C’est au milieu des années 90 que le
Dr Melet commence à soupçonner que les amalgames dentaires présentent des risques pour la santé.
Dans sa pratique de médecine environnementale, ce médecin épidémiologiste s’est depuis toujours intéressé aux toxiques présents dans l’environnement, qu’ils soient présents dans l’alimentation, dans les produits de traitement ménager, dans l’atmosphère, dans l’eau… Observant divers troubles de santé,
notamment d’ordre neurologique, chez des patients possédant une bonne hygiène de vie et non exposés a priori à des neurotoxiques, mais possédant des amalgames en bouche, il se documente sur les "plombages".
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Pour cela, il passe plusieurs mois dans les bibliothèques universitaires de Montpellier, commande des ouvrages et publications scientifiques, se met en relation avec des chercheurs étrangers,… Il réalise alors que les amalgames, bien que constitués pour moitié de mercure, métal hautement toxique, ne font l’objet d’aucun test de toxicité à l’instar des autres matériaux dentaires, à la différence des médicaments qui doivent suivre une procédure d’autorisation de mise sur le marché (AMM).
Il découvre alors peu à peu
l’ampleur du scandale sanitaire : désinformation des dentistes et des patients, malgré un corpus scientifique toujours plus important mettant en évidence la toxicité du mercure élémentaire ; patients considérés par le corps médical comme des « malades imaginaires » ou des malades psychiatriques. Il va tout d’abord tenter d’alerter, en vain, son Ordre départemental, puis le Ministère de la santé. Se heurtant à un mur d’hostilité ou d’indifférence, il décide de commencer à informer le grand public grâce à la presse (Science et vie, septembre 1996 ; Que Choisir, février 1997 ; Le Nouvel Observateur, décembre 1997 ; Le Point, novembre 1998).
En mai 1998, il crée avec une poignée d’amis et de patients l’association Non au mercure dentaire, afin d’informer le grand public et de soutenir les personnes intoxiquées par leurs métaux dentaires.
Pendant 15 ans, le Dr Melet, avec l’aide de NAMD, tentera d’alerter les autorités sanitaires tout en prenant en charge la détoxication d’un millier de patients.
Dès le début de cette alerte, il a conscience de la difficulté du dossier :
- grande banalisation des amalgames (« si c’était dangereux, ça se saurait, et ça serait interdit ! »),
- multitude de pathologies ou troubles de santé induits (« comment le même métal peut-il provoquer des maladies si diverses ? »),
- grande variabilité individuelle dans la susceptibilité à l’exposition au mercure (« pourquoi tous les porteurs d’amalgames ne sont-ils pas malades ? »),
Surtout, il s’agit d’un dossier explosif :
- à l’échelon individuel. Si une personne ne retient qu’une partie du message (les amalgames sont dangereux) et se précipite chez son dentiste pour se faire retirer ses "plombages", le "remède" risque d’être pire que le mal si ce dentiste ne suit pas un
Protocole Rigoureux: cette personne inhalera alors une grande quantité de vapeurs de mercure, ce qui risque d’avoir de graves conséquences sur sa santé.
- à l’échelle de la société. Un ancien ministre de la santé, en réponse à l’alerte lancée par le Dr Melet, lui avait répondu : « C’est explosif ! Si tout le monde se précipite chez son dentiste pour faire déposer ses plombages, la sécu saute… ».
Cependant, continuer à exposer la population au mercure et à induire de multiples pathologies dégénératives, n’est-ce pas une folie ? Si le dossier semble ingérable, c’est bien que les autorités sanitaires ont refusé, depuis des années, de le régler de façon rationnelle et satisfaisante en adoptant une vision à long terme. En effet, la sécurité sociale fait sans doute des économies à court terme, mais qu’en est-il des coûts réels liés à l’usage des amalgames, si l’on prend en compte le remboursement de la multitude de traitements prescrits pour des pathologies chroniques, les arrêts maladie, les décès précoces, les pertes de points de QI, etc. ? Si les instances qui ont en charge la protection de la santé des Français avaient écouté le discours raisonnable du Dr Melet, une partie du problème serait réglée à l’heure actuelle, comme c’est le cas dans les pays scandinaves.
Namd, décembre 2008
De 1996 à 1997, l’alerte sanitaire lancée par le Dr Melet et l’association NAMD est relayée dans la presse (Nouvel Observateur, Science et Vie et Que Choisir). De nombreux courriers et la documentation sur les "plombages" dentaires du Dr Melet sont envoyés à des responsables politiques et aux autorités sanitaires. Plusieurs parlementaires posent alors des questions écrites à Bernard Kouchner, ministre de la santé de l’époque ; la première est posée au Sénat par le Pr Huriet (QE n°03656 du 23/10/1997), très au fait de la matériovigilance.
Le Ministère de la Santé se doit alors de réagir. En décembre 1997, les responsables du Réseau National de Santé Publique, les Professeurs Jouan et Drücker, écrivent au Dr Melet en lui indiquant qu’ils ont pris connaissance de sa documentation sur les amalgames et que le Ministère de la Santé a décidé de réunir un
groupe de travail au sein du conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF).
Ce groupe de travail, comprenant une dizaine de membres, s’est réuni début 1998. Certains de ses membres avaient pris connaissance du rapport du Dr Melet, du livre du Dr Daunderer, du rapport de l'Université de Kiel, de l'étude de l'Université de Tübingen, du rapport Richardson commandité par le Ministère de la Santé du Canada ainsi que des "abstracts" suédois (résumés des principales études sur le mercure des amalgames). Le rapport "L'amalgame dentaire et ses alternatives - évaluation et gestion du risque" qui résulte du travail de ce groupe paraît en mai 1998 (Editions Lavoisier Tec & Doc).
Les
recommandations pratiques draconiennes (voir ci-dessous quelques unes d’entre elles) émises par cette instance confirment implicitement que
l’amalgame est instable, que
les travaux dentaires habituels sur amalgame sont dangereux pour le patient et son dentiste et nécessitent une protection, que les porteurs d’amalgames sont contaminés, que le
mélange de métaux en bouche augmente la corrosion et qu’il y a
transfert placentaire de la mère au fœtus des métaux toxiques présents dans les amalgames :
- pas de pose ni de dépose d’amalgames chez la femme enceinte et allaitante
- amalgames déconseillés chez les enfants, adolescents et jeunes adultes sauf pour les caries importantes
- pas d’amalgames au voisinage d'autres restaurations métalliques afin d'éviter tout risque de corrosion
- utilisation d’une digue et d’un aspirateur chirurgical lors des travaux sur amalgame
- pas de mastication de chewing-gum si on porte des « plombages »
- nécessité de mettre en place des tests de toxicité dans le cadre d’une autorisation de mise sur le marché (AMM)
Lire les
commentaires de NAMD sur ces recommandations.
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C’est la première fois en France que le discours des autorités dentaires est officiellement et implicitement démenti : le dogme du conseil de l’Ordre des dentistes affirmant que le mercure, dès qu’il se retrouve dans un amalgame, est "piégé" et ne s’en échappe qu’en "quantité infinitésimale", est battu en brèche.
L’application stricte de ces recommandations aurait dû entraîner rapidement l’arrêt ou du moins la chute de l’utilisation des amalgames. Cependant, derrière cet effet d’annonce, le ministère de la santé ne met en place aucun contrôle du respect de ces recommandations, malgré les demandes écrites réitérées de l’association NAMD. De plus, le conseil de l’Ordre des dentistes diffuse à tous les dentistes une brochure intitulée "Amalgames dentaires, données scientifiques, recommandations et information des patients" présentant son propre avis sur la question, et rend compte des recommandations du CSHPF en "oubliant" la restriction concernant l’enfant, l’adolescent et l’adulte jeune. La vente de digues ne décolle pas, les témoignages de pose d’amalgames chez des enfants et des femmes enceintes sont nombreux, montrant bien que de nombreux dentistes ne respectent pas des recommandations non coercitives. Il faut préciser que la Sécurité Sociale n’envisage pas de modifier la nomenclature pour couvrir les frais entraînés par les précautions à prendre. Une véritable volonté de protéger la santé publique aurait été d’interdire ou de dérembourser l’amalgame (comme l’a fait la Suède dès 1999), et de réévaluer la cotation par la sécurité sociale de la pose de composites, plus chers à l’achat et plus longs à mettre en œuvre.