A Berlin, les ONG appellent
à une interdiction totale
des amalgames dentaires
en Europe d'ici 2022


=> actualités


Les Catégories


Dossiers récents


<< afficher tous les articles

14-11-2016

ARCHIVES POUR L'ANNEE 2015

 


Communiqué de presse (07 mai 2015) - Les citoyens d’Europe ont voté : 85 % veulent la suppression des amalgames dentaires

 


















L’Alliance pour une dentisterie mondiale sans mercure et l’eurodéputée Michèle Rivasi (Les Verts/ALE), avec le soutien du Bureau Environnemental Européen (BEE), ont organisé une conférence de presse jeudi 7 mai pour faire connaître les résultats de la consultation organisée par Commission européenne sur la mise en œuvre de la Convention de Minamata sur le mercure . Le résultat montre que les Européens ne veulent pas d’une application a minima : 85 % des citoyens souhaitent qu’on en finisse au plus vite avec l’usage du mercure en dentisterie.

L’eurodéputée Michèle Rivasi a déclaré : « Les citoyens ont exprimé une demande massive pour que soit éliminé l'amalgame. Les institutions ne peuvent pas écarter un appel aussi pressant : la Commission européenne doit maintenant tout mettre en œuvre pour que l’amalgame dentaire soit écarté au plus vite du marché, conformément à la volonté des peuples. »

« Dans tous les États membres, observe Elena Lymberidi-Settimo du BEE, l'écrasante majorité des citoyens se sont prononcés pour que l'UE mène le monde vers la réduction de l'exposition au mercure. Cela signifie qu’il ratifier la Convention de Minamata au plus tôt, mais aussi faire mieux et plus vite que ce que la Convention n’exige. »

Le Porte Parole de l'Alliance pour une dentisterie mondiale sans mercure en Allemagne, Florian Schulze, commente : « L'amalgame dentaire est susceptible de devenir la principale utilisation du mercure dans l'UE. Mais si l’on interdit l’amalgame, ce sont 75 t/an de mercure qui seront éliminés de la circulation sur notre continent. L'abandon du mercure en dentisterie est désormais inévitable. Retarder sa suppression, c’est contaminer inutilement notre 'environnement. »

La spécialiste en santé publique Marie Grosman précise : « Le mercure est extrêmement toxique et il est très volatil. Il est aussi biopersistant. Or l’amalgame dentaire constitue la première source d’imprégnation des Européens. L’amalgame est donc dangereux à la fois pour l’environnement, pour le patient qui porte des amalgames, pour les professionnels de la dentisterie qui les manipulent, pour les enfants exposés in utero... »

« Non seulement l’amalgame est toxique, ajoute le dentiste Bobbie Beckmann, qui a banni le mercure de son arsenal depuis 35 ans ; mais il est désormais complètement dépassé. L’amalgame endommage la dent, il est inesthétique, il occasionne des troubles fonctionnels... Les matériaux plus récents n’offrent que des avantages ! » « C’est bien pour cela que la Suède a embrassé la dentisterie sans mercure ! », renchérit son confrère Christer Malmström, qui souligne aussi ce fait notable : « Depuis la disparition de l’amalgame, les dépenses en soins dentaires sont restées inchangées dans notre pays.


Notes pour les rédactions :

Le résultat spectaculaire de ce vote vient parachever un cycle d’événements convergents dans l’Union européenne :
  • en 2003, le rapport officiel Suédois Dental materials and health concluait que, « pour des raisons médicales, l’amalgame devrait être supprimé des soins dentaires dès que possible » ;
  • en 2009, la Suède interdisait donc l’amalgame et invitait les autres pays européens à suivre son exemple ;
  • en 2011, le Conseil de l’Europe adoptait à l’unanimité une résolution invitant à « la restriction, voire l’interdiction, des amalgames comme matériaux d’obturation dentaire » ;
  • en 2012, un rapport commandité par la Commission européenne recommandait un renforcement de la législation sur les déchets de mercure issus des cabinets dentaires et une interdiction des amalgames à l’horizon 2018 ;
  • en 2013, l’Europe signait la Convention de Minamata sur le mercure, et s’engageait par suite à réduire l’exposition au mercure des Européens.


RETROUVEZ NOTRE DOSSIER DE PRESSE ICI.




Colloque "les maladies environnementales et l'environnement" – Une annonce du 22 avril 2015

 



Vous trouverez ici le programme de ce colloque co-organisé par Non Au Mercure Dentaire.




Face aux liaisons dangereuses entre experts et entreprises pharmaceutiques, Les parlementaires pourront-ils influer sur la loi de santé ? – Un article du 03 avril 2015

 














Le 10 février, quelque 5 ans après le scandale PIP, l’Agence du médicament et des produits de santé (ANSM) coupait les vivres à une équipe de chercheurs étudiant l’impact sanitaire des implants mammaires. Le 17 mars, Le Parisien nous apprenait que ces implants seraient à l’origine d’un nouveau cancer.

Plus récemment, une enquête de Mediapart révèle un système de collusion parfaitement huilé entre l’industrie pharmaceutique et certains experts auprès des agences sanitaires françaises censément indépendantes (ANSM et Haute Autorité de Santé -HAS). Le lendemain, la ministre de la santé demande à l'ANSM et à la HAS de « mettre en œuvre tout ce qui est en leur pouvoir pour faire la lumière sur ces affirmations ». Les deux agences ont alors transmis au Procureur de la République« les faits dénoncés » par Mediapart.

Loin de constituer des actes isolés, ces événements révèlent des dysfonctionnements majeurs de notre système sanitaire, induits par un contexte de corruption généralisée abondamment décrit dans le documentaire de Romain ICARD Médicaments sous influence ou encore dans le livre de John VIRAPEN, ancien PDG d’une grande entreprise pharmaceutique, Médicaments effets secondaires : la mort [1].

Ces collusions entre experts et industrie ont des conséquences graves :
  • des vies sont directement brisées par la présence, dans des produits de santé, de substances délétères dont l’usage pourrait être évité [2] ;
  • des décisions sont prises par les autorités sanitaires ou politiques sur la base de données falsifiées (exemple de la disparition des vaccins sans aluminium), ou sous la pression de l’industrie (vaccination de tous les adolescents contre l’hépatite b en 1994 et aujourd’hui contre les HPV, y compris en se passant de l'autorisation des parents);
  • une défiance généralisée s’installe à l’égard du système de santé, qui compromet l’efficacité des campagnes de prévention dans leur ensemble ;
  • les comptes sociaux sont grevés à la fois par le coût de médicaments inutiles, et par le coût des effets indésirables aisément évitables.


Sur la question des vaccins ou du mercure dentaire, nous n’avons eu de cesse, depuis des années, de dénoncer l’inertie des pouvoirs publics et les nombreux conflits d’intérêts dont nous avions connaissance. Nous avons beaucoup espéré du renouvellement de l’Agence du médicament suite à l’affaire du Mediator, mais nous avons dû nous rendre à l’évidence : les dysfonctionnements antérieurs se poursuivent.
Une enquête judiciaire est donc bel et bien nécessaire sur les faits de corruption rapportés par Médiapart, sans doute aussi une commission d’enquête parlementaire.

Mais ni cela ni les déclarations de bonnes intentions ne peuvent suffire : nous attendons une réponse politique structurée qui placera la démocratie au sein du système de santé.

Nos associations défendent plusieurs mesures en ce sens :
  • Les associations citoyennes (associations de malades ou associations ayant développé une expertise spécifique) doivent être systématiquement associées à l'élaboration des expertises sanitaires ;
  • Tout expert en santé publique, dès lors qu’il travaille au sein d’une instance sanitaire ou qu’il s’exprime publiquement, est dans l’obligation de fournir l’intégralité de ses liens d’intérêts, qu’ils soient directs ou indirects, passés ou actuels, avec des industriels ou prestataires de services ;
  • Un collège d’experts entièrement indépendants des laboratoires pharmaceutiques doit être créé. Il devra notamment analyser les données fournies par les laboratoires, en effectuant en cas de besoin des contre-expertises avant la mise sur le marché. Il sera saisi de toute alerte sanitaire sur un produit de santé.
  • L’action de groupe doit intégrer les préjudices sanitaires liés à notre environnement (pollution chimique ou électromagnétique). Elle doit aussi s'étendre aux procédures pénales.


 


[1] John Virapen, Médicaments effets secondaires : la mort, éditions du Cherche-Midi, 2014.

[2] Mercure dans les amalgames dentaires, aluminium dans les vaccins.



L’argumentaire de M. Couzinou pour faire reluire l’amalgame dentaire – Un article du 25 février 2015

 


Le Président de l’Ordre National des Chirurgiens Dentistes (ONCD), M. Christian Couzinou, rêve de redorer le blason de sa profession : c’est ainsi, explique-t-il, afin d’améliorer la « communication externe » de son Ordre, qu’il a relevé le taux des cotisations ordinales [1].

Quelques-uns des dentistes de notre connaissance rient jaune.

Surtout après avoir vu, lu et entendu les brillantes interventions de M. Couzinou in :
  • Le documentaire de Sophie Bonnet Alerte au mercure, diffusé une première fois le dimanche 1er février sur France 5 [2].
  • Le débat qui l’a opposé à notre conseillère scientifique Marie Grosman sur France Inter, dans l’émission Service Public du 05 février [3].
  • Une lettre ouverte qu’il a envoyée au directeur de France 5 le 05 février pour s’insurger contre la « sous-catégorie du journalisme d’investigation » à laquelle il accuse Sophie Bonnet de se livrer [4].

On ne sait trop si le Président de l’ONCD boit plutôt...
  • a) la tasse, emporté par une vague médiatique sur le mercure dentaire qu’il est bien contraint d’affronter, mais pour laquelle il n’était manifestement guère préparé ;
  • b) la potion amère (car on le sent aigri aux entournures) ;
  • c) des substances peu avouables, si l’on en croit les relents éthyliques de son argumentaire, droit sortis du café du commerce.

Nous avons regroupé ci-dessous l’essentiel de son argumentation pour lui donner réponse... Attention, c’est du très haut vol ! Âmes sensibles s’abstenir !


Premier argument : « Moi, personnellement, j’ai une dizaine d’amalgames en bouche, depuis l’âge d’une dizaine d’années, et vous voyez j’ai 71 ans, j’ai manipulé de l’amalgame toute ma vie, puisque ça fait 46 ans que j’exerce, et crois que je suis quand même en bonne santé. » (Alerte au mercure)


Voilà qui rappelle fort les meilleures heures de l’industrie du tabac : « Voyez untel, qui fume le cigare depuis sa tendre enfance et qui n’en a pas moins atteint un âge canonique ! Voilà bel et bien la preuve que le tabac est inoffensif ! »

Certes, nous ne réagissons pas tous de la même manière face aux substances toxiques... c’est en fait une telle évidence qu’on éprouve quelque gêne à le rappeler à M. Couzinou. Que lui dire, sinon que nous sommes bien contents pour lui ! Mais que ça ne doit pas l’empêcher de voir plus loin que le bout de son nez...



Second argument : « Je sais pas si vous êtes allé en Norvège... alors c’est un pays de 5 millions d’habitants... c’est un pays d’une propreté au top... c’est un pays classé premier en indice de développement humain... [...] Les Norvégiens ils ont une hygiène impeccable. » (Service Public) C’est donc pour cette raison qu’on aurait pu se permettre d’interdire l’amalgame en Norvège. En revanche, « si vous interdisez l’amalgame en France, dans les zones sub-urbaines, où les gosses boivent du coca-cola, mâchent du chewing-gum, ne se lavent pas les dents, ça va être une catastrophe sanitaire ! » (Alerte au Mercure)


Tout en jouant les baroudeurs, M. Couzinou déballe une série de clichés (« Ah, si vous voyiez comme c’est petit, mignon, propret, la Norvège ! ») dont il conclut que les Norvégiens ont les dents plus propres que les Français – ces « gros dégueulasses », comme dirait Michel Goldberg [5].

Marie Grosman lui a pourtant rétorqué, document à l’appui : « Le nombre de caries par Norvégien, ce sont les chiffres de l’OMS, en 2000, c’était plus de 20, alors que les Français c’était 14 [6]. » Mais M. Couzinou, plutôt que de laisser passer, a préféré s’enliser en confessant : « Moi votre indice, je n’en ai jamais entendu parler. » Ainsi, il ignorait que l’indice CAO (nombre moyen de dents Cariées, Absentes ou Obturées) ne se mesurait pas seulement chez les enfants de 12 ans, mais aussi chez l’adulte. Compte tenu de la fonction qu’il occupe, l’aveu est un tantinet inquiétant.



Troisième argument : « Un chirurgien dentiste homme, l’espérance de vie : 81 ans. Un chirurgien-dentiste femme, espérance de vie : 85 ans. Donc au-dessus de la moyenne française de l’espérance de vie. » (Service Public)


En fait, l’ignorance du Dr Couzinou en matière de santé publique est telle qu’il donne des arguments à ses adversaires quand il croit les contrer.
Un peu de recul est ici nécessaire. Les inégalités de santé des Français sont considérables, si bien qu’à 35 ans, un homme a en moyenne encore 42,8 années à vivre... mais ce sera 40,9 années s’il s’agit d’un ouvrier, contre 47,2 années si c’est un cadre [7] ! En effet, l’ouvrier est régulièrement exposé à de très nombreux facteurs de risques : travaux pénibles et usants, exposition à de multiples cancérogènes, alimentation moins favorable, etc.
L’espérance de vie des dentistes est bien sûr à comparer avec celle des cadres. Selon les chiffres de l’Insee (espérance de vie à 35 ans), un cadre vivra donc en moyenne (35 + 47,2 =) 82,2 ans si c’est un homme, et 86,7 ans s’il s’agit d’une femme. Si l’on regarde maintenant les chiffres que nous donne M. Couzinou (81 ans d’espérance de vie pour un dentiste homme et 85 ans pour une dentiste femme), on doit constater que l’espérance de vie des dentistes est significativement inférieure à celle des autres cadres. Comment l’expliquer ?



Quatrième argument : « Dans les deux journaux scientifiques mondiaux qui sont le Lancet et Science, on n’a jamais vu une étude qui prouvait que les amalgames étaient dangereux. » Et d’insister : les autres journaux, « ils sont pas reconnus parce que la méthodologie est biaisée. » (Service Public)


Cette assertion ressemble fort à une boutade, quelques semaines après la publication par Science d’un article divagant sur le thème « les cancers, c’est la faute à pas de chance », qui a fait bondir à peu près toute la communauté scientifique... en raison précisément des biais méthodologiques majeurs qui l’entachaient [8].

Mais efforçons-nous de prendre un instant au sérieux les arguments de M. Couzinou : il n’existerait donc dans le monde que deux journaux dont les publications scientifiques seraient fiables. Soit. Nous avons donc cherché, dans la bibliographie des différentes expertises françaises et européennes, les références à des articles sur les amalgames issus de ces revues. Dans le rapport de l’Afssaps (2005), on n’en trouve qu’un seul [9]... dont l’Agence estime qu’il présente un « niveau de preuve inférieur » ! Quant aux autres expertises (Scenihr 2008, ANSM 2014, Scenihr 2014), elles ne font référence à aucun article publié dans Science ou The Lancet. On n’aurait donc aucun moyen d’évaluer le mercure dentaire ? On se demande alors pourquoi les experts se donnent la peine d’expertiser!

En réalité, il y a bien d’autres revues internationales à comités de lectures, et tout ce qui s’y écrit n’est pas nécessairement « biaisé ».

La question bibliographique relève en fait d’un point central de méthodologie. Le camp pro-amalgames explique qu’on doit se limiter à considérer les études épidémiologiques montrant une relation entre amalgame et pathologies. A l’inverse, nous affirmons que les travaux épidémiologiques sont insuffisants, et qu’en revanche on dispose de données toxicologiques et toxicocinétiques extrêmement claires, démontrant que les amalgames relarguent du mercure continuellement et dénonçant les dangers du mercure même à très faibles doses. Nous demandons donc que les Autorités sanitaires cessent d’écarter ces publications aux résultats indiscutables.



Cinquième argument : Dans le documentaire Alerte au Mercure, « nous avons eu classiquement droit à une démonstration reposant sur deux patients présentés comme ayant une intolérance à l’amalgame d’argent ». (Lettre au Directeur de France 5)


On est une nouvelle fois tenté de sourire, quand on compare la nature de cet argument à celle de l’argument n°1 : M. Couzinou serait représentatif de ce que l’amalgame n’est pas dangereux... en revanche, les patients présentés sur France 5 n’auraient de valeur aucune pour illustrer les risques liés aux amalgames.

Plus gravement, il est saisissant de constater que M. Couzinou confond intoxication et intolérance : les patients présentés dans le documentaire étaient intoxiqués, c’est-à-dire qu’ils étaient imprégnés en mercure de telle sorte que leur organisme ne pouvait plus réagir correctement, et qu’ils manifestaient des symptômes en conséquence. Enlèverait-on leurs amalgames, ils n’en seraient pas soignés pour autant puisque le mercure continuerait d’être piégé dans leur organisme.

C’est, bien sûr, autre chose que l’intolérance à un matériau – situation dans laquelle il suffit de retirer l’amalgame pour que l’état de santé du patient se normalise.



Sixième argument : « Je vous signale qu’il y a la matériovigilance – qu’on doit déclarer quand un patient a un problème pour un amalgame. J’ai les chiffres ! Les derniers chiffres, ils sont de 2008, Madame, il y a eu 51 déclarations en 2008... Alors 51 déclarations sur le millier ou le million d’amalgames posés chaque année... » (Service Public)


De l’incapacité à distinguer entre intoxication et intolérance découle ce nouvel argument. Dans l’esprit de M. Couzinou, semble-t-il, si quelqu’un réagit à un amalgame, cela se voit vite et bien, on le signale, et tout est en ordre.

Dans les faits, l’intoxication est un processus qui prend souvent plusieurs années ; presque aucun médecin en France n’est capable de l’identifier ; de même presque aucun dentiste ne fera de signalement d’effet indésirable – dans la mesure où il a été endoctriné pour croire qu’une relation entre amalgame et pathologie est tout simplement impossible, sinon dans le cas de lésions locales.
Quant aux patients, très rares s’engagent dans une démarche de matériovigilance factice, dans la mesure où l’Agence a choisi de ne jamais prendre en considération les déclarations d’incidents très documentées fournies par le Dr Melet.



Septième argument : « Le problème, c’est que les produits de substitution, pour le moment il n’y a pas de recul. [...] Le problème des composites, c’est qu’il y a du bisphénol A dedans, et les verres ionomères, il y a de la résine dedans. Et au point de vue dureté, ça dure 4-5 ans... Un amalgame, ça dure 25 ans. » (Service Public)


Allez expliquer « qu’il n’y a pas de recul » aux Norvégiens, aux Suédois, aux Danois et aux centaines de dentistes français qui se dispensent d’amalgames, parfois depuis des décennies !

En outre, contrairement à ce que prétend M. Couzinou, il existe bel et bien des composites sans Bisphénol A et des Ciments Verres Ionomères sans résine. Son attachement à l’amalgame viendrait-il de sa méconnaissance des matériaux alternatifs ?

Quant à l’argument moult fois répété de la moindre longévité des alternatives par rapport à celle des amalgames, c’est une nouvelle occasion de nier les données de la science, au prétexte que M. Couzinou serait « clinicien » – comme si ses confrères qui se dispensent de l’amalgame, eux, ne l’étaient pas [10].



Huitième argument : « Le Conseil de l’Ordre est là pour appliquer la loi. Si un jour l’Etat Français dit : ‘on supprime les amalgames’, on supprimera les amalgames. » (Service Public)


M. Couzinou souhaite ici donner à penser qu’il n’aurait pas de parti pris.

On ne manque pas de s’en étonner, quand on considère que :

  • 1) 5 articles pro-amalgames ont paru dans la Lettre de l’Ordre depuis décembre 2011 (pour s’en tenir à une période récente), avec 3 éditos signés de sa main, une lettre implorant la ministre de la Santé Marisol Touraine d’épargner les amalgames dentaires en septembre 2012 et un article de soulagement, dont la rédaction a été laissée au soin de Michel Goldberg – un bel exemple, là encore, de neutralité – quand le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement n’a pas jugé bon d’interdire l’amalgame au niveau mondial.
  • 2) L’ONCD a fait tout ce qu’il a pu pour dissimuler le courrier de la Direction Générale de la Santé lui demandant d’informer tous les praticiens qu’ils doivent réserver les amalgames « aux situations jugées sans alternative » [11].




Neuvième argument : « Ce qu’on comprend pas, c’est la théorie du complot. [...] Le complot c’est de dire que la Commission européenne, l’Etat français et les chirurgiens-dentistes, ils veulent à tout prix utiliser les amalgames pour finalement empoisonner les Français. C’est quand même un petit peu gros de dire les choses comme ça ! » (Service Public)


Effectivement, cela paraît un peu gros, énoncé de la sorte... et c’est bien pourquoi personne ne dit cela, sinon M. Couzinou.

Nous ne prétendons pas que quiconque ait eu l’intention d’empoisonner les Français. Nous soutenons en revanche que les marchands d’amalgames avaient un intérêt objectif à vendre leur produit ; que des millions de personnes ont été, à divers degrés, intoxiqués ; que ni les fabricants, ni les Autorités sanitaires, ni les dentistes ne souhaitent assumer la responsabilité morale, juridique et financière de cet empoisonnement général ; qu’il y a donc manifestement des intérêts convergents entre ces trois pôles ; enfin que des pratiques collusives retardent l’émergence de la vérité.

Nier l’existence de telles pratiques, les mettre sur le compte de la « théorie du complot », c’est tout simplement absurde. L’ONCD n’a-t-il jamais entendu parler de l’amiante ou du Mediator ?

Il suffit pourtant de regarder un article paru dans l’Information dentaire [I]sic[/I] en février 2015, dans un dossier sur l’amalgame dentaire, intitulé « Réflexions du Pr Jean-Pierre Goullé ». Première remarque : il est difficile de supposer que ce dossier relèverait d’un hasard du calendrier. Il a évidemment vocation à répondre à la fois aux recommandations de l’ANSM, qui souhaite une diminution importante de l’utilisation des amalgames, et au bruit médiatique auquel les instances dentaires pouvaient s’attendre avec l’annonce du documentaire de Sophie Bonnet.

Seconde remarque : l’auteur de l’article de précise pas qu’il a participé au rapport de l’Afssaps (2005) sur les amalgames.

Troisième remarque : comme dans le rapport de l’Afssaps, M. Goullé prétend qu’il faudrait « 530 surfaces d’amalgame » en bouche pour qu’on puisse objectiver un effet biologique chez le patient. Il s’appuie là sur un papier qu’il présente comme émanant de l’OMS... alors qu’il s’agit d’une émanation de treize plaisantins pro-amalgames qui se sont réunis au siège de l’OMS pour donner un peu de crédit à leurs divagations [12]. On pourra s’étonner que M. Goullé oublie en revanche, une fois de plus, de citer les vrais documents de l’OMS, en particulier le rapport officiel sur le mercure inorganique.

Voilà un exemple précis et concret de la manière dont se construit la désinformation. Et ce n’est pas accuser qui que ce soit de « complot » que de demander : pourquoi les revues dentaires n’organisent-elles pas la confrontation des points de vues ? Pourquoi font-elles comme si il y avait d’une part une communauté scientifique unanime sur la non-toxicité et d’autre part des agitateurs brandissant des arguments sans fondements ? Pourquoi oublie-t-on systématiquement que les plus grands experts internationaux sur le mercure ont réalisé le rapport officiel suédois de 2003, qui conclut que « pour des raisons médicales, l’amalgame devrait être supprimé des soins dentaires dès que possible » ?



Dixième argument : Si M. Couzinou disculpe les organisations dentaires de toute intention souterraine et de tout parti pris, il en va autrement de Mme Sophie Bonnet, qui aurait dû « donner la parole à la communauté scientifique internationale et, pourquoi pas, à l’ANSM ». Il l’accuse surtout d’utiliser les « rares » cas d’« intolérance à l’amalgame d’argent » « comme un effet de loupe pour effrayer des millions de patients ». (Lettre au Directeur de France 5)


Plusieurs éléments de réponses.

D’abord il faut noter que M. Couzinou ne craint pas de dire des « choses un peu grosses », qui ressemblent à s’y tromper à un « complot », quand il accuse la journaliste de se saisir de détails dans la seule intention de créer un vent de panique.

Ensuite, il n’a pas très bien compris en quoi consiste le journalisme, s’il imagine que cela consiste à reproduire les avis officiels. Du reste, il faut le rappeler, l’ANSM a été sollicitée et c’est elle qui n’a pas tenu à répondre.

En réalité, si la démocratie sanitaire existait à l’intérieur des institutions, les journalistes ne seraient pas contraints de l’organiser dans l’espace médiatique, en allant chercher la parole qui est niée par les instances officielles.

Enfin, ce n’est pas notre faute si une majorité de médias penchent spontanément du côté de la thèse que nous défendons. A partir du moment où les gens sont informés de ce que les amalgames sont composés pour moitié de ce mercure ; de ce que le mercure migre progressivement dans l’organisme ; de l’ensemble des effets toxiques du mercure... il est bien évident qu’ils ne veulent plus de ça dans leur bouche !


De fait, il faut un endoctrinement sévère pour se convaincre de l’innocuité d’un tel matériau.

 


NOTES

[1] La Lettre de l'Ordre n°135, p. 20.

[2] https://www.youtube.com/watch?v=-JymjoAKxeQ

[3] https://www.youtube.com/watch?v=YOtVWzEpcNY

[4] http://www.ordre-chirurgiens-dentistes.fr/actualites/annee-en-cours/actualites.html?tx_ttnews%5Btt_news%5D=524&cHash=84dd8ef28e89892434a17f204ad56b02

[5] http://www.non-au-mercure-dentaire.org/actualites-non-au-mercure.php?article=211

[6] Voir les indices CAO (= DMFT en anglais) chez les adultes (35-44 ans) dans les données recensées par l’OMS : l’indice de la France est de 14,1, celui de la Norvège de 20,5 et celui du Danemark de 22,9.
WHO Oral Health Programme, « Global data on dental caries prevalence (DMFT) in adults aged 35-44 years”, Geneva : World Health Organization, 2000.
https://extranet.who.int/iris/restricted/bitstream/10665/66521/1/WHO_NMH_MNC_ORH_Caries.35-44y.00.4.pdf

[7] http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1372. Voir le tableau 1, aux lignes 2000-2008.

[8] http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/07/non-le-cancer-n-est-pas-le-fruit-du-hasard_4550613_3232.html

[9] Folwaczny M, Hickel R. Should amalgam fillings be removed ? The Lancet 2002;360:2081

[10] Mickenautsch S, Yengopal V, Banerjee A. Atraumatic restorative treatment versus amalgam restoration longevity: a systematic review. Clin Oral Invest (2010) 14:233–240).

Frencken JE, Taifour D, van’t Hof MA. Survival of ART and amalgam restorations in permanent teeth after 6.3 years. J Dent Res, 85:622-626 (2006).

[11] http://www.ordre-chirurgiens-dentistes.fr/chirurgiens-dentistes/securisez-votre-exercice/materiel-et-materiaux/amalgames-dentaires.html
Voir aussi notre commentaire : http://www.non-au-mercure-dentaire.org/actualites-non-au-mercure.php?article=222

[12] Pour aller plus loin : https://www.youtube.com/watch?v=PV6NKd5Ic2o



LETTRE D'UN CHIRURGIEN-DENTISTE AU Dr CHRISTIAN COUZINOU, PRESIDENT DU CNOD.

 


Cahors le 5 février 2015

Monsieur.

Je fais suite à l’émission « Service Public » diffusée sur France Inter ce jeudi 5 février, dont vous étiez un des participants.

Je suis intervenu pour demander pour quelle raison l’intoxication mercurielle chronique chez les dentistes n’est pas reconnue en France. Il n’a pas été répondu à ma question.

Je dispose d’arguments solides pour m’estimer victime d’intoxication mercurielle chronique. En raison de mes propres amalgames mais surtout par la manipulation sans précaution du mercure dentaire pendant mes études à Toulouse et mes 25 ans d’activité professionnelle. Comme vous, pendant trop longtemps j’ai trituré mes amalgames avec mortier, pilon et peau de chamois… On nous avait dit que cela n’était pas dangereux !

Depuis 25 ans, je suis atteint d’une neuropathie dégénérative sensitivomotrice au départ périphérique puis compliquée d’une neuropathie pyramidale encore non étiquetée malgré l’avis de très nombreux neurologues toujours perplexes. On parle de CMT sporadique et atypique sans aucune preuve même avec les biopsies et les plus récentes analyses génétiques.

Je suis en errance de diagnostic depuis 25 ans, situation pénible à vivre. Le seul traitement proposé est la rééducation fonctionnelle, sans espoir d’amélioration.

J’ai été reconnu en IPTD en 2002, je suis à la retraite depuis 3 ans, avec une carte d’invalidité à 80 %. .
Depuis le début des années 2000, je pense à une intoxication mercurielle chronique. Des analyses spécifiques réalisées dans un laboratoire agréé en Allemagne valident mon intuition. Aucun de nombreux neurologues consultés ne peut ni ne veut me suivre dans cette voie. Toutes les recherches d’Hg dans les urines spontanées cad sans chélation sont négatives. Seules celles réalisées après chélation au DMPS montrent l’imprégnation par Hg. Pourtant, plusieurs praticiens ont reconnu qu’il me fallait faire ces recherches avec un chélateur mais quand je les demande aucun ne veut s’impliquer, sans m’en donner la raison.

Et que dire de cette mascarade lorsque, à la Faculté Dentaire de Toulouse j’ai suivi le protocole mis en place par l’Afssaps pour s’occuper des patients se croyant atteints d’une pathologie d’origine mercurielle. Si cela vous intéresse, je vous en ferais un compte rendu. Idem quant à l’objectivité d’une étude faite à l’Ecole Dentaire de Paris en collaboration avec un fabricant d’amalgames dentaires.

Plus récemment, dans un service hospitalier de pathologie professionnelle parisien, j’avais fini par trouver un spécialiste pour faire ces recherches après chélation. Mais, par téléphone (pour ne pas laisser de traces ?), il s’est subitement rétracté et contredit en me disant que ces analyses avec chélation ne serviraient à rien. Idem, pour d’autres recherches lors de biopsies, de ponction lombaire…

Pour moi, il est regrettable de ne pas vouloir prendre en compte la seule piste qui n’ait pas encore été explorée. Hélas, je n’ai jamais trouvé un toxicologue disposé à m’aider.

Quand j’ai compris que ma maladie pouvait être d’origine mercurielle j’en ai averti le CNO, la CARCDSF, la SS et bien sûr l’Afssaps. Hélas il n’y a jamais eu de suite. C’est bien dommage, que de temps et d’économies perdus avec de nombreux et couteux examens certainement inutiles ! Ma trop précoce cessation d’activité aura aussi entrainé un manque à gagner non seulement pour moi mais aussi pour le Trésor Public et les organismes sociaux.

Vingt-cinq ans sans diagnostic et donc sans soin approprié car personne ne se donne la peine d’explorer la piste la plus probante : celle d’une intoxication professionnelle au mercure !

Bien entendu, ce n’est pas la majorité des dentistes qui tombent malades pour cette raison. Mais j’en connais qui sont atteints de pathologies diverses et de gravité variable. Elles sont certainement multifactorielles avec des composantes environnementales et génétiques. Mais on ne peut pas nier le rôle du mercure accumulé dans l’organisme dont il n’est pas éliminé spontanément.

Vous défendez les amalgames dentaires en niant leur toxicité mais vos arguments ne m’ont pas convaincu. Je regrette aussi que les malades du mercure ne soient pas pris au sérieux et soient souvent méprisés.

Pour moi, en 2015, il est inconcevable de croire et de continuer à faire croire à la non dangerosité des amalgames dentaires. La toxicité du mercure est bien connue. On sait qu’il est relargué des amalgames et qu’il va polluer l’organisme dont il ne se s’évacue pas spontanément. Il faut bien être irresponsable pour, encore en 2015, soutenir que le mercure inséré en bouche ne présente pas de danger alors que son utilisation est partout règlementée quand ce n’est pas interdite. Si de plus en plus de dentistes ont abandonné l’amalgame n’est-ce pas parce qu’ils ont pris conscience de sa toxicité ? Comment peut-on être certain que les autres informent correctement leurs patients de son danger potentiel ? Et, peut-on vraiment être sûr que les signalements d’incidents sont bien pris en considération ?

Après vous avoir vu dans le récent reportage « Alerte au Mercure » diffusé sur la 5eme chaine et entendu dans l’émission de France Inter, je n’espère pas vous convaincre. Je voulais simplement vous informer sur mon cas et, peut-être vous apporter quelques éléments de réflexion supplémentaires.. Une attitude scientifique n’est-elle pas imprégnée de doutes ? Les certitudes d’aujourd’hui ne pourraient-elles pas être les erreurs de demain ?

Pourquoi ne pas exiger une AMM pour les amalgames ? Pour le moment ce ne sont que des dispositifs médicaux mais leur longue présence en bouche devrait être sanctionnée par l’étude de leur toxicité sur le long terme. Etude faite par des toxicologues et des épidémiologistes indépendants.

En temps utile, les résultats de mon autopsie trancheront sur mon cas. En attendant si vous le souhaitez, je peux vous adresser quelques pièces de mon dossier qui vous aideront à mieux saisir la difficulté de mon long parcours.

En vous remerciant de m’avoir lu, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

Jean-Marie Bousquet