A Berlin, les ONG appellent
à une interdiction totale
des amalgames dentaires
en Europe d'ici 2022


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14-11-2016

ARCHIVES POUR L'ANNEE 2014 - PARTIE 2

 

L'Ordre des dentistes se dote d'une charte pour le consentement éclairé – Article du 16 juin 2014

 


Cette charte précise les droits du patient en matière de consentement éclairé :

  • "L’information doit être délivrée par le praticien qui réalise l’acte médical" et elle "ne peut être déléguée à un tiers".
  • "L’information délivrée par le chirurgien-dentiste doit permettre au patient de prendre la décision d’accepter ou de refuser un traitement, et de choisir entre différentes techniques, et ce en toute connaissance de cause."
  • "L’information doit porter sur tout ce qui entoure et fait l’acte envisagé ou réalisé : l’accueil, les conditions de prise en charge, l’utilité de l’acte, son urgence éventuelle, les techniques utilisées, les alternatives, le rapport risques (fréquents ou graves prévisibles)/bénéfices (escomptés) de chaque technique proposée, leur coût, le déroulement et l’organisation des soins, les temps d’intervention les suites opératoires possibles, les médications et examens complémentaires nécessaires, les précautions à prendre, le suivi envisagé, les conséquences prévisibles en cas de refus de l’acte… Tout en restant loyal, le chirurgien-dentiste doit indiquer quelle est sa préférence, et pourquoi."
  • "L’information doit être adaptée à l’état de santé du patient, elle doit être personnalisée, hiérarchisée, claire et compréhensible. L’information doit être délivrée dans de bonnes conditions, et dans un environnement favorable à la compréhension et à l’écoute. L’entretien doit être individuel, mais le patient peut, s’il le désire, faire le choix d’être assisté. La délivrance de l’information est orale. Elle peut être complétée par différents outils didactiques tels des modèles, des photographies, des schémas… Des documents écrits peuvent être remis au patient en complément. Ils doivent être personnalisés, clairs, simples et compréhensibles. Le chirurgien-dentiste doit s'assurer de la compréhension de son patient ; il peut l’interroger, l’inviter à reformuler, poser des questions, lui proposer de fixer un nouveau rendez-vous afin de rediscuter du sujet.
  • "En cas de litige, il appartient au chirurgien-dentiste d’apporter la preuve que l’information a bien été délivrée au patient, et que ce dernier a bien pleinement consenti à l’acte médical. Les documents remis au patient,et/ou signés par lui ne sauraient contenir des clauses exonérant le praticien de sa responsabilité professionnelle."
  • Pour les mineurs, "l’information doit être délivrée aux titulaires de l’autorité parentale ou au tuteur, le mineur restant en droit de recevoir l’information et de participer à la prise de décision. L’information doit alors être adaptée à son niveau de compréhension."
  • "Une affiche contenant les informations relatives aux honoraires doit être établie. Elle doit être apposée en salle d’attente. Elle doit être visible, lisible, et actualisée. Un devis préalable doit être établi et présenté au patient pour tous les actes d’un montant supérieur à 70 euros. Lorsque l’acte inclut la fourniture d’un dispositif médical sur mesure doit être remise au patient une information écrite comprenant de manière dissociée :
    • le prix de vente de l’appareil proposé ;
    • le montant des prestations de soins assurées par le praticien ;
    • le montant de l’ensemble des prestations associées ;
    • le montant du dépassement facturé."
  • Pour les prothèses dentaires, "la loi impose au chirurgien-dentiste de remettre au patient des documents garantissant la traçabilité et la sécurité des matériaux utilisés. Le lieu de fabrication du dispositif sur mesure doit être précisé."
  • "Pour les implants dentaires, par exemple, le praticien doit remettre au patient un document mentionnant l’identification du dispositif médical utilisé, le lieu et la date d’utilisation, le nom du praticien."
  • "Le Code de la santé publique et la jurisprudence imposent une obligation d’information renforcée en matière de chirurgie esthétique."
  • "La loi encadre d’une façon très stricte les interventions réalisées dans ce contexte. Le consentement libre et éclairé de la personne doit être recueilli par écrit, après qu'elle aura reçu les informations prévues par la loi."
  • "En cas d’interventions faites dans le cadre d’une formation ou d’un enseignement, le patient doit en être informé. Le statut de « stagiaire », d’élève… de l’intervenant doit également lui être précisé."
  • "Le patient doit être averti en cas d’échange de données entre plusieurs praticiens, et il doit y consentir ; il dispose d'un droit d’opposition."



Veille scientifique - année 2013 – Article du 16 juin 2014

 

Comme chaque année, NAMD a procédé à une veille exhaustive des articles scientifiques parus l’an passé, portant sur les effets délétères de l’exposition au mercure inorganique. Pour certaines pathologies, les articles s’intéressant au lien avec les formes organiques du mercure ont également été retenus. Pour 2013, les principaux enseignements, nouveaux ou confirmés, sont les suivants :
  • 1) Les dentistes qui posent des amalgames et/ou qui travaillent sur des amalgames sans précautions s’exposent inutilement, ainsi que leurs personnels, à des vapeurs importantes de mercure.
  • 2) Certains cas de fibromyalgie peuvent être guéris par le simple retrait d’amalgames dentaires. Par ailleurs, une étude a très fortement associé l’hypersensibilité au mercure au syndrome de sensibilités chimiques multiples (MCS) – indication dont il devrait être tenu compte au moment de réaliser des soins dentaires.
  • 3) L’effet délétère du mercure sur les reins dépend du nombre d’amalgames.
  • 4) Les niveaux de mercure dans le sang, l’urine et les cheveux sont associés au nombre d’amalgames en bouche. En Allemagne, la baisse d’utilisation des amalgames s’est traduite par une diminution significative des niveaux de mercure dans le sang de la population générale.
  • 5) Le mercure de la mère se transmet à l’enfant par transfert placentaire et via l’allaitement.
  • 6) Certains effets de l’exposition au mercure de la mère se transmettent directement à la descendance : chez la souris, on a mis en évidence que l’amalgame dentaire peut générer des anomalies du périodonte et du germe des dents qui se retrouvent à la génération suivante. Chez l’homme, on vient de constater que le stress oxydatif induit par le mercure se transmet via le lait maternel.
  • 7) Des travaux indiquent que le mercure placentaire est négativement associé avec la longueur du cordon, la circonférence de la tête et la vitalité de du nouveau-né ; en outre, les enfants souffrant d’une anomalie du tube neural présentent des concentrations de mercure plus importantes que les témoins.
  • 8) De nombreuses études confirment la toxicité de faibles doses de mercure sur les systèmes cardio-vasculaire, immunitaire, endocrinien (en particulier sur la thyroïde), ainsi que sur les reins et le foie. Un faisceau d’études suggère un rôle du mercure dans l’étiologie du syndrome métabolique.
  • 9) Sur le plan neurologique, les preuves se multiplient en faveur d’une contribution du mercure à des troubles neurodéveloppementaux. En particulier, le mercure est gravement mis en cause dans l’étiologie de la sclérose latérale amyotrophique, de la maladie de Parkinson et, surtout, de l’autisme.
  • 10) Les études sur le polymorphisme permettent clairement d’identifier des variantes génétiques qui constituent un frein pour l’élimination du mercure, ou pour lesquelles les effets de ce toxique sont accentués.

Voir le dossier.

Voir aussi le dossier spécifique aux soins.




Communiqué de presse (1er avril 2014) – À quoi sert le rapport du SCHER sur le mercure dentaire ?

 




Le Comité Scientifique des Risques Sanitaires et Environnementaux (SCHER) a publié le 14 mars un avis intitulé Risques environnementaux et risques sanitaires indirects liés au mercure des amalgames dentaires [1].

Certes les experts y admettent que, « dans des conditions locales extrêmes (densité maximale de dentistes, utilisation maximale de mercure, absence de dispositifs de séparation dans le processus de traitement de l’eau) », il pourrait y avoir un risque pour les consommateurs de poisson.
Mais formulé autrement, le problème se résume ainsi : « Là où de bons contrôles environnementaux sont mis en place, le risque est absent ou négligeable. » En somme, il ne serait pas nécessaire de renoncer au mercure dentaire, il faudrait simplement « contrôler » son usage pour que le danger se volatilise.

Pourtant, on sait aujourd’hui que :
  • Le mercure est une substance extrêmement toxique, pour laquelle il n’est pas possible de définir un seuil qui serait sans danger [2] ;
  • Le mercure dentaire représentait en 2007 le quart de la consommation de mercure en Europe [3] : cette part relative augmente sans cesse, de sorte qu’il serait absurde de continuer à réglementer le mercure en faisant une exception de tolérance pour les amalgames dentaires ;
  • Le mercure dentaire est la première source d’exposition directe au mercure de la population européenne [4] ;
  • Le mercure dentaire est remplaçable dans toutes les situations : c’est donc une exposition qui peut être facilement supprimée [5] ;
  • Le SCHER lui-même est obligé de d’admettre que pour une proportion considérable d’enfants européens les limites de sécurité d’exposition au mercure fixées par l’OMS ou les États-Unis sont dépassées. Comment justifier, alors, que l’on persiste à augmenter inutilement leur exposition ?

Les institutions – européennes ou françaises – ignorent ces faits pourtant bien établis, qui imposent une réponse évidente pour toute instance réellement soucieuse de santé publique et d’environnement. Elles préfèrent découper les problèmes en tranches si fines qu’on regarde au travers sans apercevoir le moindre danger. Ainsi le SCHER fait-il valoir qu’il n’est compétent ni pour parler des dangers du mercure en général, ni pour évaluer les effets cocktails, ni pour considérer l’implication du mercure dentaire dans les phénomènes d’antibiorésistances, ni pour s’intéresser à l’exposition professionnelle, ni pour proposer des recommandations relatives à l’amalgame, etc.

Ces question sont traitées par d’autres agences, ou bien, plus souvent, ne le sont pas du tout. Personne ne considère le problème d’un bout à l’autre et n’agit en conséquence.

Alors à quoi sert le rapport du SCHER ? Manifestement, à rien, sinon à complaire aux instances dentaires en repoussant l’interdiction, pourtant inévitable à terme, des amalgames.
En somme, le SCHER nourrit stratégie du doute mise au point par les leaders d’opinion sur les amalgames, au détriment de la santé et de l’environnement des Européens.


 


[1]http://ec.europa.eu/health/scientific_committees/consultations/public_consultations/scher_cons_06_en.htm
[2] OMS, Mercure et soins de santé, Document d’orientation stratégique, 2005.
[3]http://real.ehesp.fr/pluginfile.php/4701/mod_resource/content/11/modulenc/co/m6_2_2_UE_1.html
[4] Cette augmentation relative tient au fait que les autres usages du mercure en Europe sont progressivement interdits ou sévèrement réglementés.
[5] Selon le dernier rapport de l’ANSM, non publié pour l’indigence de sa bibliographie sur le mercure dentaire.



Communiqué de presse (20/03/2014) - Mercure dentaire : la nouvelle stratégie du doute

 





Le 12 mars dernier, l’Inserm organisait sous l’égide de Michel Goldberg [1] une journée de conférences/débats sur le thème : « Le mercure des amalgames dentaires versus le bisphénol A des résines ». Marie Grosman, conseillère scientifique de Non au Mercure Dentaire, a pu y participer. Elle se réjouit d’avoir vu émerger à cette occasion des points de convergence inattendus : « Enfin les instances dentaires s’inquiètent de la toxicité des matériaux qui sont mis dans la bouche des patients ! Enfin elles prennent conscience de la responsabilité qui repose sur les épaules des praticiens et de leur situation de fragilité juridique, quand les patients ou les salariés intoxiqués souhaiteront obtenir réparation du préjudice sanitaire qu’ils ont subi… »

Dans le même temps, les représentants de dentistes présents ont montré à quel point ils sont éloignés des réalités. Ils semblaient unanimes à croire que « tout le monde sait qu’il y a du mercure » dans les amalgames dentaires. Par ailleurs, le Pr Edmond Creppy, toxicologue, a précisé lors de son intervention qu’il existe un risque sanitaire à partir de 6 amalgames en bouche. M. Goldberg a réagi par la suite en déclarant que « ceux qui ont 6 amalgames, ce sont de gros dégueulasses qui ne se lavent jamais les dents ». Sachant que les Français de 35 à 44 ans ont en moyenne (selon le sexe et selon les régions) entre 12 et 18 dents cariées, absentes ou obturées [2], il faut croire que nous sommes tous ou presque « de gros dégueulasses » !

Du reste, on peut s’étonner de cet intérêt soudain pour le principe de prévention, bien circonscrit au bisphénol A (BPA). Cette démarche s’inscrit en fait dans une stratégie globale. Depuis 2009, la Fédération Dentaire Internationale (FDI) s’efforce de retarder l’interdiction des amalgames dentaires [3]. À cette fin, elle a mis au point en 2013, lors de son Assemblée générale à Istanbul [4], une tactique de diversion. L’objectif : faire oublier que les amalgames relarguent en continu du mercure – une des substances parmi les plus toxiques que l’on connaisse – en attirant l’attention sur le risque émergent lié au BPA contenu dans les composites dentaires.

En réalité, il s’agit d’un débat fallacieux, puisque les matériaux d’obturation sans mercure ni BPA existent. Il appartient aux autorités sanitaires d’en préconiser l’usage et, si besoin, de favoriser la recherche pour les améliorer. Mais en aucun cas, nous ne pouvons laisser les instances dentaires continuer à émettre leurs propres recommandations : celles que Michel Goldberg a édictées pour clore ce que lui-même considère comme un faux débat font froid dans le dos : « On améliore les composites, et en attendant, on pose des amalgames, ça ne mange pas de pain ! »

Ça ne mange pas de pain… Il faudra l’expliquer aux patients et aux professionnels intoxiqués !

 


[1] L’odontologiste Michel Goldberg est le principal promoteur de l’amalgame dentaire en France.

[2] http://www.invs.sante.fr/publications/2005/jvs_2005/poster_1.pdf

[3]http://www.non-au-mercure-dentaire.org/_fichiers/ulf_bentsson_rapport_sur_les_conflits_dintrts.pdf

[4] http://www.fdiworldental.org/publications/declarations/la-d%C3%A9claration-distanbul.aspx


Communiqué de presse (23 janvier 2014) – Mercure dentaire : le scandale qui valait (au bas mot) 82 millions d’euros

 





Pensée magique. Dans son dernier éditorial, le Président de leur Ordre National des Chirurgiens Dentistes (ONCD) estime qu’à l’instar du nuage de Tchernobyl qui s’arrête à nos frontières, l’effet délétère des amalgames dentaires sur les écosystèmes s’exercerait partout ailleurs... mais pas en France [1] !
Il lui semble en effet que les séparateurs d’amalgames installés dans les cabinets dentaires suffisent à résoudre tout problème [2]. C’est oublier que les porteurs d’amalgames rejettent du mercure en continu dans l’environnement (urines, selles) ; que la petite souris ramène rarement les dents de lait obturées au mercure dans les cabinets dentaires afin qu’elles soient convenablement traitées ; ou encore que les patients finissent tôt ou tard par mourir et qu’il n’est pas dans nos usages de leur arracher les dents avant la mise en bière.

Les faits. En 2001, un rapport sénatorial relevait que la question du devenir du mercure dentaire lors des crémations « pouvait passer pour inconvenante ou anecdotique avant d'être sérieusement étudiée en Suisse (premier pays à avoir adopté un seuil limite d'émissions mercurielles), en Suède (où l’on estime que « les crématoriums sont les plus grands responsables des émissions de mercure») et au Royaume-Uni (où l'on a constaté que « les employés des crématoriums sont soumis à une forte exposition au mercure ») » [3]. Une étude épidémiologique britannique a également montré un risque significativement accru de malformations chez les nouveaux-nés dont les mères résident à proximité de crématoriums [4].

Le coût. Pour parer à cet important problème environnemental et sanitaire, la Lettre Légibase état Civil du 7 janvier 2014 rappelle que « tous les crématoriums devront être pourvus avant le 16 février 2018 d’un système de filtrage afin de ne pas dépasser une certaine quantité de polluants (métaux lourds dont le mercure provenant des amalgames dentaires…) contenus dans les fumées rejetées dans l’atmosphère lors des opérations de crémation. [5] » La route sera longue, puisque « seuls 34 crématoriums sur les 182 qui seront opérationnels en 2015, soit 19 %, seront équipés de ce système de filtrage. »
Dans la grande majorité des villes disposant d’un crématorium, les équipes municipales nouvellement élues au printemps 2014 auront donc à charge d’assurer une mise aux normes dont le coût, précise la Lettre, dépasse en moyenne les 450 000 €. Si l’on s’en tient à ce chiffre de 450 000 € et qu’on le multiplie par le nombre de crématoriums (182 à ce jour, mais ce nombre augmente très vite), on calcule rapidement que le mercure dentaire – rien que pour les crématoriums – aura coûté aux Français environ 82 millions d’euros d’ici à quelques années !

Ce fardeau reposera de fait sur les citadins et sur les familles endeuillées.

La solution. Pour notre part, afin que soit respecté le principe du pollueur-payeur, nous serions tentés d’adresser la note à l’Ordre des dentistes.

 


[1] Éditorial de la Lettre de l’Ordre n°124, janvier 2013.

[2] En effet, les amalgames que les dentistes posent sans crainte dans la bouche sont considérés comme des déchets extrêmement dangereux, qu’il faut collecter à part. Les chirurgiens-dentistes sont donc dans l’obligation d’être équipés de séparateurs d’amalgames – dont l’étanchéité reste, par ailleurs, toute relative.

[3] Rapport du Sénat sur Les effets des métaux lourds sur l’environnement et la santé de 2001, p. 82.

[4] Dummer T J B, Dickinson H O, Parke L. Adverse pregnancy outcomes around incinerators and crematoriums in Cumbria, north west England, 1956–93, J Epidemiol Community Health 2003;57:456–461

[5] http://www.etat-civil.legibase.fr/newsletter/39. C’est nous qui mettons en gras.



[TITRE]Lettre ouverte à Christian Couzinou, Président de l'Ordre National des Chirurgiens Dentistes – Article mis en ligne le 13 janvier 2014[/TITRES]

Pour la 3e fois, Monsieur Couzinou a signé dans la Lettre de l'Ordre un éditorial sur le mercure dentaire marqué par l'insincérité et les approximations. Bien que nous ne nourrissions guère d'illusions quant au devenir de notre réponse, nous ne pouvions pas laisser ce papier sans écho. Vous trouverez donc ci-dessous le texte de M. Couzinou, suivi de notre réaction.


L'éditorial de M. Couzinou


« Panique

« Passe encore que les associations de lutte contre l’amalgame dentaire jouent la partition de la panique. Affoler la ménagère de moins de 50 ans, via certains médias peu étouffés par le principe de la confrontation des points de vue, place assurément les décideurs politiques dans une posture délicate. On aurait pourtant aimé les entendre assumer que, à ce jour, et avec près de 200 ans de recul clinique, la dangerosité de l’amalgame d’argent, dans le cadre des obturations consécutives à des caries, n’a jamais fait l’objet d’une démonstration validée par la communauté scientifique mondiale.

« À la décharge de nos élus, les opposants au mercure, comme cela est souvent le cas dans ce type de controverses, avancent aussi des arguments qui ont du sens. Nous pensons, bien entendu, à l’impact sur l’environnement des rejets d’amalgames.

« Or, si cette question se pose en effet dans de nombreux pays – et c’est cela, et cela seul, qui justifie que l’on devra, à terme, recourir à des matériaux de substitution –, elle ne se pose pas en France puisque tous les cabinets dentaires répondent désormais à des normes très strictes s’agissant de la gestion de ces déchets. Non, ce qui choque, dans la récente offensive des opposants au « mercure dentaire », c’est que certains politiques leur aient emboîté le pas en déposant un amendement – rejeté – qui créait une taxe pour les praticiens posant des amalgames.

« Les Français n’ont hélas pas entendu distinctement les motifs de ce rejet par le gouvernement. Il est vrai que nos représentants, qui ont des électeurs, ne veulent pas insulter l’avenir.

« Que cela soit donc affirmé ici haut et clair par l’Ordre, garant, via la régulation de notre profession, de la santé bucco-dentaire des Français : en l’absence de matériaux de substitution crédibles, compte tenu de l’état des connaissances scientifiques, et pour des indications bien précises, oui, le recours à l’amalgame d’argent constitue aujourd’hui un enjeu de santé publique. »



Notre réponse


Monsieur le Président,

Nous constatons avec regrets que, deux ans après vos premiers éditos sur le mercure dentaire, vous pratiquez l’hypocrisie avec une égale ferveur.

1) Vous n’avez pas appris à nommer ceux que vous dénigrez : craindriez-vous que cela puisse se retourner contre vous ? Vous remarquerez que nous n’avons pas les mêmes pudeurs.

2) Nous ne voyons pas en quoi notre association jouerait « la partition de la panique » : nous portons, de fait, une alerte sanitaire à partir de ce qui a été constaté chez de nombreux malades soignés pour des intoxications au mercure, en particulier d’origine dentaire. Surtout, nous produisons de l’information sur la base de publications scientifiques parues dans des revues internationales à comité de lecture. Si les résultats en sont parfois affolants, nous vous remercions de ne pas nous imputer une responsabilité qui vous incombe plus qu’à nous.
Mais loin d’en rester au constat, il ne vous a pas échappé que nous sommes force de proposition pour dessiner des solutions, puisque nous avons grandement contribué à l’élaboration d’un projet de loi qui vise l’abandon du mercure dentaire et une modernisation de la dentisterie, et qui sera déposé dans les semaines à venir.
Précisons, pour clore sur l’attaque que vous nous adressez, que nous préférons pour notre part réserver notre mépris aux bonimenteurs plutôt qu’à la « ménagère de moins de 50 ans ».

3) Sur le fond, un mot d’abord sur la dénomination fallacieuse « amalgame d’argent » : vous ferez sans doute valoir qu’il s’agit de l’expression techniquement consacrée. Vous admettrez toutefois qu’elle induit gravement le patient en erreur en occultant le fait que le mercure, substance toxique s’il en est, constitue le principal composant de cet alliage.

4) Vous estimez que nous avons « près de 200 ans de recul clinique » sur le mercure dentaire. Pour rappel, le mercure a également été utilisé dans le traitement de la syphilis durant 5 siècles, en dépit des effets terribles relevés dès le XVIe siècle (chute des dents, érythèmes, ulcères...) auxquels, relève un observateur, « beaucoup de malades préféraient la mort » : nous ne nous en étonnons pas, nous qui savons combien l’intoxication au mercure suscite de pulsions suicidaires. Mais de même que les représentants de votre profession se voilent la face en psalmodiant sans cesse les mêmes arguments (« matériau irremplaçable... longévité inégalée... nécessaire pour les pauvres... »), la pensée magique empêchait les médecins d’admettre, jusqu’au milieu du XXe siècle, que leur remède était pire que le mal qu’ils souhaitaient combattre.
En second lieu, le raccourci que vous opérez est proprement aberrant : l’idée d’un « usage ancestral » qui suffirait à justifier qu’on continue d’obturer à l’amalgame marque l’indigence de votre argumentation. De quelles données épidémiologiques disposons-nous autour de 1850, 1900 ou 1950 ? De toute évidence, c’est bien seulement parce qu’il est ancré dans les usages que l’amalgame dentaire se maintient : il n’aurait aucune chance d’entrer aujourd’hui sur le marché. D’autre part, le matériau a sensiblement évolué en presque deux siècles : et l’usage de capsules pré-dosées, qui s’est imposé – il faut le rappeler – grâce à la mobilisation des lanceurs d’alerte [1], répond à un problème précisément identifié : il était nécessaire de réduire les vapeurs de mercure dans les cabinets dentaires. Aujourd’hui, il est possible d’aller plus loin : les dentistes en ont donc le devoir, au premier chef pour leur propre santé et celle de leurs collaborateurs – une problématique que vous occultez résolument, et qui constitue l’une de nos préoccupations constantes.

5) La dangerosité du mercure dentaire « n’a jamais fait l’objet d’une démonstration validée par la communauté scientifique mondiale », arguez-vous. Cette façon de considérer le problème est proprement irrationnelle. Il ne fait aucun doute que le mercure est extrêmement toxique ; or les amalgames dentaires constituent le premier facteur d’imprégnation de la population européenne en mercure – entraînant, selon l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), un dépassement de la dose hebdomadaire tolérable provisoire (DHTP). Dès lors il convient, pour des raisons sanitaires, de mettre fin à cet usage : c’est la tendance indiquée par l’OMS et le Conseil de l’Europe ; c’est aussi la préconisation que l’agence Bio Intelligence Service a émise par deux fois auprès de la Commission européenne ; et c’est pourquoi l’Anses a demandé depuis 2006 (et obtenu) le classement par la Commission européenne du mercure inorganique en substance CMR (notamment en tant que reprotoxique de catégorie 2 : risque pendant la grossesse d’effets néfastes sur l’enfant). En réalité, il semble que vous soyez un peu seul à ne pas vous apercevoir du problème.

6) « L’impact sur l’environnement des rejets d’amalgames [...] justifie que l’on devra, à terme, recourir à des matériaux de substitution ». Nous vous serions reconnaissants de nous éclairer enfin sur ce point que nous peinons tellement à comprendre : comment une substance dont la nocivité pour l’environnement est parfaitement établie pourrait n’avoir aucun impact sur la santé humaine ? Nous comprenons que la distinction entre santé et environnement soit extrêmement commode pour les gouvernements, qui peuvent de la sorte retirer un produit dangereux du marché pour « des raisons environnementales » en se dérobant à leurs responsabilités sanitaires ; mais pour le reste, on nage ici en pleine fantaisie.

7) Selon vous, le problème de la pollution au mercure dentaire « ne se pose pas en France puisque tous les cabinets dentaires répondent désormais à des normes très strictes s’agissant de la gestion de ces déchets ». Seriez-vous si mal informé sur ce point ? En réalité, même dans les cabinets équipés de séparateurs, le mercure pollue l’air et l’eau. Mais surtout, la grande majorité du mercure d’origine dentaire rejoint l’environnement sans passer par les cabinets dentaires (selles, urines, exhalaison des porteurs ; dents de lait qui finissent dans les déchets ; crémations et enterrements des porteurs).

8) Vous estimez choquant que « certains politiques [nous] aient emboîté le pas en déposant un amendement – rejeté – qui créait une taxe pour les praticiens posant des amalgames ». Nous en revenons malheureusement à cette divergence fondamentale entre nous, qui n’est pas sans rapport avec le fonctionnement de l’instance que vous présidez : il semble que vous ayez en horreur le débat d’idées, constitutif de la démocratie. Pour notre part, nous ne comprenons nullement qu’on puisse être « choqué » par une disposition qui vise la préservation de la santé et de l’environnement – quoique vous puissiez être, naturellement, en désaccord sur les modalités.

9) Vous relevez que « les Français n’ont [...] pas entendu distinctement les motifs de ce rejet par le gouvernement. » C’est parfaitement exact et la raison en est simple : le gouvernement n’avait rien de substantiel à opposer à l’amendement des sénateurs Verts, il s’est contenté d’éviter un rapport de force avec la profession dentaire en suivant l’adage libéral selon lequel la situation tendant déjà vers une disparition progressive du mercure dentaire, il convient de laisser faire jusqu’à l’élimination souhaitable.

10) « Compte tenu de l’état des connaissances scientifiques », estimez-vous, « le recours à l’amalgame d’argent constitue aujourd’hui un enjeu de santé publique. » Il nous avait jusqu’ici semblé que la vocation de l’Ordre était d’assurer la déontologie des praticiens et non de proférer la science ; nous vous invitons à vous recentrer sur vos missions, de sorte à éviter de contribuer à la fabrique du doute qui sévit aujourd’hui dans les organisations dentaires, comme elle fleurissait en son temps dans l’industrie du tabac.

Nous vous rappelons, Monsieur le Président, que nous restons à votre disposition pour nous prêter à un débat constructif dès lors que vous consentirez à répondre à nos arguments et à ne pas nous attaquer à distance.

Dans cette attente, veuillez recevoir nos salutations,
Geoffrey Begon, Délégué Général de Non Au Mercure Dentaire.

[1] Mobilisation qui a débouché sur le premier rapport et les premières recommandations sur l’amalgame (CSHPF, 1998) et sur l’obligation d’utiliser l’amalgame sous forme de capsules prédosées (décision du 14 décembre 2000 du Directeur général de l'Afssaps).