A Berlin, les ONG appellent
à une interdiction totale
des amalgames dentaires
en Europe d'ici 2022


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14-11-2016

ARCHIVES POUR L'ANNEE 2012 - PARTIE 1

 

Notre réponse à l'ANSM – Publiée le 07 décembre 2012

 

M. Thévenet faisait déjà partie de l'Agence du médicament au moment où a été produit le scandaleux rapport de 2005.
Il est désormais chargé d'actualiser ce rapport.
Ce monsieur est injoignable par téléphone. Il n'a daigné répondre (et encore très partiellement) par courriels à nos demandes qu'au terme de longs mois, et après que nous avions mis en branle un certain nombre de services de l'Agence.
Son dernier message, reçu début décembre, exprime fort bien la qualité de la relation qu'entretient l'Agence avec les associations portant une alerte sanitaire:

Bonjour,
Je vous informe que le projet de rapport vous a été adressé en début de semaine par voie postale. Vous devriez le recevoir maintenant rapidement.
Il est attendu un retour pour commentaires pour la fin du mois.
Cordialement,
Nicolas THEVENET.

Ci-dessous, notre réponse à ce courriel.


Monsieur Thévenet,

Permettez-moi de récapituler les étapes d’une année de "coopération" entre l’ANSM et notre association, Non Au Mercure Dentaire (NAMD).

Ce sera bref.

En octobre 2011, M. Ghislain, alors directeur de la DEDIM, nous recevait en annonçant une réactualisation du rapport de 2005, à laquelle NAMD serait associée.
La seule trace de coopération est une bibliographie qu’on nous a donnée à commenter en février 2012.
Pour le reste, malgré nos relances et nos interrogations, nous n’avons rien pu savoir du déroulement de cette nouvelle expertise.

Notre insistance à tenter de vous joindre, fin octobre, a tout de même débouché sur un courriel de votre part, daté du 30 octobre, dans lequel vous indiquiez :
1) qu’un travail avait été réalisé, non par des experts, mais par des fonctionnaires (ce qui nous apparaît comme une pratique tout à fait originale et, à vrai dire, assez scabreuse), après audition d’ « experts externes » et de fabricants d’amalgames ;
2) que le rapport ne serait rendu public qu’après l’aval du Scenihr en février 2013 ;
3) que le pré-rapport nous parviendrait dans le courant du mois de novembre.

Il aura fallu de nouvelles insistances pour que vous consentiez à nous envoyer, début décembre, une version papier (que, du reste, la Poste ne nous a pas encore livrée) de ce pré-rapport, en nous demandant d’en rédiger le commentaire avant la fin du mois.

Estimeriez-vous qu’une poignée de bénévoles disséminés à travers la France soient en capacité de donner, en quinze jours, un commentaire rigoureux d’un texte que l’ANSM aura mis plus d’une année à produire ?
C’est bien mal juger des performances de l’Agence à laquelle vous appartenez : nous vous laissons la responsabilité de cette opinion.

Auriez-vous au moins l’obligeance de nous envoyer ce travail dans une version électronique, afin que la gageure soit tenable, ou le délai que vous nous avez indiqué n’est-il qu’une simple plaisanterie ?

Nous vous remercions de lever ce dernier doute, qui jette un énième discrédit sur la volonté de l’ANSM de faire preuve de transparence et de coopération avec la société civile.

Respectueusement,

Geoffrey Begon



Fin de la Grève de la faim de l'Association E3M – Article du 07 décembre 2012

 

Entamée le 26 novembre, la grève de la faim a cessé le 19 décembre après qu'E3M a obtenu gain de cause sur l'une de ses revendications : le financement de la poursuite des travaux menés par le Pr Gherardi et son équipe sur la toxicité des sels d'aluminium contenus dans les vaccins.
E3M demandait également le retour sur le marché de vaccins DTP sans aluminium : si ce point n'a pas encore été obtenu, on voit que le rapport de force s'est substantiellement modifié.
Nous adressons nos plus vives félicitations à E3M : grâce à la ténacité de ses membres, l'ANSM se voit enfin contrainte de faire son métier - assurer la surveillance sanitaire des produits de santé. La France devient ainsi un pays précurseur sur la problématique des adjuvants vaccinaux.
Nous tenons à signifier notre gratitude à l'association E3M pour cette avancée considérable qui servira, espérons-nous, à préserver la santé de nos enfants.



Une grève de la faim contre les adjuvants aluminiques dans les vaccins – Article du 14 novembre 2012

 

L'association l'E3M (pour "Association d'Entraide aux Malades de Myofasciite à Macrophages") avait organisé une conférence de presse le 12 novembre dernier afin d'alerter contre les risques sanitaires liés à l'aluminium des vaccins.

Une équipe de chercheurs Français menée par le professeur Gherardi, à la pointe de la recherche internationale sur cette question, a en effet montré que les sels d'aluminium (contenus dans tous les vaccins de base inoculés aux enfants et dans les vaccins contre les hépatites A et B) peuvent rester dans l'organisme et, pour partie, migrer dans le cerveau d'où ils ne sortiront pas, et dans lequel ils exerceront leur action neurotoxique.

Or l'agence du médicament (ANSM) refuse de financer la poursuite de ces recherches, renonçant une fois de plus à sa mission qui est en principe, rappelons-le, de veiller à la sûreté des produits de santé.

François Hollande et Marisol Touraine, qui s'étaient pourtant engagés durant la campagne présidentielle, sont maintenant devenus sourds aux deux demandes d'E3M : la poursuite de la recherche et la mise sur le marché de vaccins aux adjuvants non-toxiques.

E3M a donc décidé d'engager, le 26 novembre dernier, une grève de la faim qui semble le dernier recours pour se faire entendre.

Non Au Mercure Dentaire s'associe à d'autres associations de malades, dans le cadre du RES, pour dénoncer une situation inacceptable.




Le Sénat délibère sur les lanceurs d'alertes – Article du 19 octobre 2012

 

Depuis le 15 octobre, le Sénat est appelé à délibérer sur la création d'une Haute Autorité de l’Expertise scientifique et de l’Alerte en matière de santé et d’environnement (Haea) dont les fonctions seraient de défendre les lanceurs d'alerte, d'assurer l'expertise de l'alerte, et définir les règles de l'expertise.

Toute l'histoire de notre association démontre la nécessité de mettre en place de nouvelles règles.

Il faut protéger les lanceurs d'alertes pour assurer l'existence même de l'alerte et empêcher que la carrière et la vie même de ceux qui, par probité, humanité et vigilance, dénoncent les dangers d'une substance, d'un dispositif, d'une technique, soient directement menacées.

Il est non moins essentiel d'encadrer l'expertise, afin de s'assurer qu'elle soit contradictoire, transparente, dénuée de conflits d'intérêts et qu'elle intègre la société civile.

Trop de dysfonctionnements des agences sanitaires, en France comme en Europe, ont mis en évidence un problème systémique que les comités de déontologie au sein de chaque agence s'avèrent incapables de régler.

Pour faire le point sur cette problématique, pour nous centrale, nous vous invitons à lire l'interview d'André Cicolella dans le magazine Terra Eco. M. Cicolella, lui-même lanceur d'alerte, est aujourd'hui le porte-parole du Réseau Environnement Santé, dont fait partie NAMD.

Vous pouvez également visionner le magazine de la santé du mardi 16 octobre. Le sujet commence à la 13e minute environ. Jacques Testard, président d'honneur de la fondation Sciences Citoyennes, y rend hommage au Docteur Melet : "Il y a [un lanceur d'alerte] dont on ne parle jamais [...] : c'est un des premiers et qui a donné le plus de sa personne, c'est Jean-Jacques Melet, qui était un médecin qui s'est battu contre les amalgames dentaires au plomb [sic] et au mercure, qui s'est fait virer de l'Ordre des médecins, qui a eu les pires ennuis, des procès, et il s'est suicidé finalement."



Contribution de NAMD au SCENIHR – Publiée le 09 octobre 2012

 

Dans le cadre de la révision de la stratégie communautaire sur le mercure, dans la suite du rapport BIOIS qui appelle à l'interdiction du mercure dentaire en Europe, la commission européenne a saisi le Comité Scientifique chargé des Risques Sanitaires Émergents ou Nouvellement Identifiés (SCENIHR, selon les initiales anglaises) en lui demandant de répondre notamment aux questions suivantes :

  • 1- De nouvelles évidences scientifiques justifient-elles le retrait des amalgames dentaires du point de vue de la santé publique ?
  • 2- L'usage de l'amalgame est-il sûr pour les patients et les professionnels de la dentisterie ? Y a-t-il des populations particulièrement à risques (enfants et femmes enceintes) ? Peut-on recommander certaines pratiques pour réduire l'exposition des patients et des professionnels à l'amalgame dentaire ?
  • 3- y a-t-il de nouvelles évidences scientifiques concernant la sûreté et les performances des matériaux alternatifs ?


L'avis du SCEHIHR est attendu pour février 2013.

Marie Grosman, notre conseillère scientifique, a demandé à rejoindre le comité d'experts : sa présence assurerait à l'expertise le caractère contradictoire que les citoyens sont en droit d'attendre et qu'on n'a jamais vu pourtant sur le problème de l'amalgame dentaire, en France comme en Europe.

D'ores et déjà, nous avons apporté notre contribution, dont la ligne directrice est simple : la toxicité du mercure dentaire est largement établie par la science, mais l'Europe ne voudra jamais admettre qu'elle ait pu exposer la santé de la population à un tel risque. Aussi nous a-t-il paru inutile d'épuiser notre temps et notre énergie, comme l'avaient fait tant d'experts de bonne volonté lors du précédent rapport du SCENIHR, pour un travail qui nous paraît écrit d'avance.



Compte rendu de notre rencontre au ministère de la Santé – Article du 04 octobre 2012

 



Une délégation représentant Non Au Mercure Dentaire (NAMD) et les fédérations d’associations dont nous faisons partie – l’Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure (Alliance) ainsi que le Réseau Environnement Santé (RES) – était invitée au ministère de la santé mardi 2 octobre par M. Frédérik Staikowski, directeur de l’unité « Alerte et Réponses », afin de faire entendre son point de vue sur la problématique des amalgames dentaires.

Notre groupe était composé de :
– Mme Marie Grosman, agrégée de Sciences de la Vie et de la Terre, spécialiste de santé publique, vice-présidente pour la région Europe de l’Alliance et conseillère scientifique de NAMD ;
– M. Geoffrey Begon, ancien intoxiqué au mercure dentaire, Délégué Général de NAMD ;
– M. Jean-Marie Bousquet, dentiste intoxiqué au mercure, adhérent de NAMD ;
– M. D. (qui préfère garder l’anonymat par crainte de représailles de l’Ordre des dentistes), dentiste formé par un toxicologue et pratiquant en conséquence la dépose des amalgames dentaires selon un protocole précautionneux, adhérent de NAMD.

Mme Grosman a fait valoir de manière très convaincante l’assise scientifique sur laquelle repose notre association. Elle a retracé la chronologie et les engagements politiques visant une réduction du mercure aux niveaux international, européen et national, en rappelant l’importance relative considérable de la pollution française. Elle a ensuite exposé les risques sanitaires et environnementaux liés au mercure dentaire, puis soulevé les problèmes de collusion entre les fabricants d’amalgames et les instances dentaires, avec les conflits d’intérêts pesant sur les expertises officielles et la désinformation entretenue par l’Ordre, les syndicats et les associations dentaires. Elle a insisté sur son désir d’un débat contradictoire où elle serait opposée à des représentants des instances dentaires, déplorant que ceux-ci fuient systématiquement le débat. Elle a enfin mis en avant l’existence d’alternatives immédiatement disponibles et abordables, sans risques pour la santé et l’environnement.

M. D. a précisé qu’on ne pouvait pas simplement substituer un produit à un autre : il faut désormais que la France organise les soins dentaires en mettant réellement l’accent sur la prophylaxie, comme font les pays modernes.

M. Bousquet a relaté son expérience : l’errance médicale coûteuse où il est plongé, et l’impossibilité dans laquelle il se trouve de faire admettre l’origine mercurielle de sa maladie neurologique, à la fois par l’Ordre, les syndicats dentaires et les médecins. Ce fut l’occasion de rappeler les risques pour les professionnels, et le fait que l’hydrargyrisme a pourtant été la seconde maladie professionnelle reconnue… dès 1919 !

M. Staikowski a fait preuve d’une qualité d’écoute dont nous nous félicitons. Lui-même a souhaité que notre exposé s’inscrive dans une problématique de « santé environnementale », plutôt que santé ou environnement, déplorant une compartimentation, au sein même des institutions, qui ne fait pas sens.
Malheureusement, il n’a pu nous renseigner ni sur le calendrier ni sur la position que défendra l’Europe sur le mercure dentaire en janvier prochain, lors de l’INC5.
Cependant il n’a rien objecté à aucun de nos arguments. Il a admis que les agences sanitaires françaises devaient encore significativement progresser pour fonctionner de manière transparente et donner place à la société civile. Il a offert de nous communiquer la liste des experts travaillant actuellement sur le sujet des amalgames et de leurs alternatives.
Lui-même ne doute pas de l’existence de matériaux alternatifs.
Il a enfin salué notre degré d’expertise sur ce dossier.
Mais surtout, il nous a confirmé que la position française était irrévocable : la France consent bel et bien à abandonner l’amalgame. C’est un camouflet cuisant pour l’Ordre National des Chirurgiens Dentistes (ONCD) et l’Association Dentaire Française (ADF) qui s’étaient résolument gardés de répercuter la nouvelle position française auprès de la profession, comme si ce sujet ne l’intéressait pas, ou bien considérant qu’ils étaient encore en position d’infléchir à leur gré la volonté la position du gouvernement. Leur dernière manœuvre en ce sens, qui s’était traduite par une lettre ouverte à Marisol Touraine dans laquelle ils demandaient à la ministre de s’opposer « à toute mesure visant à interdire ou limiter l’utilisation de l’amalgame dentaire », dans l’ignorance délibérée et le mépris le plus total du dernier avis du ministère, se solde par un échec qui marque à l’évidence une révolution : l’époque de la grande complaisance du ministère de la santé envers les instances dentaires semble tout à fait révolue.

Nous sommes donc rassurés sur ce point capital : nous venons de changer d’ère, même si tous les problèmes techniques ne sont pas réglés.
Nous prendrons au plus vite contact avec le directeur de la Direction Générale de la Santé (DGS) et la Sous-direction de la prévention des risques liés à l’environnement et à l’alimentation pour leur demander à être entendus et devenir parties prenantes dans l’élaboration du processus qui devra accompagner la fin de l’amalgame et l’essor des alternatives.



Assemblée Générale – Article du 28 septembre 2012

 



L'assemblée générale de Non Au Mercure Dentaire s'est tenue le samedi 22 septembre à Lyon, suivie de la première réunion du conseil d'administration et de l'élection du nouveau bureau.

Ce fut l'occasion de revenir sur une année remarquablement chargée, au cours de laquelle les rapports de force ont été profondément redessinés, comme en témoigne notre rapport moral.

Les grandes orientations stratégiques pour l'année à venir ont été décidées : il s'agira avant tout de réunir et de mobiliser autour de nous des biologistes, des toxicologues, des médecins, des dentistes, des assitant-e-s dentaires prêts à s'engager et à assurer une prise en charge des malades. La constitution de ce pôle de scientifiques et de praticiens permettra d'élargir notre champ d'action pour répondre aux attentes et aux espoirs légitimes de nos adhérents.
La récente lettre-pétition initiée par des dentistes pour demander l'interdiction des amalgames augure d'une ère nouvelle.

Notre confiance en l'avenir est d'autant plus grande que notre nouveau bureau, non seulement témoigne du dynamisme de notre association, mais surtout confère, par l'ensemble des compétences qu'il réunit, une solidité confortable.

Il est désormais ainsi composé :

- André LEFRANC, président
- Héloïse BUTTIN, trésorière
- Gilou LERAUD, secrétaire
- Laurette CASAL, secrétaire adjointe, chargée des relations avec les Electrosensibles

- Marie GROSMAN, conseillère scientifique
- Edith BON, conseillère juridique
- Sandrine GAUMER AGUILLON, conseillère communication

- Geoffrey BEGON, délégué général

Nous remercions les adhérents qui ont témoigné de l'importance qu'ils accordent à notre association par leur présence ou par les documents qu'ils nous ont transmis au préalable.


Halte aux dispositifs médicaux toxiques ! – Article du 17 août 2012

 

Les amalgames dentaires appartiennent à la catégorie des "dispositifs médicaux" : à ce titre, ils sont sous la responsabilité du ministère de la santé (ce qui a constitué un frein important jusqu'ici dans les négociations internationales sur le mercure, qui portent sur la problématique environnementale) et sont régis par une réglementation européenne dont le récent scandale des prothèses PIP a mis en valeur les incroyables insuffisances. Aussi la Commission européenne a-t-elle adopté en juin une résolution visant à améliorer ce qui est aujourd'hui un no man's land réglementaire. De surcroît, le Sénat a publié en juillet un rapport qui désigne les "dispositifs médicaux" comme "les grands oubliés de la politique de santé".


Qu'est-ce qu'un dispositif médical (DM) ?


Selon la directive européenne qui le définit, un DM est un "instrument, appareil, équipement ou encore un logiciel destiné, par son fabricant, à être utilisé chez l’homme à des fins, notamment, de diagnostic, de prévention, de contrôle, de traitement, d’atténuation d’une maladie ou d’une blessure." Il s'agit donc d'un ensemble extrêmement hétéroclite, qui comprend aussi bien les pansements, les lits médicaux, l'appareillage destiné à la radiothérapie, les poches à perfusion ou les fauteuils roulants que des technologies très invasives (une sonde, une pompe à insuline, une prothèse, un amalgame dentaire, etc.). Ce domaine est en évolution extrêmement rapide, et la réglementation a été principalement pensée pour ne pas freiner l'innovation. [1]
Les DM sont soumis à des règles extrêmement différentes des médicaments, pour lesquels des "autorisations de mise sur le marché" (AMM) sont délivrées par des autorités nationales compétentes au terme d'un certain nombre d'épreuves.
Pour les DM, la réglementation est relativement récente : le marquage CE n'est obligatoire que depuis les années 90. Ce sont les fabricants qui sont responsables de la mise sur le marché ; les autorités sanitaires interviennent simplement "de manière complémentaire". Les fabricants peuvent donc choisir un certificateur parmi les 70 organismes dits "notifiés" européens. Le certificat est délivré pour 5 ans. « Durant cette période le fabricant doit mettre en place un système de surveillance postcommercialisation. […] le fabricant est également tenu de signaler les incidents ou risques d'incidents graves à l'autorité compétente du pays concerné. » [2]


En quoi le système de commercialisation et de surveillance des DM est-il globalement défaillant ?


Il y a trois ans, M. Jean-Claude Ghislain, Directeur de la Direction de l'évaluation des dispositifs médicaux (Dedim) pouvait écrire : « Le marquage CE demeure encore mal compris et victime d'un défaut de confiance tant de la part des utilisateurs que des institutions. Dix années après la généralisation du marquage CE, celui-ci ayant été confirmé par l'ensemble des autorités compétentes comme globalement adapté pour la régulation du secteur, ce constat paraît injustifié. » [3] L'inanité de ce propos a explosé avec l'affaire PIP ; l'opinion, les médias, les politiques s'étonnent désormais qu'on ait pu faire prospérer quasiment sans contrainte les fabricants, au péril des patients.
S'il y a bien quelques règles du jeu à respecter, il faut tout de même concevoir que le fabricant peut choisir lui-même l'organisme qui validera son produit ; et s'il essuie un refus auprès de l'un, il peut se tourner vers un autre qui l'acceptera.
En second lieu, le dossier clinique ne doit être systématiquement documenté que depuis 2010 : « Cependant, il faut souligner que tout nouveau DM ne fera pas l'objet d'un essai clinique avant sa mise sur le marché, ce qui serait impossible vu la rapidité d'évolution incrémentale, source de progrès qu'il faut sauvegarder. » [3] Ainsi, « alors que, dans l'industrie du médicament, la découverte d'une nouvelle molécule est synonyme de redémarrage complet du processus de connaissance et de développement clinique, dans l'industrie du DM, les industriels capitalisent sur l'expérience acquise en matière d'évaluation, tant pour la mise à niveau de cette évaluation que pour la prise en compte des risques. » [4]
Enfin, pour un produit comme l'amalgame dentaire, qui a "montré ses qualités" bien avant l'existence de règles, les épreuves sont réduites au minimum: un test de corrosion en salive artificielle a suffi à obtenir le marquage CE. Le fait qu'il contienne des composants extrêmement toxiques et qu'il soit implanté ne constitue pas un barrage selon cette réglementation.


La Résolution du parlement européen


Le Parlement Européen a adopté le 14 juin une résolution qui invite à...
  • renforcer la coopération entre la Commission et les États membres "au sein du cadre juridique existant, notamment dans les domaines de la surveillance, de la vigilance et de l'inspection du marché, et de durcir les contrôles, afin de mieux garantir la sécurité des patients, en particulier de ceux exposés à des dispositifs médicaux à haut risque"
  • " élaborer un cadre juridique approprié afin de garantir la sûreté [...] de la technologie médicale en général"
  • "améliorer le fonctionnement du système de vigilance applicable aux dispositifs médicaux, par exemple en facilitant et en encourageant activement les patients, les associations de patients, les groupes de patients et les professionnels de la santé à signaler, aux autorités compétentes, tous les incidents et les effets nocifs, en faisant en sorte qu'ils ne soient pas découragés par des démarches administratives trop lourdes"
  • "opter pour un système d'autorisation avant mise sur le marché pour certaines catégories de dispositifs médicaux, y compris, au moins, les dispositifs médicaux appartenant aux classes IIb et III; [RAPPEL : classe IIb = potentiel élevé de risque = par exemple, dispositifs pour contraception et appareils médicaux de surveillance cœur et respiration ; classe III = potentiel très sérieux de risque = dispositifs invasifs à long terme]
  • "exiger des évaluations toxicologiques appropriées de tous les dispositifs médicaux et de proposer l'élimination graduelle de l'utilisation des substances qui sont carcinogènes, mutagéniques ou toxiques pour la reproduction (catégorie 1A ou 1B), à moins que des substances de remplacement ne soient pas disponibles"


Il faut donc lire en creux que la sécurité des patients n'est pas garantie, que le cadre juridique est inapproprié, que les patients et les associations sont entravées dans leurs tentatives pour assurer la matériovigilance (ce dont nous pouvons chaque jour témoigner) et que l'on peut introduire à cette heure n'importe quelle substance toxique dans le corps d'un patient.


Le rapport du Sénat


Le Sénat a publié le 10 juillet dernier un rapport concernant notamment les dispositifs médicaux, lequel recoupe les observations de la résolution du parlement européen. Il dénonce en effet "les graves dangers qui découlent des modalités d'application de la réglementation européenne : le marquage CE ne peut plus dépendre du bon vouloir des fabricants, avec la passivité des organismes notifiés. Ce qui devait rester l'exception - l'assimilation « dûment justifiée » à un produit existant - est devenue la règle. Il est urgent d'inverser cette logique car la volonté de promouvoir l'innovation thérapeutique [...] ne doit pas faire oublier le but premier de tout dispositif médical : améliorer l'état de santé du patient." Le rapport note encore que "les défaillances des mécanismes d'alerte sont flagrantes" et que "l'accès à une information simple et exhaustive reste à obtenir".

Ces constats conduisent aux principales recommandations suivantes :

  • "Mettre au point un cahier des charges commun à tous les organismes notifiés"
  • "Multiplier les contrôles inopinés chez les fabricants" et inspecter les organismes notifiés
  • "Rendre publics les flux financiers et les liens d'intérêts entre fabricants de dispositifs médicaux et bénéficiaires de ces avantages"
  • "Interdire l'ensemble des CMR [cancérigènes, mutagènes, reprotoxiques] de catégorie 2 dans les dispositifs médicaux destinés aux nourrissons, jeunes enfants et femmes enceintes"
  • "simplifier la procédure de signalement des incidents de matériovigilance" et "mieux associer les déclarants aux suites données aux déclarations de matériovigilance"
  • Limiter « l'effet domino » en définissant plus précisément l'équivalence pouvant être acceptée entre deux dispositifs médicaux pour satisfaire à l'obligation d'évaluation clinique
  • Imposer que le dispositif médical auquel un nouveau produit est présenté comme équivalent ait lui-même fait l'objet d'investigations cliniques


Nous demandons au ministère de la Santé de suivre les recommandations du Parlement européen et du Sénat français, et d'interdire en conséquence, dans les plus brefs délais, les amalgames dentaires, qui contiennent du mercure, une substance classée CMR2, et pour lesquels les matériaux alternatifs sont disponibles.


 


[1] « Le principal point fort de cette réglementation est certainement qu'elle est favorable à l'innovation. » A. Audry, J.-Cl. Ghislain, Le Dispositif Médical, Que sais-je, PUF, 2009, p. 35. M. Ghislain est le directeur de la Direction de l'Evaluation des Dispositifs Médicaux (DEDIM) à l'Afssaps-ANSM. Le rapport de 2005 sur les amalgames dentaires a été publié sous sa responsabilité ; de même est-il responsable de l'actualisation qui est censée avoir publié ses résultats début 2012.

[2] Op.cit, p. 27.

[3] Op. cit.

[4] Op. cit., pp. 33-34.

[5] Op. cit., p 55.



Rétrospective sur un scandale sanitaire majeur – Article du 12 juillet 2012

 


INTRODUCTION


L'amalgame dentaire est un matériau d'obturation composé pour moitié de poudre métallique (argent, étain et cuivre principalement) et pour autre moitié de mercure, une substance hautement toxique dont tous les pays du monde ont convenu de réduire sensiblement les rejets : tel sera l'objet de la Convention de Minamata, attendue pour 2013, élaborée par le Comité Intergouvernemental de Négociation sur le mercure.

Longtemps, la France est apparue comme un facteur bloquant en Europe et dans le Monde sur la question des amalgames. Selon les dernières données disponibles, la consommation d'amalgames en France représente près du tiers de la demande Européenne. Nous sommes donc, de très loin, les premiers consommateurs de mercure dentaire. Sur le plan politique, la France avait été le seul pays d'Europe à s'opposer officiellement en 2010 à l'interdiction des amalgames.

C’est à cette aune qu'il faut mesurer le repositionnement qui honore le nouveau gouvernement, et que les instances dentaires se sont empressées de ne pas relayer auprès des praticiens, ou bien, quand elles ont dû le faire, de minimiser. Il s'agit pourtant d'une spectaculaire volte-face : « compte tenu des préoccupations environnementales et des questions émergentes relatives aux conséquences de la multi-exposition et aux effets des faibles doses, […] les autorités françaises ne s’opposent pas à une suppression des amalgames au mercure dans le traitement de la maladie carieuse. »

Reste à expliquer comment la France a pu, si longtemps, faire figure d'exception. La collusion entre les instances dentaires et les fabricants d'amalgames est établie à l'échelle du monde ; mais en France les institutions, loin de résister aux industriels, leur ont jusqu'alors offert d'appréciables relais, de sorte que l'État préférait piétiner ses engagements environnementaux et continuer d'empoisonner la population, en dépit des données scientifiques disponibles, plutôt que de toucher à l'amalgame. Il faudra maintenant tirer les leçons de ce scandale par une nouvelle réglementation des Dispositifs Médicaux, par une refonte réelle de l'Agence sanitaire qui en porte la responsabilité ainsi qu'en prononçant l'interdiction du mercure dentaire dès que possible.


La collusion entre les instances dentaires et les fabricants d'amalgames


Une technologie prétendument irremplaçable

L’amalgame a commencé d'être employé au milieu du XIXème siècle : la Fédération des dentistes outre-atlantique radiait alors ceux qui se livraient à l'acte, tenu pour « criminel », de placer du mercure dans la bouche des patients. Les « fautifs » se réunirent pour former l’Association Dentaire Américaine (ADA), qui devint l’acteur principal du lobbying des fabricants d’amalgames, dès lors que le marché de la carie en pleine expansion eût assoupi les scrupules.
Même s'il accuse un certain recul, l'amalgame continue de résister à ses détracteurs à la fois car ses qualités (facilité de manipulation, bonne résistance mécanique, faible coût à l'achat, propriétés bactéricides) lui valent la sympathie des praticiens, et du fait que l'industrie et les instances dentaires s'emploient conjointement à la « fabrique du doute » quant à sa toxicité.

Au niveau international

(Pour plus de détails sur les éléments énoncés dans ce paragraphe et le suivant, veuillez vous reporter au précieux rapport d'Ulf Bentsson sur les conflits d'intérêts.)

La Fédération Dentaire Internationale (FDI), qui regroupe l'essentiel des associations dentaires à travers le monde, est dans la dépendance financière de ses partenaires commerciaux (parmi lesquels il faut compter les fabricants d'amalgames) pour mener à bien ses missions ; en échange elle est en capacité de leur faire bénéficier de ses nombreux canaux de communication au sein des gouvernements et des agences gouvernementales.
Ensemble, ils ont formé en 2009 le groupe de travail sur l’amalgame dentaire (DATT), dont l'objectif est d'éviter l’interdiction totale des amalgames, perçu comme une interdiction des « activités commerciales » dont les menacent le PNUE. Ainsi la FDI se fait-elle le porte-voix des fabricants d'amalgames dans les sessions du Comité Intergouvernemental de Négociation sur le mercure.

Dans l'Union Européenne

En 2008, le SCENIHR publiait un rapport, rédigé par quatre dentistes et quatre experts « maison », sur la toxicité de l'amalgame. Le mercure dentaire se trouva tout à fait blanchi. Le président du groupe dirige la société Morgan & Masterson, qui fournit des services pour l'industrie des dispositifs médicaux, et dont le site présente le rapport du Scenihr comme une réussite de la firme.

Une réalité incontournable

Mais les jeux d'influence ont fini par rencontrer leurs limites avec l'extraordinaire émulation des ONG qui ont permis, ces derniers mois, l'émergence d'un florilège de rapports accablant l'amalgame.
Ainsi, malgré une tentative de détournement par le Dr Petersen, le dernier rapport de l'OMS reconnaît que des problèmes généraux de santé sont associés à l'amalgame et appelle à passer aux alternatives.
Sur le plan environnemental, il devient évident avec le rapport de BIOIS qu'il n'y a en fait aucune autre voie que l'abandon de l'amalgame pour abaisser l'exposition de la population au mercure. Le même rapport fait également valoir que les alternatives sans mercure sont disponibles et de qualité au moins équivalente aux amalgames.
Même d'un point de vue économique, l'amalgame s'avère le plus onéreux des matériaux d'obturation dès qu'on tient compte des coûts liés à la dépollution et aux conséquences sanitaires.


En France, un scandale sanitaire toujours et partout étouffé


Haute-pression sur le lanceur d'alerte

Dans les années 1990, le médecin épidémiologiste Jean-Jacques Melet met en accusation les amalgames, et constate qu'on peut soigner de nombreux troubles en évacuant les métaux traces toxiques qui encombrent le corps par des « chélations ». Le Conseil Départemental de l’Ordre des Médecins l'attaque alors pour « charlatanisme, médecine foraine, ordonnances non conformes et méthodes dangereuses non éprouvées ». Le Dr Melet est condamné à un an d’interdiction, que l'Ordre National commuera en 15 jours d'interdiction, sans justification puisque tous les chefs d’accusation auront été annulés. Cette condamnation le poursuivra, avec son cortège de calomnies et d'humiliations. Il se donnera la mort le 31 août 2005.

Le rapport du Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France (CSHPF) (1997-1998)

Le Dr Melet a cependant semé le doute. En 1996, la France se dote d’une Commission de matériovigilance. Bientôt se constitue un groupe de travail sur l’amalgame au sein du CSHPF, qui rend son avis en mai 98. Même si l'amalgame n'est pas explicitement désavoué, les recommandations d'emploi sont telles qu'on ne peut les prendre au sérieux sans renoncer à ce matériau.
L'un des experts, convaincu de la toxicité des amalgames, a expliqué pourquoi le Conseil ne s'était pas directement prononcé pour une interdiction : « A mon avis, interdire aujourd’hui, on provoquerait une hystérie nationale, et nous avons bien pris conscience de cet effet-là. »
Les recommandations ne recevront aucune publicité et ne seront pas prises en compte par les dentistes. Pire : un second rapport, commis par l'Afssaps, viendra effacer les avancées de celui-ci.

Le rapport de l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (Afssaps) (2003-2005)

Au mépris de la réglementation, l'Afssaps a commencé par ne pas n'enregistrer, pendant deux ans, la centaine de signalements d'incidents qui lui parvenaient. Finalement se met en place un groupe de travail (2003–2005), tout à fait partial et incompétent sur la problématique du mercure dentaire, qui conclura que les amalgames ne présentent pas de risques pour la santé, en dehors d’exceptionnels problèmes d’allergie.

L'art de conduire des études biaisées 

En même temps qu'il entend démontrer que l'amalgame n'est pas toxique, le rapport instaure un réseau chargé d'évaluer les éventuels effets toxiques de l'amalgame. L'inconsistance méthodologique du protocole est invraisemblable. Les analyses, qui reposent sur des marqueurs non pertinents, confèrent un faux-semblant de scientificité à une démarche strictement tautologique : si un patient impute ses troubles du comportement à des amalgames, alors soumettez-le à des tests qui indiqueront qu’il a bien des troubles du comportement à la cause desquels il impute ses amalgames. Le rapport indique ce qu’il faut conclure de ces prémisses : le cas du patient relève de la psychiatrie et non du mercure dentaire.
Ce protocole conduira à des cas de maltraitance pour lesquelles l'Afssaps dégage sa responsabilité.

L'actualisation annoncée par la Direction de l'Évaluation des Dispositifs Médicaux (DEDIM) (2011-2012)

En octobre 2011 nous avons été reçus par M. Jean-Claude Ghislain, directeur de la DEDIM. M. Ghislain annonça que, compte tenu de l'ensemble des publications nouvelles sur le sujet et de l'amélioration dans un même temps des matériaux alternatifs, il lançait une actualisation du rapport de 2005, à laquelle il promettait d'associer Non Au Mercure Dentaire et ses associations partenaires, ATC-Toxicologie et le Réseau Environnement Santé. Le rapport de 2005 a été retiré du site de l’Afssaps dans les jours suivants ; l'actualisation était promise pour début 2012. Depuis lors nous n'avons aucune nouvelle, si ce n'est une sélection bibliographique, qui nous a été donnée à commenter en février. Nous ignorons si la nouvelle ANSM ne fait réellement rien, ou si l'actualisation se déroule en secret, au mépris des associations. Il est en tout cas certain que la nouvelle position française ne repose pas sur un avis de l'Agence, ce qui explique probablement le revirement opéré.

L'irresponsabilité des politiques

Durant les précédentes législatures, la question de la toxicité des amalgames est revenue avec persistance au Parlement : elle a été posée 39 fois à l'Assemblée Nationale et 14 fois au Sénat depuis 1997 ; l'exécutif s'abritait constamment derrière les études de l'Afssaps et du Scenihr, ainsi qu'un pseudo rapport de l'OMS qui est en fait le compte rendu d'une réunion de dentistes au siège de l'OMS.
Les dernières réponses données par Mme Nora Berra ignoraient manifestement le dernier rapport (officiel quant à lui) de l'OMS et ne faisaient aucun cas ni des études scientifiques depuis 2005, ni de l'amélioration des alternatives durant cette période. L'argument fallacieux selon lequel « les rares pays qui ont restreint l'utilisation des amalgames dentaires l'ont [...] fait pour des raisons environnementales et non pas pour une supposée nocivité des amalgames sur la santé des personnes soignées » relevait d'une rupture artificielle, toute rhétorique, entre la santé et l'environnement. Il est bien évident que ce qui est toxique pour l'écosystème l'est a fortiori pour l'homme. Les plusieurs dizaines de tonnes issues chaque année des cabinets dentaires d'Europe, contaminent l'eau que nous buvons, l'air que nous respirons et, via les sols, les aliments que nous consommons. La distinction théorique santé/environnement a servi jusqu'ici d'outil aux institutions pour esquiver leurs responsabilités, selon un jeu tout à fait pervers qu'il faut expliciter.


Un matériau toxique protégé par son statut de dispositif médical


L'impact désastreux des rejets de mercure sur l'environnement fait consensus. C'est l'objet même des négociations internationales en cours. Mais auparavant déjà, l’Union Européenne s’était engagée à les limiter fortement. Ainsi, la Directive Cadre sur l'Eau (DCE) indique qu’il faut “arrêter ou supprimer progressivement les rejets, les émissions et les pertes” des “substances prioritaires”, tel le mercure. En France, l'objectif de réduction se trouve inscrit en première ligne du second Plan National santé-environnement (PNSE2).
Pourtant, sous le précédent gouvernement, quand nous demandions au ministère de l'environnement, dont les représentants siègent aux négociations européennes et internationales, quelle était sa position sur l'amalgame dentaire – seconde source d'exposition au mercure en Europe et premier contributeur de la charge corporelle en mercure – le ministère répondait que le problème n'était pas de son ressort : « les amalgames dentaires sont des dispositifs médicaux. Ces derniers sont donc couverts par le Code de la Santé Publique relevant du ministère […] de la santé. »
Ainsi, c'est bien son statut de Dispositif Médical (DM) qui permettait jusqu'ici à l'amalgame de bénéficier d'une règle d'exception.
Le constat serait moins gênant si les règles de surveillance des DM n'étaient pas notoirement insuffisantes.


Conclusions


Pour une nouvelle réglementation des matériaux dentaires

Il est inadmissible qu'à ce jour, en matière de DM, l'on se contente d’un simple marquage CE, sur la seule foi du fabricant. Conformément aux règles les plus évidentes de prévention, nous exigeons pour les matériaux dentaires avant leur commercialisation (ce qui devrait aussi être le cas pour tous les DM) :

a) L'interdiction a priori, fondée sur la bibliographie scientifique, de toute substance reconnue ou classée comme dangereuse pour la santé humaine et/ou pour l'environnement, qu'elle soit Cancérogène, Mutagène et Reprotoxique (CMR) et/ou immunotoxique et/ou perturbateur endocrinien et/ou neurotoxique et/ou persistant bioaccumulable toxique (PBT).
Rappelons que le mercure inorganique appartient à toutes ces catégories.
Cette interdiction a priori s'applique déjà aux pesticides : comment expliquer que les produits de santé, notamment ceux que l'on implante dans le corps, échappent à une précaution qui s'impose avec tant d'évidence ?

b) Pour les matériaux dentaires exempts de ces substances, il faut mettre en place une procédure d'Autorisation de Mise sur le Marché (AMM), sur le modèle des médicaments, incluant des tests de toxicité cellulaire et des études chez l'animal.
Jusqu'à présent, dans l'UE, l'amalgame ne subit que des tests de corrosion en salive artificielle, sans mélange de métaux. Cette situation très choquante nous apparaît être tout à fait anachronique.

Le Parlement Européen, alerté par le scandale des implants PIP, a d'ailleurs adopté le 14 juin dernier une résolution allant dans ce sens.

Vers une nouvelle Agence sanitaire ?

Nous observons pour notre part une continuité parfaite des pratiques entre l'Afssaps et l'ANSM : même mépris des associations, même opacité. Il n'est pas concevable que l'Agence prétende à la virginité en recourant à un simple changement de nom. Nous attendons les témoignages d'une évolution réelle.

Tirer dès aujourd'hui les conclusions de la nouvelle position française

La note des autorités françaises s’inscrit dans un double processus, Européen et International, qui fixe l’interdiction des amalgames à l’horizon 2018. Que des mesures de sensibilisation et d’incitation précèdent l’interdiction pour assurer une phase de transition acceptable par tous paraît évidemment raisonnable, de même qu’il semble pour le moins opportun d’établir l’inventaire des pratiques et d’émettre les recommandations qui, jusqu’alors, ont lourdement manqué. Pour autant, dès le moment que la toxicité du mercure dentaire pour l’environnement ainsi que pour la santé – des patients et plus encore des praticiens – est officiellement reconnue, comment admettre que l’échéance de l’interdiction soit indéfiniment retardée ?

Dès maintenant, les facultés dentaires doivent cesser d'enseigner les obturations à l'amalgame ; ce temps d'apprentissage doit être consacré aux matériaux alternatifs (résines et ciments verres ionomères) ainsi qu'aux précautions nécessaires pour tout travail sur amalgame.
La liberté de choisir doit être enfin donnée aux patients par un affichage rendu obligatoire dans les cabinets des recommandations relatives aux amalgames et une explicitation des différents types de matériaux existants.
Cependant il serait injuste que les dentistes accusent à cette occasion un manque à gagner. Un meilleur remboursement des actes prophylactiques et une remise à niveau de la nomenclature des obturations sont nécessaires.

Enfin, il est nécessaire de former au plus tôt les médecins à diagnostiquer et traiter l'intoxication chronique au mercure, pour en finir avec une errance médicale insupportable pour les victimes et coûteuse pour la société.



DISCOURS DE L’ALLIANCE MONDIALE POUR UNE DENTISTERIE SANS MERCURE – 28 juin 2012

 

Merci Mr le Président,
Merci au bureau de la convention de l’INC4
Merci à tous les délégués, recevez nos cordiales salutations.
Grand merci à l’Uruguay qui nous reçoit ici pour le CNI4.

Je suis le Dr KOUAKOU KOUADIO FLORENT de la faculté de chirurgie dentaire d’Abidjan Côte d’Ivoire, membre de l’Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure. Je participe à la campagne africaine pour une dentisterie sans mercure. Je suis dentiste et enseigne la dentisterie et suis formellement opposé à l’usage du mercure dans la dentisterie.

L’Afrique rejette le mercure dentaire comme le stipule la résolution adoptée lors de notre récente rencontre à Pretoria en vue de préparer l’INC 4 en Uruguay. Concernant l’amalgame, il est utilisé depuis le début du 19è siècle. Il contient du mercure liquide dont la toxicité est connue et redoutable. C’est un neurotoxique, reprotoxique, immunotoxique et un génotoxique.

Durant la vie, le mercure s’accumule dans l’organisme car étant un toxique bioaccumulable. Rejeté dans l’environnement, il s’accumule aussi. C’est un polluant persistant qui se concentre tout au long des chaînes alimentaires aquatiques sous formes de Méthylmercure contaminant les poissons carnassiers.

L’amalgame représente la première source d’exposition au mercure (50% de mercure liquide). Libéré, le mercure s’accumule graduellement dans le cerveau et les reins. Il traverse la barrière placentaire et imprègne les organes du fœtus, puis du nourrisson. Il contamine le lait maternel. Les porteurs de nombreux amalgames ont même dix fois plus de mercure dans le cerveau que ceux qui en portent peu. Aujourd’hui, de nombreuses études font le lien entre amalgames et maladies chroniques (neurodégénératives et maladies auto-immunes).

Des alternatives existent cependant : l’ART via les Ciments Verres Ionomères expérimentés dans de nombreux pays en voie de développement. On peut citer aussi, les compomères, les composites postérieurs, les inlays et les onlays céramiques.

Que dire des positions ?

Nous disons merci à la France pour sa dernière position concernant le mercure dentaire, nous félicitons l’Europe pour son rapport incluant une suppression de l’amalgame dentaire en 2018. Nous encourageons les pays qui utilisent peu d’amalgames en l’occurrence la Russie, le Japon, le Viet Nam à se joindre à nous pour obtenir une suppression totale de l’amalgame. Nous sommes en faveur d’une suppression totale de l’amalgame dentaire dans le monde entier et les Etats insulaires. Pour finir, notre position en Afrique est claire : nous n’acceptons pas l’amalgame dentaire en dépit de notre relative pauvreté. Pensons toujours aux générations futures et à l’impact environnemental.

Je vous remercie.


Punta del este le 27 juin 2012.






LA FRANCE RENONCE ENFIN AUX AMALGAMES ! – Article du 28 juin 2012

 





C’est une victoire majeure pour la santé publique et l’environnement, et une avancée décisive pour l’association Non Au Mercure Dentaire et pour l'Alliance Mondiale pour une dentisterie sans mercure.



Revirement total


La position française était très attendue, dans le cadre de la révision de la stratégie communautaire sur le mercure menée par la Commission européenne (CE). Le rapport d’expertise BIOIS avait dévoilé fin mars que la France est de très loin le 1er Etat consommateur de mercure dentaire du continent, avec 17 tonnes annuelles (voir notre précédent article).

Ainsi la population Française est-elle considérablement plus imprégnée que ses voisins ; mais c’est aussi notre environnement que nous avons durablement pollué (le mercure est un toxique persistant et bioaccumulable), et nos enfants qui sont contaminés in utero, puis par le lait maternel.

Lors d’une précédente consultation, en 2010, la France avait été le seul pays d’Europe à s’opposer officiellement à l’arrêt de l’usage de l’amalgame (lire la contribution des autorités françaises).

Le 22 juin dernier, coup de théâtre : on peut lire sur le site de la CE que « Compte tenu des préoccupations environnementales et des questions émergentes relatives aux conséquences de la multi-exposition et aux effets des faibles doses, et tenant compte des nouvelles données disponibles sur le marché, les autorités françaises ne s'opposent pas à une suppression des amalgames au mercure dans le traitement de la maladie carieuse. » (lire l’intégralité de la nouvelle position française)


Vers un monde sans mercure


Par cette volte-face, la France rejoint enfin les pays éclairés qui ont déjà tourné le dos aux plombages au mercure (Norvège, Danemark, Suède), ou qui, comme l'Italie, n’en utilisent quasi plus.
Elle s’arrache ainsi à une situation d’isolement grandissant, et débloque la machine mondiale que sa résistance enrayait.
La quatrième session du Comité Intergouvernemental de Négociation (INC4) vient en effet de s’engager, ce mercredi 27 juin, à Punta del Este (Uruguay). Ces négociations visent l’élaboration d’un instrument juridiquement contraignant sur le mercure à l’échelle mondiale, la Convention de Minamata, attendue pour 2013.
Lors de la précédente session (l'INC3 s’est tenu à Nairobi, au Kenya, en novembre 2011), la région Afrique réclamait la fin de l’usage du mercure dentaire. Elle était suivie par la région Asie-Pacifique, le Grolac (Amérique latine), les Etats-Unis et l’Australie. L’Union Européenne, quant à elle, n’avait pas pris position, à cause manifestement des réticences hexagonales.
Par effet de cascade, les répercussions de la nouvelle position française vont donc probablement signer la fin du mercure dentaire dans le monde.


L’Afssaps désavouée


En principe, l’avis de la France sur les amalgames dentaires devrait s’appuyer sur l’expertise de l’agence sanitaire responsable des Dispositifs Médicaux, à savoir l’Afssaps, rebaptisée ANSM en mai dernier.
De fait, l’agence semble avoir été soigneusement écartée du processus de décision.
La France fonde sa nouvelle position non seulement sur la prise en compte des conséquences environnementales du mercure ; elle invoque tout autant les « conséquences de la multi-exposition et [des] effets des faibles doses » sur la santé, ce qui constitue un camouflet cinglant pour l’Afssaps-ANSM qui, dans son rapport officiel de 2005, affirmait contre l'évidence scientifique qu’en deçà de « 530 amalgames » il ne pouvait y avoir le moindre risque pour la santé.
Il faut rappeler que l’agence cumule les défaillances dans le dossier des amalgames : signalements d’incidents non enregistrés pendant deux ans, partialité flagrante de l’expertise, conflits d’intérêts des experts, opacité du fonctionnement, mépris des associations…
A cette heure, elle devrait avoir rendu publique une actualisation du rapport de 2005 annoncée pour "début 2012" ; or il s’avère impossible, même pour Non Au Mercure Dentaire qui était censée être partie prenante dans cette nouvelle étude, d’obtenir la moindre information sur cette actualisation.


Une incroyable complaisance


L’expert-maison de l’agence en matériaux dentaires, le très médiatique Michel Goldberg, a eu des liens d’intérêts déclarés avec un fabricant d’amalgames et a occupé des fonctions importantes au sein de la Fédération Dentaire Internationale (FDI). Cet odontologiste, coutumier des écarts de langage et peu tenu à la prudence et à l'objectivité qui incombent pourtant à sa position, prophétisait en décembre dernier dans le Chirurgien Dentiste de France : « Quand, grâce à ces groupes mono-obsédés par les méfaits du mercure, les patients ne pourront recevoir que des ersatz éphémères, nous en arriverons au règne de l'obscurantisme et à la régression vers un Moyen Âge. »
Il apparaît que l’agence, détournée de sa mission de santé publique, a été le porte-voix des autorités dentaires et au-delà de la FDI, financée par les fabricants. [2] Elle a procédé à une mise à l’écart scandaleuse des connaissances scientifiques. Le rapport suédois sur les amalgames, conduit par une équipe réellement compétente sur cette problématique avec à sa tête le plus grand expert sur le mercure inorganique, Maths Berlin, concluait dès 2003 que « pour des raisons médicales, l’amalgame devrait être supprimé des soins dentaires dès que possible. » Il allait jusqu’à affirmer : « tout médecin, tout dentiste devrait, devant des patients souffrant de pathologies à étiologie douteuse ou de maladie auto-immune, se demander si le mercure qui s’échappe des amalgames a pu contribuer à leurs symptômes. »
La faillite de l’Afssaps inflige ainsi presque dix ans de retard aux patients et aux praticiens français, quand tous les éléments scientifiques étaient à disposition.


Un long combat


C’est donc l’association Non Au Mercure Dentaire qui accomplit depuis quinze ans le travail d’alerte, de surveillance des marchés et de veille sanitaire qui relève en théorie de l’Agence sanitaire.
A cette heure où notre ténacité trouve sa récompense, nous tenons à rendre hommage au Dr Jean-Jacques Melet qui, le premier en France, a tiré la sonnette d’alarme, au péril de sa réputation et en dépit des nombreuses souffrances morales infligées par l’Ordre des médecins et par une Afssaps qui a trahi entre 2003 et 2005 les promesses de coopération qu’elle avait données.
La disparition tragique du Dr Melet durant l’été 2005 nous laisse encore en deuil ; mais c’est à lui que revient d’abord cette victoire posthume.

Quant à l’avenir, il faudra désormais s’assurer ce que le calendrier tirant les conséquences de cette nouvelle position soit établi au plus tôt.
Nous exercerons donc la plus grande vigilance pour que l’interdiction ne soit pas renvoyée sine die par les manœuvres des fédérations dentaires ; pour que le consentement éclairé des patients en matière de travaux dentaires s’inscrive sans délai dans les faits ; pour que la santé des patients (dentistes et assistantes) soit garantie lors de tout soin dentaire, notamment lors des travaux sur amalgames ; pour que les facultés dentaires cessent immédiatement d'enseigner et pour que le mépris, la psychiatrisation, l’errance et l’exil médicaux ne soient plus les réponses du système de soins de demain devant les pathologies émergentes.


Remerciements


Mais pour l'heure, nous tenons à féliciter tous ceux qui ont permis cette avancée considérable.
En particulier, nous ne serions jamais parvenus à ce résultat sans Charlie Brown et l’Alliance mondiale pour une dentisterie sans mercure, qu’il préside et anime avec un enthousiasme visionnaire.
Notre gratitude va également au Réseau Environnement Santé et à son porte-parole, André Cicolella, qui nous ont offert depuis quelques mois une audience médiatique sans précédent.
Les appuis de Jean Huss et de Michèle Rivasi, qui ont relayé nos revendications dans toute l’Europe, ont été de puissants détonateurs.
Nous saluons enfin et surtout les nouveaux ministères de la Santé et de l’Environnement, qui signent un geste d’intelligence remarquable, en nette rupture avec les dérobades auxquelles nous étions accoutumés. Au sein du ministère de l’environnement, merci notamment à M. Ralid Ajabboune, qui représente la France lors des négociations Européennes et Internationales sur le mercure. Investi du dossier des amalgames dentaires il y a quelques mois seulement, il a fait preuve à notre égard d’une rare cordialité ainsi que d’une qualité d’écoute remarquable. Son action a été décisive pour notre dossier.


 


[1] Le rapport est consultable à partir de cette page. Il faut cliquer sur le quatrième point, « Draft Report ».
On trouvera, parmi d’autres, la contribution de la France dont nous faisons ici état en cliquant sur le dernier point, « Stakeholders’comments ».

[2] Ulf Bengtsson a montré que, sans prendre la peine de dissimuler leur stratégie, les fabricants d’amalgames ont utilisé dans le monde entier les fédérations dentaires comme courroie de transmission, au sein des instances dirigeantes, pour freiner l’éventualité d’une interdiction des amalgames. L’Afssaps est fautive de n’avoir opposé aucune résistance à cette stratégie du lobby des amalgames.