne renvoyons pas vers lui, les praticiens ne le connaissent pas, il est conçu pour ne rien voir.
André Lefranc : Nous vous remercions de nous avoir permis de nous exprimer devant vous. Nous ne pouvons que regretter l'influence trop grande du Conseil de l'Ordre des Dentistes dans cette problématique. Le rôle du Conseil de l'Ordre ne devrait pas être de dire la science. Il est là pour rappeler le droit, juger les litiges portés à sa connaissance, évaluer les pratiques et vérifier l'application des règles de déontologie. Ce ne devrait pas non plus être un représentant syndical des dentistes.
Laisser au conseil de l'ordre le soin de dire la science, c'est entrer dans une démarche scolastique d'un autre âge. La science doit appartenir aux universitaires pour permettre les progrès.





Dentistes, assistantes dentaires : protégez-vous du mercure !

 


La brochure

Les amalgames dentaires sont composés de mercure métallique à hauteur de 50 % en moyenne. Or le mercure est une substance volatile à basse température et extrêmement toxique, ciblant notamment les trois systèmes intégrateurs (système nerveux central, système immunitaire et système endocrinien), endommageant les reins et perturbant de nombreuses voies métaboliques. Sur l’organisme en développement, il induit des risques de malformations.

On ne connaît pas de seuil de toxicité en dessous duquel le mercure serait sans risque : tout travail sur amalgame doit donc être conduit avec d’extrêmes précautions.


L’exposition professionnelle des dentistes

 

Des autopsies ont révélé des niveaux de mercure très augmentés dans l’hypophyse de personnels dentaires, ainsi que dans le cortex occipital et le cortex rénal.

Les concentrations de mercure dans l’urine (le meilleur indicateur de l’exposition récente au mercure métallique) sont considérablement augmentées chez les dentistes, dès le début de leurs études. Elles sont encore plus élevées chez les assistantes dentaires. Même si ces valeurs restent relativement basses pour une majorité de professionnels, elles atteignent chez quelques individus des niveaux comparables à ceux pour lesquels on rapporte des effets sur les reins et le système nerveux central.

En outre, certains travaux ont mis en évidence chez les professionnels de la dentisterie des symptômes imputables au mercure, mais qui ne sont pas corrélés aux niveaux de mercure mesurés dans les urines. En effet ceux-ci ne rendent pas compte du mercure accumulé dans l’organisme. Un test de mobilisation avec le chélateur de référence, le DMPS, s’avère être un bien meilleur indicateur de la charge corporelle en mercure ainsi que des problèmes rénaux et cognitifs qui lui sont liés, chez les dentistes comme chez les assistant-e-s.

D’autre part, des études sur des professionnels de la dentisterie ont montré qu’à exposition comparable, des facteurs génétiques peuvent augmenter les effets du mercure sur la sphère cognitive, l’humeur et le comportement.


Les risques sanitaires auxquels le mercure expose dentistes et assistant-e-s

 

L’INRS admet le risque d’intoxication chronique, qui « se traduit le plus souvent après plusieurs années d’exposition par une instabilité émotionnelle, une fatigue excessive, des troubles de la concentration, un état dépressif, la présence d’un goût métallique dans la bouche et parfois des troubles de la vision avec constriction du champ visuel.
« La symptomatologie neurologique apparaît plus tardivement et se manifeste pas des troubles sensitifs des extrémités, tels une paresthésie, un engourdissement s’aggravant à l’effort, des troubles de la sensibilité thermique, pallesthésique et kinesthésique. L’électromyogramme peut mettre en évidence une polyneuropathie sensorielle. Quand les troubles atteignent les membres supérieurs, les praticiens sont gênés dans leur travail, notamment par le tremblement mercuriel, qui apparaît lors des gestes fins, et par les troubles de la coordination. »

Ces observations sont appuyées par plusieurs études, qui relèvent des troubles sensoriels, cognitifs, neurologiques et psychosomatiques chez les dentistes, et plus encore chez les assistantes dentaires.

Des études observent une proportion de suicides augmentée chez les dentistes hommes.

Les professions dentaires souffrent aussi plus souvent de problèmes rénaux, liés au mercure.

Les assistantes dentaires et les femmes dentistes risquent des troubles de la reproduction.

Enfin, certains risques de cancers sont augmentés chez les dentistes, notamment les cancers du cerveau, du système reproducteur (sein ou testicule) et de la peau.


3 règles de sécurité fondamentales

 

1- Ne plus poser d’amalgames.

Les alternatives sont au point. Convenablement posés, les composites en résine (qui existent aussi sans bisphénol A) et les ciments verres ionomères (un matériau biocompatible selon les données actuelles de la science) présentent une longévité équivalente à celle de l’amalgame. Aussi l’usage d’un matériau aussi toxique ne se justifie-t-il plus.

2- Ne pas travailler dans un cabinet dentaire pendant une grossesse.

L’exposition professionnelle au mercure est associée à une réduction de la fertilité et à la survenue de fausses couches.
Durant la grossesse, cette exposition augmente de manière significative les risques d’hypertension pour la femme enceinte ainsi que de petit poids à la naissance, de malformations de l’enfant, d’anomalies du tube neural et de bébés mort nés.

3- Intervenir sur les amalgames en toute sécurité

Même dans les cabinets qui ne posent plus d’amalgames, les praticiens et les patients sont exposés à d’importantes quantités de vapeurs lors de travaux sur les amalgames préexistants ou de leur retrait.
Le cabinet doit être équipé comme suit :

  • système de refroidissement : jet d’eau concentré, de fort débit, sans air.
  • un aspirateur chirurgical : système d’aspiration tenu par l’assistant(e) au-dessus de la dent à traiter. Idéalement, on peut connecter l’aspirateur au modèle « clean-up ». En l’absence de « clean-up », il faut une digue sans latex pour plus d’étanchéité.
  • une fraise fissure (non diamantée).

Autres règles à appliquer :

  • Le praticien ne doit pas fraiser dans l’amalgame, mais l’inciser en croix puis l’enlever par morceaux.
  • Même en hiver, il est impératif d’ouvrir les fenêtres car la saturation de l’air dans la pièce est dangereuse.
  • Il est important de décontaminer régulièrement les tuyaux d’aspiration avec une substance adéquate.
  • Il faut des masques au charbon pour le patient et pour les praticiens. Les protections ordinaires ne retiennent pas les vapeurs de mercure.
  • Le patient est invité à avaler avant l’intervention deux cuillères à soupe de charbon actif en poudre pour retenir une partie des ions mercuriques ingérés au cours de l’opération, et à faire un bain de bouche avec une ampoule de granions de sélénium, pour limiter l’absorption du mercure par la muqueuse buccale. Au terme de l’intervention puis une heure et demi après, il fera avec profit d’autres bains de bouche avec du sélénium et du charbon actif dilué dans de l’eau.




Réponse à Michel Goldberg – Aritcle publié le 26 avril 2013

 


Dans la Lettre de l’Ordre n°116, d’avril 2013, qui passe entre les mains de tous les dentistes de France, M. Goldberg livre son point de vue sur l'actualité du mercure dentaire. C'est pour lui l'occasion de perpétrer de nouvelles approximations, assorties de considérations calomnieuses visant notre association.
Nous reproduisons ci-dessous l'intégralité de l'entretien paru dans la Lettre de l'Ordre, dans lequel nous soulignons les éléments qui nous ont semblé trop flagrants pour demeurer sans réaction.
Notre réponse fait suite.



Vous êtes identifié en tant que personnalité scientifique prônant le bon usage de l'amalgame d'argent. Considérez-vous faire partie de ce lobby que stigmatisent les opposants à ce matériau d'obturation ?

Je suis un scientifique et ne suis financé par personne. Il suffit de consulter les déclarations d'intérêt des agences. À ma connaissance, pas un industriel n'engage de fonds pour faire du lobbying sur le mercure. Il n'existe pas de groupe d'influence promercure. Il n'y a que des praticiens qui en connaissent tous les avantages. En tant que chercheur, je suis le premier à me pencher avec intérêt sur les études annoncées comme remettant en question l'amalgame d'argent. Or, à ce jour, aucun travail scientifique sérieux n'a fait la démonstration de risques avérés. L'ensemble de la communauté scientifique mondiale «sérieuse» partage cette analyse. Cela étant, bien sûr, il y a de rares cas d'allergies et, naturellement, des problèmes environnementaux. La question des résidus issus de l'activité des cabinets dentaires reste ouverte. Ce fameux «lobby» n'est qu'un fantasme qui désigne en réalité une pratique professionnelle dans son ensemble. Le «lobby des dentistes», c'est tout simplement une communauté médicale qui a recours à un matériau sans risque qui donne des résultats fiables, et qui veut continuer à l'utiliser au vu des bienfaits qu'il apporte aux patients en termes de santé publique.

Comment accueillez-vous la décision qui a été prise à Genève, dans le cadre du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), qui va vers une réduction de l'usage de l'amalgame et non pas son interdiction ?

Avec une certaine satisfaction. Les experts se sont admirablement bien battus pour empêcher une interdiction, qui aurait constitué un véritable non-sens en termes de santé publique. Il faut comprendre le contexte, porté par un fort écho médiatique relayant les arguments des associations, qui ne s'appuient que sur des études sans fondement scientifique. Nous naviguions en plein délire. Avec l'amalgame d'argent, nous sommes face à 150 ans de recul scientifique et de bonnes pratiques. Aucun autre matériau n'offre cette pérennité, particulièrement remarquable au niveau des points de contact et de l'action anticarieuse. Aujourd'hui, aucun matériau de substitution existant ne souffre la comparaison. La viabilité des ciments verres ionomères s'élève en moyenne autour de deux ans, celle des composites à six ans. C'est le double, toujours en moyenne, pour l'amalgame d'argent. En termes de longévité et d'«irremplaçabilité», tous les experts, chercheurs et cliniciens sont unanimes pour en souligner les qualités.

Comparés à leurs confrères européens, les praticiens français sont désignés comme les plus grands «consommateurs» d'amalgames. Comment interprétez-vous cela?

Parce que l'enseignement, en France, est très bon! Pourquoi se priver, au niveau des molaires et éventuellement des prémolaires, du produit le plus sain, stable et meilleur marché disponible aujourd'hui ? S'agissant des restaurations des dents postérieures, aujourd'hui, la seule alternative crédible concerne la prévention.

Pourtant, le gouvernement a modifié son approche s'agissant de ce matériau.

Et il a tort. J'interprète cette évolution - qui, cela dit, ne consiste pas à interdire l'amalgame d'argent mais à en réduire l'usage - comme un signe de faiblesse face à des groupes de pression peu nombreux mais extrêmement déterminés, voire violents. Or, je le répète, la question de l'amalgame d'argent fait consensus pour l'ensemble de la communauté scientifique internationale. Notre profession adopte un positionnement défensif. Mais il ne faut pas avoir peur de le dire : l'amalgame d'argent constitue un enjeu de santé publique!

 


Notre réponse.

Dans la Lettre de l’Ordre n°116, M. Goldberg énonce une série de propos trompeurs dont certains, diffamatoires, visent à l’évidence l’association Non au mercure dentaire, même s’il prend soin de ne pas la nommer.

M. Goldberg prétend n’être financé par personne ; or ses déclarations publiques d'intérêt font état d’une collaboration prolongée avec Septodont – qui fournit, entre autres matériaux dentaires, des amalgames.

Il nie avoir connaissance de « groupe d’influence promercure » ; pourtant un groupe de travail sur l’amalgame dentaire (le DATT) a été constitué à l’initiative de la Fédération Dentaire Internationale (FDI) dans le but de préserver les intérêts commerciaux des marchands d’amalgames, que menaçaient les négociations internationales sur le mercure.

Il martèle que les arguments des associations ne reposent pas sur des éléments scientifiques. Au contraire, Non Au Mercure Dentaire travaille sur la base d’une veille scientifique rigoureuse. C’est d’ailleurs sur cette base que l’Afssaps-Ansm a dû retirer de son site le Rapport de 2005, issu du travail d’un groupe d’experts dont Michel Goldberg, de la commission Matériovigilance de cette Agence, fut un membre diligent.

M. Goldberg estime qu’ « aucun matériau de substitution ne souffre la comparaison » avec l’amalgame. C’est le contraire de ce que démontre une revue des études ayant comparé les performances des amalgames et celles des ciments verre ionomères : la longévité de ces derniers s’avère supérieure. La qualité de la pose est déterminante quant à la longévité des matériaux d’obturation ; aussi croyons-nous que les facultés dentaires françaises devraient davantage se préoccuper de cet apprentissage, plutôt que de s’obstiner sur un dispositif médical archaïque, que tous les autres pays abandonnent progressivement.

M. Goldberg nous qualifie de « groupes de pression peu nombreux extrêmement déterminés, voire violents. » Si violences il y a eu, elles sont restées dans le champ verbal et M. Goldberg en fut le seul auteur : ainsi quand il qualifiait une équipe de chercheurs ayant démontré le transfert placentaire du mercure et son accumulation dans le fœtus de « coalition d'illuminés, d'écologistes, de charlatans » ; ou quand il proclamait, à l’occasion de l’interdiction de l’amalgame par la Norvège : « On devrait élever une statue […] à la bêtise triomphante » ; « Ils sont fous ces Vikings ! ».

Enfin rappelons que le dernier rapport de l’OMS, paru en 2011, indique que l’amalgame est associé à des problèmes généraux de santé, et que la majorité des problèmes de santé dus aux matériaux dentaires lui sont imputables. Il y a donc bel et bien consensus dans la communauté scientifique sur le mercure dentaire – mais nullement dans la direction souhaitée par M. Goldberg !